Photo d’archives d’août 2015 de Khalifa Ghweil, chef du gouvernement non reconnu de Tripoli. Mahmud Turkia/AFP
Les difficultés financières du gouvernement non reconnu de Tripoli et son impuissance face à l'expansion jihadiste ont été les deux facteurs-clés ayant permis un accueil favorable au cabinet d'union nationale sans effusion de sang.
Le gouvernement non reconnu avait été mis en place à l'été 2014 avec le soutien de la coalition de milices Fajr Libya qui avait pris le contrôle de Tripoli. « Le gouvernement (non reconnu) de Tripoli a fait faillite. Certains membres de groupes armés ne sont plus payés alors que d'autres craignent le même sort », a indiqué, sous le couvert de l'anonymat, un homme politique proche du gouvernement d'union nationale. Comme les autorités non reconnues sont « incapables de les payer, ces groupes armés préfèrent soutenir le gouvernement d'union », a-t-il ajouté.
Selon un responsable sécuritaire à Tripoli, le gouvernement d'union du Premier ministre désigné Fayez al-Sarraj avait pris soin de préparer le terrain avant de débarquer le 30 mars sur la base navale de Tripoli en provenance de Tunis. Le Comité de sécurité du gouvernement d'union « s'est entretenu avec les chefs des groupes armés pendant des semaines avant sa venue à Tripoli, les appelant au calme », a-t-il indiqué. « À présent, il n'y a aucun organe de sécurité ou groupe armé opposé au gouvernement d'union », a-t-il ajouté. L'homme politique proche du gouvernement d'union souligne néanmoins « le risque d'affrontements violents (....) car les groupes armés attendent de voir ce que le gouvernement d'union peut vraiment leur apporter ». En attendant, le gouvernement d'union a renforcé hier son autorité balbutiante en prenant le contrôle du site Internet des autorités non reconnues de Tripoli, où le logo de l'« État de Libye – Gouvernement d'union nationale » a remplacé celui du « Gouvernement de salut national » de Khalifa Ghweil.
Les finances, facteur-clé
Par ailleurs, un facteur pourrait compliquer l'installation de M. Sarraj dans la capitale, qui demeure cantonné avec son équipe sur la base navale : le chef du gouvernement non reconnu de Tripoli, Khalifa Ghweil, a affirmé mercredi qu'il refusait de partir, alors même que son cabinet avait dit la veille céder la place au nouveau gouvernement. Depuis son arrivée, le gouvernement d'union a cependant engrangé rapidement le soutien des villes de l'Ouest (sous la coupe jusqu'à présent de Fajr Libya) et du Sud – même si celles de l'Est lui résistent toujours –, et surtout de la Compagnie nationale de pétrole et de la Banque centrale. M. Sarraj va donc disposer d'un puissant moyen de pression, car il pourra « octroyer ou arrêter des financements qui profitaient jusqu'à présent aussi bien aux deux gouvernements qu'aux diverses milices », explique Arturo Varvelli, spécialiste de la Libye à l'Institut pour les études de politique internationale (ISPI) de Milan (Italie).
Livrée aux milices depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye, riche en pétrole, a sombré encore un peu plus dans le chaos quand les autorités de Tripoli ont commencé à se disputer le pouvoir en 2014 avec celles qu'elles avaient chassées de la capitale et qui s'étaient réfugiées dans l'Est. Le groupe jihadiste État islamique (EI) a profité de ces divisions pour s'implanter dans le pays où il contrôle Syrte (450 km à l'est de Tripoli) et tente une expansion vers d'autres villes. Outre les promesses d'ordre économique du gouvernement d'union, ses engagements à rétablir la sécurité et lutter contre l'EI ont très certainement séduit et permis d'éviter l'affrontement entre milices rivales. À maintes reprises, les autorités non reconnues de Tripoli ont annoncé des opérations militaires pour libérer Syrte qui n'ont pas eu lieu. Des villes de l'Ouest comme Sabratha, qui a connu des affrontements violents avec l'EI, ont taxé M. Ghweil d'impuissance face au groupe jihadiste. « Le ralliement de plusieurs villes libyennes au gouvernement d'union peut s'expliquer par la peur de l'EI (...). La question est de savoir si ces ralliements vont durer », estime Marc Pierini, analyste à la fondation Carnegie et ancien ambassadeur de l'Union européenne à Tunis et Tripoli. « On craint en Libye la perspective d'une intervention occidentale, que personne ne souhaite », a-t-il ajouté à l'AFP.
Mohamad Ali HARISSI/AFP


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