Des milliers d’Islandais rassemblés à Reykjavik, mardi, pour exiger la démission du Premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson. Reuters/Stigtryggur Johannsson/Files
Les partis au pouvoir en Islande ont entamé, hier, des consultations sur l'avenir du gouvernement après la chute du Premier ministre, emporté par le scandale des « Panama papers » qui place le Parti pirate en position de force en cas de législatives anticipées. Le Premier ministre David Sigmundur Gunnlaugsson s'est mis « en retrait » de ses fonctions mardi, devenant le premier haut dirigeant à faire les frais du scandale des avoirs placés dans des paradis fiscaux par des responsables politiques, des stars du football ou des célébrités du monde entier. Pour rappel, l'enquête du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) a révélé qu'avec sa future épouse, riche héritière, M. Gunnlaugsson a pris le contrôle en 2007 d'une société dans les îles Vierges britanniques. Il a vendu sa participation de 50 % dans le capital de la société fin 2009 mais il a omis d'en faire état dans sa déclaration de patrimoine lorsqu'il a été élu député pour la première fois en avril de la même année. Le couple plaide sa bonne foi et affirme avoir toujours déclaré son patrimoine au fisc. L'ICIJ ne lui reproche d'ailleurs qu'une entorse aux « règles éthiques » de la vie politique islandaise.
Mais l'affaire est extrêmement sensible dans un pays marqué par les excès des années 2000, pendant lesquelles un secteur financier euphorique ainsi que ses dirigeants et ses cadres usaient et abusaient des sociétés-écrans. L'économie avait ensuite été terrassée par la crise financière en 2008. Des milliers d'Islandais – mobilisation massive à l'échelle de ce petit pays – avaient réclamé sa démission lundi soir à Reykjavik et le Premier ministre a finalement jeté l'éponge. Il a cependant contesté avoir démissionné, n'évoquant qu'un retrait provisoire, une pure argutie de forme selon les analystes.
« Ce sont eux les vrais pirates »
L'opposition de gauche, qui a déposé lundi une motion de censure contre le gouvernement, juge urgent d'appeler les électeurs aux urnes avant les législatives de fin de mandature au printemps 2017. D'autant que deux ministres en poste, à l'Intérieur et aux Finances, sont eux aussi mis en cause dans le scandale des « Panama papers » et que l'avenir du gouvernement reste incertain.
Porté par les vents de la colère populaire, le Parti pirate islandais, mouvement libertaire qui milite pour la transparence de la vie publique, tire les marrons de la crise, selon un sondage Gallup publié hier, qui le place seul en tête des intentions de vote en cas de législatives anticipées. « Nous sommes le Parti pirate, mais les vrais pirates, ce sont eux : ils pillent et cachent leur butin sur des îles exotiques », ironisait Karl Hedinn, un militant de 21 ans.
Fondé en 2012, le Parti pirate, qui milite aussi pour davantage de démocratie directe, recueille 43 % des intentions de vote alors qu'il oscillait ces dernières semaines entre 25 et 35 %. « Ils ont de bonnes chances, surtout dans ce contexte. Pourquoi ne pas essayer autre chose ? Je ne suis pas contre le sang neuf », déclarait ainsi à l'AFP un graphiste de la capitale, Sindri.
Les Pirates devancent le Parti de l'indépendance (conservateur, au pouvoir) à 21,6 %, et le Mouvement gauche-Verts (opposition) à 11,2 %. Le Parti du progrès du Premier ministre sortant est relégué à 7,9 %, derrière les sociaux-démocrates (10,2 %) qui, depuis qu'ils ont perdu le pouvoir il y a trois ans, n'ont jamais réussi à profiter de l'impopularité du gouvernement de droite.
Hugues HONORÉ / AFP


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