L’exhortation apostolique du pape François. AFP/Alberto Pizzoli
Le pape François tend la main aux divorcés remariés, et à tous ceux vivant « en situation irrégulière » dans l'Église catholique, dans un texte très attendu publié hier.
Dans cette « exhortation apostolique », longue de quelque 260 pages, Jorge Bergoglio répond en partie aux attentes de ces divorcés remariés civilement, en appelant à leur intégration dans l'Église. Et s'il ne remet pas en cause la doctrine, il n'exclut pas un accès au cas par cas aux sacrements de communion et de confession, revendication très forte de ces divorcés catholiques. Jorge Bergoglio reconnaît aussi une valeur à certaines unions libres, mais uniquement celles entre un homme et une femme, et fondées sur la stabilité.
Ces directives sur la famille et le mariage était très attendues, après deux synodes (assemblées d'évêques) qui avaient, en 2014 et 2015, illustré les profondes divisions de l'Église sur sa réponse aux évolutions sociétales. L'esprit de « miséricorde » prôné par Jorge Bergoglio est bien résumé par une phrase clé de ce texte : « Je comprends ceux qui préfèrent une pastorale plus rigide qui ne prête à aucune confusion », mais, ajoute-t-il, l'Église « doit être une mère (...) qui ne renonce pas au bien possible, même si elle court le risque de se salir avec la boue de la route ». « On retrouve dans ce texte l'expérience personnelle du pape François qui a souvent cheminé avec tant de familles en difficulté », a commenté le cardinal de Vienne, Christoph Schönborn, devant des centaines de journalistes.
Ce fils de divorcés a salué « la force d'autocritique » d'un pape qui a rejeté « un modèle abstrait, loin des situations concrètes » qu'avait souvent présenté l'Église sur la famille. Il s'est félicité que l'exhortation parle positivement « de l'émotion, des passions, de l'éros, de la sexualité ». « La dimension érotique de l'amour » est un « don de Dieu », écrit ainsi le pape. La Conférence des baptisé(e)s francophones (réformateurs) a salué le caractère « discrètement subversif » de cette « exhortation ».
Communion : ouvertures discrètes
Le pape adopte une approche d'ouverture et d'accueil, soulignant à maintes reprises le fait que les personnes en situation « irrégulière » « ne sont pas excommuniées » ni « exclues de la grâce divine ».
Pour autant, il n'annonce pas un changement de doctrine général, en particulier pour les divorcés remariés. Ces derniers sont encouragés à participer activement à la vie de la communauté (liturgies, etc.) et à trouver l'aide d'un prêtre pour se réintégrer.
Dans deux discrètes notes de bas de page, une ouverture aux sacrements pour certains divorcés victimes de leur mariage, après un chemin de « discernement » et de « repentance », se dessine. L'une d'elles parle clairement de « l'aide des sacrements ». « L'exhortation dit sans le dire qu'un couple qui a fait un travail de discernement peut, si sa conscience le lui dicte, et si le prêtre y consent, accéder aux sacrements », s'est ainsi félicitée la Conférence des baptisés.
Le pape « s'appuie sur la doctrine édictée sous Jean-Paul II, la norme demeure », mais « les effets (de cette norme) ne doivent pas être les mêmes selon les personnes, même pour la discipline des sacrements », a expliqué le théologien Antonio Spadaro, directeur de la revue jésuite Civilta Cattolica.
Cette question avait profondément divisé le synode, tout comme celle des homosexuels, qui s'était heurtée à un tir de barrage des prélats du Sud. Et sur ce point, l'exhortation apostolique reste très timorée : l'exigence du « respect » à l'égard des gays est rappelé, mais leurs parents sont pris en pitié, et un accent très fort est mis sur la conviction qu'une union homosexuelle ne peut absolument pas être considérée comme un mariage. A contrario, le pape valorise dans Amoris Lætitia (la joie de l'amour) les mariages civils, mais aussi les unions libres, « signes d'amour », quand elles atteignent « une stabilité consistante », que l'Église doit s'efforcer de transformer en mariage. Le texte porte le style du pape François : un hymne à la famille traditionnelle dans un langage simple, concret, parfois poétique, citant même son film culte, Le Festin de Babette de Gabriel Axel. Le texte est aussi un manuel de vie pour les couples, les fiancés, la préparation au mariage, les familles au quotidien, le rythme travail-repos, évoquant longuement par exemple, et pour la première fois, la nécessité d'une éducation sexuelle.
Il donne des conseils pratiques pour la vie à la maison : « C'est bon de se donner toujours un baiser le matin, faire des sorties ensemble, partager les tâches domestiques. Mais en même temps, il est bon d'interrompre la routine par la fête. »
Le texte, envoyé à chacun des 4 700 évêques, aborde aussi beaucoup de thèmes qui touchent les familles du Sud, comme les mariages arrangés et la polygamie, les familles divisées par les migrations, les mariages interreligieux, les abus sexuels, les mutilations sexuelles ou la violence contre les femmes.
(Source : AFP)


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