Les « fintech » veulent s’affranchir de la réputation de cupidité rattachée au secteur bancaire. Photo archives AFP
Aider une entreprise éthique à lever des fonds, inciter M. Tout-le-monde à investir : aux États-Unis, un visage social de la banque émerge sous l'impulsion de start-up qui veulent réconcilier le grand public avec la finance.
Baptisées fintech (contraction de finance et technologies), ces jeunes pousses se servent des outils technologiques et des algorithmes et veulent s'affranchir de la réputation de cupidité rattachée au secteur bancaire.
« Nous secouons la finance en touchant des gens qui ont été laissés en marge (de la société) et qui sont ignorés », confie Jeff Cruttenden, numéro deux de la start-up californienne Acorns, lancée en 2014. Acorns propose, via son application mobile, d'effectuer des micro-investissements à risques choisis. Ces investissements homéopathiques correspondent à l'arrondi supérieur de l'achat effectué avec sa carte bancaire. Par exemple, pour un achat de 10,20 dollars, il est débité 11 dollars au client et la différence, soit les 80 cents, est versée dans le compte ouvert auprès de la start-up. À chaque fois que le montant atteint 5 dollars, cette somme est investie. La start-up prélève une commission d'un dollar par mois pour les comptes inférieurs à 5 000 dollars et 0,25 % au-delà, contre de 1 à 1,2 % des actifs pour les courtiers classiques.
Acorns effectue les investissements par le biais de « robot advisers » (conseillers robots), des courtiers connectés qui composent les portefeuilles et les proposent aux clients en fonction de leurs buts et revenus.
Investir responsable
Les dividendes sont réinvestis automatiquement pour éviter de faire payer les impôts. Depuis le début de l'année, les rendements de ces placements varient de -0,5 à +2 %, selon Jon Stein de la start-up Betterment.
La formule séduit les millenials (jeunes de 18-35 ans) dont la méfiance vis-à-vis des banques s'est creusée avec la crise financière de 2008. Environ 75 % des 700 000 comptes ouverts en seize mois sur Acorns l'ont été par les moins de 34 ans, selon M. Cruttenden. Les fintech ont tiré les leçons des erreurs passées des banques : leurs frais sont bas, elles sont transparentes et n'ont pas de produits financiers maison, ce qui limite les risques de conflits d'intérêt. Même si elles sont contrôlées par les régulateurs, elles ne subissent ni le même carcan réglementaire ni les coûts d'infrastructures des banques traditionnelles.
Betterment, lancée en 2012, connaît une croissance exponentielle. Fin 2014, la start-up gérait pour 1,1 milliard de dollars d'actifs. Un an plus tard, ce chiffre a été plus que triplé à 3,8 milliards de dollars pour 150 000 clients. La société vise 200 000 clients d'ici à la fin de l'année et 7 milliards de dollars d'actifs sous gestion. « Notre gros avantage est que nous pouvons fournir des informations et des conseils à nos clients en temps réel », vante M. Stein. « En aidant les gens à investir, nous changeons leur perception des services financiers. Certains se demandent pourquoi ils n'avaient pas investi auparavant », raconte Jeff Cruttenden.
Circle Up pour sa part promeut la consommation responsable. Cette start-up permet aux entreprises fabriquant des produits respectant la nature de lever de l'argent auprès des investisseurs – un million de dollars en moyenne, en échange d'une prise de participation dans le capital de l'entreprise. Circle Up prélève 5 % des fonds levés. Depuis son lancement en 2012, la fintech a déjà aidé 160 entreprises à lever 200 millions de dollars de fonds.
Luc OLINGA/AFP


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