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Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner...

« Comme beaucoup d’autres parents, ma mère est morte sans connaître notre sort »

Pour préserver l’espoir

Pour que la cause des personnes disparues au Liban ne tombe pas dans l'oubli, l'ONG Act for the Disappeared a lancé le projet « Fus'hat amal » *. Dans ce cadre, nous publions une série de témoignages fictifs qu'auraient apportés des Libanais arrachés à leur milieu familial et social.

OLJ
13/04/2016

Mon nom est Richard. En 1985, j'avais 22 ans. Je travaillais dans l'entreprise familiale, après avoir obtenu mon diplôme en architecture. Ma sœur Marie-Christine avait 19 ans. Elle allait entamer sa première année à l'université.
Nous étions deux jeunes adultes, élevés dans une maison aimante. Nous passions notre temps entre les études, le travail, le sport et les amis.
Quand, en 1982, mon père est décédé des suites d'une maladie, ma mère Odette était déterminée à préserver l'esprit positif et aimant qui régnait à la maison. Elle s'est remise à coudre. Elle avait beaucoup de talents. Souvent, elle portait des robes très élégantes qu'elle avait elle-même confectionnées.
Elle faisait tout pour combler le vide laissé par la mort de mon père et pour s'assurer que rien ne nous manquait. Mais le 17 septembre 1985, à 15h, comme nous n'étions toujours pas rentrés pour le déjeuner, elle a commencé à s'inquiéter. Depuis ce jour, elle a consacré sa vie à nous chercher.
Ce jour-là, nous revenions de Hamra avec notre oncle Georges. Notre mère nous attendait à déjeuner. Nous ne sommes jamais rentrés.
Notre mère a attendu. Elle s'est battue et a espéré 24 ans durant... jusqu'à ce jour de 2009 où elle a été renversée par une voiture alors qu'elle se rendait, comme elle le faisait chaque jour, à la « tente » du sit-in permanent des familles des disparus. Comme beaucoup d'autres parents, elle est morte sans connaître notre sort.
Mon nom est Richard Salem. Ma sœur s'appelle Marie-Christine. Ne laissez pas l'histoire de notre famille s'interrompre ici.

 

* « Fus'hat amal » est une plate-forme numérique qui rassemble les histoires des personnes disparues au Liban. Le projet est financé par le Comité international de la Croix-Rouge, l'Union européenne, le National Endowment for Democracy et la Fondation Robert Bosch.
Des histoires d'autres personnes ayant disparu durant la guerre sont disponibles sur le site Web de «Fus'hat amal» à l'adresse : www.fushatamal.org
Si vous êtes un proche d'une personne disparue, vous pouvez partager son histoire sur le site du projet ou contacter Act for the Disappeared aux 01/443104, 76/933306.

 

 

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« Des hommes armés ont fait irruption à 3h du matin et m'ont embarqué »

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« J'étais au travail quand j'ai reçu un appel des services de renseignements syriens »

« Quelque part entre Beyrouth et Saïda, j'ai été enlevée »

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