La rupture des fiançailles entre Pfizer et Allergan est un énorme revers pour Ian Read, le patron de Pfizer, qui échoue pour la deuxième fois après le britannique AstraZeneca à réaliser une grosse acquisition. Paul Faith / AFP
Pfizer a mis fin hier à sa fusion à 160 milliards de dollars avec Allergan, après une offensive de l'administration Obama contre les mariages d'entreprises motivés par des raisons fiscales sur fond de résurgence du patriotisme économique aux États-Unis.
Ce renoncement à la plus importante opération d'évitement fiscal jamais réalisée par une entreprise américaine est une victoire pour la Maison-Blanche dont les précédentes tentatives de bloquer ou de décourager les « tax inversion », nom donné à ces opérations légales quoique controversées, avaient échoué.
« Il semble que (le Trésor) a tout fait pour mettre en place une règle temporaire afin de stopper cette transaction et apparemment ça a marché », a regretté Brent Saunders, le directeur général du laboratoire américain Allergan dont le siège est à Dublin, en Irlande. « La décision a été guidée par les actions annoncées par le département du Trésor américain le 4 avril, qui constituent aux yeux des deux entreprises un changement fiscal défavorable dans le cadre de leur accord », a renchéri Pfizer.
Le Trésor américain a annoncé lundi une troisième vague de mesures pour freiner l'exil fiscal des multinationales américaines qui fuient l'impôt en transférant leur siège social à l'étranger à la faveur de rachats d'entreprises. Ce tour de vis survient dans un contexte général de dénonciation des pratiques d'optimisation fiscale, dans le sillage du scandale de l'enquête des « Panama papers ».
Le président américain Barack Obama, qui avait déjà qualifié l'inversion fiscale d'« antipatriotique », est encore monté au créneau mardi en dénonçant une « échappatoire fiscale insidieuse ».
Pas de choix
Selon les nouvelles règles du Trésor, les actionnaires d'une entreprise américaine rachetée par un groupe étranger doivent détenir moins de 60 % des parts de la nouvelle entité pour que la redomiciliation fiscale soit complètement effective. À partir de 80 %, le mariage perd tous ses avantages fiscaux. La taille du groupe étranger acquéreur doit en outre être au moins égale à un tiers à celle de la société américaine convoitée. Pour calculer celle-ci, il faut écarter toutes les acquisitions d'actifs ou de sociétés américains effectuées lors des trois dernières années à compter du jour de la nouvelle opération.
Pfizer et Allergan ont structuré leur mariage de sorte que les actionnaires du premier devaient détenir 56 % de la nouvelle entité, soit en-dessous du seuil limitant les effets de l'inversion fiscale. Mais en calculant la taille d'Allergan selon les nouvelles règles du Trésor, cette participation devrait augmenter jusqu'à 80 % puisque la valorisation de ce dernier a été gonflée par les acquisitions américaines réalisées à hauteur de dizaines de milliards de dollars sous son ancien nom, Actavis, au cours des trois dernières années.
La rupture des fiançailles entre Pfizer et Allergan est un énorme revers pour Ian Read, le patron de Pfizer, qui échoue pour la deuxième fois après le britannique AstraZeneca à réaliser une grosse acquisition. Le géant pharmaceutique n'a pourtant pas beaucoup de choix s'il veut relancer ses ventes plombées par l'expiration des brevets et l'absence de nouvelles molécules.
En attendant, Pfizer, qui dispose d'un trésor de guerre de près de 130 milliards de dollars logé à l'étranger, n'exclut pas de procéder à une scission entre ses médicaments matures (génériques et biosimilaires) et traitements innovants (anticancéreux, vaccins) et devrait annoncer sa décision sur ce sujet d'ici à la fin de l'année.
Allergan, qui s'est appuyé jusqu'à présent sur une politique d'acquisitions à tout crin pour financer sa croissance, se retrouve pour sa part dans une position difficile d'autant qu'il a cédé pour 40 milliards de dollars ses médicaments génériques à l'israélien Teva. « Nous allons continuer à regarder des actifs de croissance », a promis hier Brent Saunders. Les noms des britanniques AstraZeneca et GlaxoSmithKline sont avancés comme cibles. Pour l'instant, Allergan va recevoir jusqu'à 550 millions de dollars de la part de Pfizer pour rupture d'accord et dédommagements dont 150 millions de dollars de frais, selon l'AFP. De son côté, le communiqué de presse de Pfizer ne mentionne que les 150 millions de dollars de frais.
(Source : AFP)
N.B: Cet article a été modifié le 7/04 à 21h48 pour corriger une erreur et ajouter une précision.


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09 h 01, le 07 avril 2016