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À La Une - Terrorisme

La vie doit continuer, affirment les Libanais de Côte d'ivoire, sonnés par l'attaque de Grand-Bassam

La communauté a accueilli avec soulagement les mesures de sécurité prises par les autorités ivoiriennes.

La police patrouille sur la plage de Grand-Bassam, le 15 mars 2016. ISSOUF SANOGO / AFP

Onze jours après l'attaque jihadiste qui a fait 19 morts dans la station balnéaire de Grand-Bassam, près d'Abidjan, la communauté libanaise de Côte d'Ivoire, forte d'environ 100.000 personnes, est encore sonnée. Et pour cause. Toufic Hayek, un Libanais de 54 ans originaire de Nabatiyé, fait partie des victimes de la fusillade du 13 mars, revendiquée par el-Qaëda au Maghreb islamique (AQMI). Cinq autres Libanais, Hassan et Mohammad Mortada, Nagibé Sabra et ses deux enfants, ont été blessés. Mais avec la mise en place de mesures de sécurité drastiques sans précédent, les Libanais d'Abidjan ont progressivement repris une vie normale, même s'ils ont renforcé leur vigilance. 

"Les plages ont recommencé à se remplir"
"Pour nous tous ici, cette situation est totalement nouvelle", raconte Moustapha, un commerçant libanais vivant à Abidjan, interrogé par L'Orient-Le Jour. "Nous sommes encore tous sonnés et horrifiés mais nous considérons que la vie continue, et qu'elle doit continuer", résume-t-il.

Johana, qui habite également à Abidjan, ressent toujours une certaine appréhension. "Plusieurs jours après l'attaque, j'ai toujours un peu peur", explique cette trésorière d'une société de commercialisation d'articles ménagers. "Mais les mesures de sécurité ont quand même tendance à me rassurer", ajoute-t-elle.

A la suite de l'attaque terroriste, les autorités ivoiriennes ont considérablement renforcé le dispositif de sécurité dans le pays. "De nouvelles dispositions ont été mises en place. Les voitures sont fouillées à l'entrée des supermarchés. Nous sommes palpés et fouillés, les sacs sont contrôlés à l'entrée des magasins et des principaux lieux publics fermés", explique Moustapha. "C'est la première fois de telles mesures sont prises en Côte d'Ivoire, mais c'est le prix à payer pour la sécurité". "En plus des centres commerciaux, des dispositions ont également été prises dans les écoles", ajoute Johana, mère de deux enfants.

Moustapha a favorablement accueilli ces mesures car elles ont suscité de nouveaux réflexes de sécurité. "Les plages ont recommencé à se remplir. Les Ivoiriens sont de bons vivants mais ils sont devenus vigilants depuis l'attaque de Grand-Bassam. Désormais, on observe attentivement les personnes qui se baladent avec des sacs sur les plages", indique-t-il.
A l'issue d'un Conseil des ministres extraordinaire à Grand-Bassam, qui s'est tenu trois jours après l'attaque, le gouvernement ivoirien avait appelé "la population à plus de vigilance", demandant à chacun d'"être le policier autour de lui".

Ville historique et ancienne capitale coloniale sur la côte du golfe de Guinée, Grand-Bassam abrite plusieurs hôtels fréquentés par une clientèle d'expatriés le long d'une plage où afflue la population abidjanaise en fin de semaine.

"Un certain sentiment de tranquillité"
"Nous pouvons dire aujourd'hui que la situation est satisfaisante", juge Wissam Kalakech, chargé d'affaires près l'ambassade du Liban à Abidjan. "Les mesures prises par le pouvoir ivoirien confèrent à la communauté libanaise et aux ressortissants étrangers résidant en Côte d'Ivoire un certain sentiment de tranquillité", estime-t-il. M. Kalakech salue également la visite, entre le 18 et le 22 mars, de la délégation parlementaire dépêchée à Abidjan par le président de la Chambre, Nabih Berry, qui marque, selon lui, "la solidarité du Liban face à cette tragédie".

Après s'être rendus vendredi dernier au chevet des blessés ivoiriens et libanais à l'hôpital central gouvernemental d'Abidjan, les députés Simon Abi Ramia et Ali Khreiss, qui ont également assisté le lendemain à l'enterrement de Toufic Hayek, ont été reçus lundi par le président ivoirien Alassane Ouattara et le chef du Parlement ivoirien Guillaume Soro. "Nous avons senti une véritable solidarité au sein de la communauté libanaise", explique Simon Abi Ramia, à L'Orient-Le Jour. "Les mesures prises par les autorités ivoiriennes ont visiblement rassuré les Libanais de Côte d'Ivoire, dont certains font partie intégrante du tissu social local", ajoute-t-il.

 

"Frontières poreuses"
Ces mesures de sécurité visant à rassurer la population viennent néanmoins rappeler que la Côte d'Ivoire, jusque-là épargnée, est désormais rattrapée par la terreur jihadiste.

"Toutes ces dispositions nous rassurent mais nous savons qu'il est impossible de tout surveiller en même temps", estime Moustapha pour qui le danger venu de l'extérieur persiste. "Les frontières de la Côte d'Ivoire sont poreuses, et il y a des kilomètres de plage. Le travail de police est important mais il doit être complété par un travail des services de renseignement".

Dans son communiqué de revendication, Aqmi avait affirmé que l'attaque a été menée par trois hommes, Hamza et Abdul Rahman al-Fulani, dont le nom de famille désigne l’ethnie peule, disséminée dans toute la bande sahélo-saharienne, et Abou Adam al-Ansari, dont le nom désigne un jihadiste autochtone.

Comme de nombreux Ivoiriens, Moustapha a vu circuler la photo de Kounta Dallah, désigné par le procureur d'Abidjan et le ministre de l'Intérieur ivoirien comme le principal suspect et le coordinateur présumé de l'attaque du 13 mars et contre qui un avis de recherche a été lancé.
"Quand on voit cet homme de peau noire, cheveux rasés et portant une tunique blanche et verte, on se dit qu'il ressemble à tous les Ivoiriens du nord. A un contrôle à la frontière, son apparence classique n'attirera pas l'attention", s'inquiète Moustapha.

Wissam Kalakech, lui, veut rester optimiste. "Nous nous disons que ça va aller, en espérant que cette attaque sera la dernière", assure-t-il.

 

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