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Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner...

« J’ai disparu lors de l’une de mes escapades chez mes grands-parents »

Pour préserver l'espoir

Pour que la cause des personnes disparues au Liban ne tombe pas dans l'oubli, l'ONG Act for the Disappeared a lancé le projet « Fus'hat amal », une plateforme numérique qui rassemble leurs histoires. Dans ce cadre, nous publions à partir d'aujourd'hui une série de témoignages fictifs qu'auraient apportés des Libanais arrachés à leur milieu familial et social. Puisse cette initiative permettre de leur restituer symboliquement « leur juste place dans la société », sous le slogan « Ne laissez pas mon histoire s'interrompre à ce stade ».

OLJ
13/04/2016

Mon nom est Ali Hamadeh. Je suis né en 1971. Mon père étant mort avant ma naissance j'ai été élevé seul par ma mère Nayfeh. Chaque jour, elle me déposait à l'école en allant au journal as-Safir où elle travaillait. De temps en temps, nous nous échappions pour de courtes escapades loin de la ville et de la violence pour aller visiter mes grands-parents à Qmatiyyeh, à environ 17km de la capitale.
Ironiquement, c'est juste après l'une de ces agréables escapades que j'ai disparu. C'était un lundi, je rentrais à Beyrouth après avoir passé le week-end avec mes grands-parents. C'était le 26 mars 1984. J'avais 13 ans.
Un ami de la famille me ramenait en ville et devait me déposer à l'intersection du musée.
Mais nous ne sommes jamais arrivés. Nos familles n'ont jamais su ce qu'il nous était arrivé. Pour elles, nous avons disparu.
Ma mère a publié plusieurs lettres dans as-Safir, espérant que d'une façon ou d'une autre, elles me parviendraient.
Elle m'a supplié de ne jamais laisser les kidnappeurs instiller le mal en moi, de ne jamais les laisser me priver de mon innocence et de mon enfance.
Dans ses lettres, elle parlait de sa volonté de me protéger de tout mal et écrivait que nous quitterions le pays dès que je serais de retour. Je ne suis jamais revenu. Et le 27 décembre 1984, à 21h, meurtrie par le chagrin, elle s'est enlevé la vie.
J'avais 13 ans le jour où mon histoire a été réduite au silence ; le jour où ma mère a été privée de son unique enfant, le jour où ma vie a été brusquement interrompue. Comme moi, beaucoup d'autres ont disparu ; leurs familles attendent toujours de savoir ce qu'il leur est arrivé.
Ne laissez pas notre histoire s'interrompre ici.

* Pour en savoir plus sur l'histoire de Ali et des autres personnes qui ont disparu pendant la guerre, visitez Fus'hat amal
Si vous êtes un proche d'une personne disparue, vous pouvez partager son histoire sur le site Fus'hat amal ou contacter Act for the Disappeared aux 01/443104 ; 76/933306.

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