« Ange musicien », huile sur toile (180x120 cm).
Des boucles noires sur un visage qui garde encore les rondeurs de l'enfance... Marc Guiragossian ressemble plus à un adolescent un peu perdu et qui se serait retrouvé par hasard dans cette réception mondaine qu'est un vernissage – en l'occurrence celui de sa première grande exposition individuelle, intitulée « The New Light », à la galerie Mark Hachem – qu'à la vedette de la soirée.
Plutôt en retrait, un peu intimidé, un peu sauvage, le tout jeune artiste semble accroché à son père comme à une bouée de sauvetage. À l'évidence, il préfère laisser à ce dernier le soin de le présenter. De parler de son talent, de sa personnalité rétive à toute forme de carcan, de ce « regard différent que Marc porte sur les choses depuis toujours ». Ou encore de ce portrait d'une jeune allemande réalisé « à 12 ans avec une telle intensité dramatique qu'il en devenait presque insupportable à regarder. J'étais abasourdi. Mais alors que je craignais la réaction du modèle, elle s'est jetée sur la toile et l'a emportée, ravie », raconte Emmanuel Guiragossian.
Ce que Marc tient de Paul...
Aujourd'hui, à vingt ans à peine, Marc Guiragossian bénéficie déjà d'une certaine cote auprès de quelques grands collectionneurs. Certes, il appartient à une famille de peintres. Fils d'Emmanuel et petit-fils de Paul Guiragossian, il aurait hérité du talent inné de son grand-père, disent ses « inconditionnels ». Mais si le jeune homme ne renie pas ce qu'il doit à son environnement et à ses gènes familiaux, son style est aux antipodes de celui du grand Paul. Et ses coups de pinceau furieusement heurtés et au chromatisme foisonnant n'ont qu'un lien éloigné avec les sereins élancements de ceux de son célèbre prédécesseur. « Ce que Marc tient cependant de Paul, c'est son exceptionnelle facilité à traduire instantanément en dessin, sans composition, sans élaboration préalable, une émotion ressentie ou une histoire entendue », signale, toutefois, son père.
...Et ce qu'il prend des grands maîtres
Alors que la nouvelle génération d'artistes s'achemine vers la conceptualisation et l'expérimentation de voies nouvelles, ce jeune talent préfère inscrire son art dans la continuité de la peinture classique. Celle des grands maîtres universels auxquels il voue une admiration éperdue. Les De Vinci, Rubens, Ingres, Goya ou encore Hokusaï... Qu'il a découvert, vers l'âge de 10 ans, dans les musées en Allemagne où sa famille avait fui la guerre de 2006. « Jusque-là, je n'avais montré aucune prédisposition pour la peinture. Je ne faisais pas partie de ces enfants toujours en train de gribouiller et de dessiner. Et pourtant, paradoxalement, j'ai toujours eu le sentiment que mon destin était de devenir peintre », raconte le jeune homme. « Le déclic s'est produit quelques mois après notre arrivée en Allemagne, devant un tableau de Pierre Paul Rubens, dans un musée de Dresde, représentant Hercule saoul. Je suis rentré chez moi et je me suis attelé à le reproduire. »
Depuis, Marc continue à puiser son inspiration des grands maîtres qu'il revisite à sa manière, avec une « lumière nouvelle », la sienne, d'un expressionnisme abstrait, fougueux, encore indompté...
« Chacune de leurs toiles est une école et je ne me lasse toujours pas de les contempler dans les musées et dans les livres pour apprendre et perfectionner mon travail. Vous savez, je suis encore en train de me former », s'empresse-t-il de signaler. « Je ne prétends absolument pas être un artiste accompli. Mais je travaille dur pour y arriver. »
Guidé par la main de l'ange...
Et l'on distingue ainsi dans la vingtaine d'huiles et les quelques œuvres sur papier qu'il présente jusqu'au 29 mars, sous la fougue des touches de couleurs vives et fortes, des silhouettes de Vierge à l'enfant, de nus féminins, d'hommes ailés surtout, évoquant les personnages de De Vinci. Le jeune peintre confie d'ailleurs entretenir « une relation privilégiée aux anges. Je ressens leur protection comme s'ils me guidaient... », dit-il, avec une sincère ingénuité.
Une candeur qui contraste avec la maturité de son coup de pinceau. Lequel laisse transparaître, sous l'apparente abstraction des compositions, une belle maîtrise de l'anatomie, une puissance du trait et un certain baroque religieux qui donnent à son jeune art une véhémence et une amplitude que l'on peut apprécier ou pas, mais qui ne laissent pas indifférent... Ce qui frappe chez Marc Guiragossian ? C'est, incontestablement, « cet instinct plus porté aux grands travaux qu'aux petites curiosités », pour reprendre les mots mêmes de son maître, son icône : Pierre Paul Rubens... se décrivant lui-même.
*Mina el-Hosn, rue Salloum, imm. Capital Garden, rez-de-chaussée. Horaires d'ouverture : de lundi à samedi, de 10h à 20h. Tél. 70 949029.

