Le 29 mars 1996, les forces de police du Raid intervenaient contre le « gang de Roubaix », dans le nord de la France. François Lo Presti/AFP
Il y a vingt ans, la police donnait l'assaut à une maison du nord de la France où s'était retranché le « gang de Roubaix », une bande d'« islamo-braqueurs » dont le parcours trouve résonance aujourd'hui après les attentats jihadistes en France et en Belgique.
Il est 6 heures ce 29 mars 1996, dans le quartier de l'Alma à Roubaix, à forte composante immigrée, lorsque le Raid, unité d'élite de la police, lance l'assaut qui se conclura par la mort de quatre des dix membres du gang. « J'allais au travail et je voyais des policiers partout, je me demandais ce qui se passait », se remémore Pierre, un riverain.
Du 27 janvier au 8 février, plusieurs hold-up et braquages ultraviolents avec armes de guerre ont lieu dans la métropole de Lille, une fusillade faisant un mort à Roubaix. « Après le 8 février, ça s'arrête net. On le saura après : deux à trois sont repartis en Bosnie, avec leur maigre butin, pour acheter de l'armement lourd et faire quelque chose d'encore plus sérieux », se souvient Romuald Muller, ancien chef de la brigade criminelle de Lille. Le 25 mars, un fourgon de la Brinks est attaqué à Leers au lance-roquettes, à la kalachnikov et la grenade. Le 27, les enquêteurs réalisent que des membres du gang ont fait un aller-retour à Molenbeek, en Belgique, aujourd'hui fief présumé du jihadisme en Europe. Le 28 mars, la violence monte encore d'un cran : un attentat à la voiture piégée, garée devant l'ancien commissariat, est évité de justesse, à quelques jours d'une réunion du G7 à Lille. Cette tentative manquée précipite l'assaut du Raid. Quatre des malfaiteurs, tous issus de la jeunesse roubaisienne immigrée du Maghreb et de Turquie, meurent dans l'effondrement et l'incendie de la maison provoqués par des grenades qu'ils avaient lancées.
Le jour de la fusillade, Jean-Louis Debré, alors ministre de l'Intérieur, explique pourtant que cette affaire relève du « grand banditisme » et nullement « du terrorisme » ou de « l'islamisme ». Les spécialistes de la lutte antiterroriste, eux, sont dépités d'être tenus à l'écart de l'enquête, persuadés qu'il ne s'agissait pas de simples délinquants de droit commun, mais bien des partisans d'un islam radical.
Des convertis dans le gang
Parmi les dix membres de la bande figurent en effet deux convertis, nés dans des familles catholiques ouvrières : Lionel Dumont et Christophe Caze, tué le lendemain en Belgique lors de sa fuite et considéré comme le « cerveau » du groupe. « C'est une des premières fois que la question des convertis se pose, alors qu'aujourd'hui elle est importante vu le nombre de départs de Français vers des terrains de combat », argue Antoine Mégie, maître de conférence en sciences politiques à l'Université de Rouen et spécialiste de la lutte contre le terrorisme.
La route du « gang de Roubaix » épouse en effet celle de la Bosnie, où plusieurs membres ont combattu dans les rangs des moujahidine de Zenica en 1994 et 1995, des soldats de l'islam venus combattre les Serbes aux côtés de l'armée bosniaque. Le politologue Gilles Kepel, dans son ouvrage Passion française, rappelle qu'après les accords de Dayton de décembre 1995 (mettant fin à la guerre en Bosnie), Caze et Dumont s'étaient recyclés dans le jihad sur le territoire français. « Au confluent entre grand banditisme et terrorisme islamiste, ils prolongeaient à leur manière frustre l'épopée meurtrière de Khaled Kelkal (responsable d'attentats islamistes sur le sol français dans les années 1990), abattu quelques mois auparavant le 29 septembre 1995 dans la banlieue lyonnaise », note-t-il. Selon le chercheur, ils « anticipaient » l'affaire de Mohammad Merah, auteur de tueries au nom du jihad dans le sud-ouest de la France (sept morts) en 2012, « après seize années qui avaient marqué une longue pause du terrorisme jihadiste dans l'Hexagone ».
Benjamin MASSOT/AFP


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