John Kerry et son homologue bahreïni, cheikh Khaled ben Ahmad al-Khalifa, hier à Manama. Mohammad el-Shaikh/AFP
En visite à Bahreïn, le chef de la diplomatie américaine John Kerry a exhorté hier l'Iran à « aider » la communauté internationale à mettre fin aux guerres qui ravagent la Syrie et le Yémen.
Poursuivant la stratégie américaine de dialogue réamorcé ces dernières années avec Téhéran, John Kerry a profité de son passage dans le Golfe pour « appel(er) l'Iran à prouver au monde qu'il veut être un membre constructif de la communauté internationale, contribuer à la paix et à la stabilité et nous aider à mettre fin à la guerre au Yémen (...), en Syrie, pas à l'intensifier ». M. Kerry s'exprimait lors d'une conférence de presse aux côtés de son homologue bahreïni, cheikh Khaled ben Ahmad al-Khalifa, dont le gouvernement sunnite a rompu en janvier ses relations avec l'Iran chiite, dans la foulée de la rupture décidée par l'Arabie saoudite. « Oui, nous voulons que l'Iran change sa politique étrangère », a insisté le chef de la diplomatie bahreïnie, en condamnant le comportement « hégémonique » de son puissant voisin.
À deux semaines d'un sommet entre le président américain Barack Obama et les dirigeants du Golfe à Riyad, M. Kerry a aussi dénoncé les « actions déstabilisatrices » de Téhéran dans la région, tout en se félicitant de l'accord sur le nucléaire scellé entre les grandes puissances et l'Iran en juillet 2015. Ce texte, entré en vigueur en janvier et qui a permis de lever des sanctions contre Téhéran, est considéré comme une percée historique de l'administration Obama et l'amorce d'un rapprochement entre les ex-ennemis iranien et américain.
Renversement d'alliances
Les États-Unis étant des partenaires militaires et pétroliers des monarchies sunnites, la politique de Washington à l'égard de Téhéran les a profondément inquiétées. Jusqu'à provoquer un vrai coup de froid, les puissances du Golfe redoutant un renversement des alliances de l'Amérique dans la région. L'Iran appuie la Syrie du président Bachar el-Assad, mais fait partie du Groupe international de soutien à la Syrie – 17 puissances mondiales et régionales – qui, depuis fin 2015, œuvre à un règlement diplomatique, notamment via un cessez-le-feu et des pourparlers intersyriens sous l'égide de l'Onu. Quant au Yémen, la guerre s'est aggravée en mars 2015 lorsque la coalition arabo-sunnite menée par l'Arabie saoudite a déclenché une campagne aérienne contre les rebelles houthis, accusés de liens avec l'Iran, qui contrôlent la capitale Sanaa et de vastes régions. Le conflit s'est enlisé et un cessez-le-feu doit entrer en vigueur dimanche, qui sera suivi le 18 avril par des pourparlers de paix au Koweït. Sans « informations solides » sur le sujet, John Kerry s'est borné à réclamer un « cessez-le-feu complet » dans ce pays, le plus pauvre de la péninsule Arabique.
Mais pour cette première visite d'un secrétaire d'État américain à Bahreïn depuis 2010, John Kerry n'a pu échapper au dossier embarrassant des droits de l'homme dans ce petit royaume dirigé par une dynastie sunnite, accusée de réprimer systématiquement la majorité chiite. Bahreïn est secoué par des troubles sporadiques depuis un soulèvement en 2011, dans la foulée du printemps arabe, animé par la majorité chiite qui réclame à la dynastie sunnite au pouvoir des réformes démocratiques et une véritable monarchie constitutionnelle. Manama attribue les violences à des « terroristes » qui bénéficient parfois selon elle de la « complicité » de l'Iran, mais le pouvoir nie toute discrimination envers les chiites. De nombreux opposants sont emprisonnés à Bahreïn.
(Source : AFP)


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18 h 14, le 08 avril 2016