Photo d’archives de Guido Westerwelle prêtant serment lorsqu’il est devenu ministre des Affaires étrangères d’Angela Merkel entre 2009 et 2013. Fabrizio Bensch/Reuters
L'ex-chef de la diplomatie allemande Guido Westerwelle, premier responsable politique de ce rang à assumer publiquement son homosexualité en Allemagne, est décédé hier à 54 ans de leucémie. Ancien dirigeant du parti libéral FDP, avocat de profession, il avait été le ministre des Affaires étrangères d'Angela Merkel entre 2009 et 2013, lors du deuxième gouvernement dirigé par la chancelière conservatrice. Il fut également, durant un temps plus restreint, vice-chancelier de ce gouvernement. Sa fondation caritative Westerwelle Foundation avait annoncé en juin 2015 qu'il était atteint « d'une forme aiguë de leucémie ».
En novembre dernier il avait publié un livre intitulé Entre deux vies : amour, mort et espoir, racontant son combat contre la maladie. En rémission à l'époque, après une chimiothérapie et une transplantation de moelle osseuse, l'ex-ministre émeut le public en exprimant une furieuse envie de vivre. « Je veux absolument vivre encore », avait-il déclaré en novembre dans un entretien à l'hebdomadaire Der Spiegel. « Vous ne pouvez pas savoir ce qu'on est capable de supporter lorsqu'il le faut », disait-il encore dans l'une de ses dernières interviews télévisées.
Du côté des officiels, Angela Merkel a salué un homme qui « s'est battu de tout son cœur pour la paix et les droits de l'homme », tandis que le président allemand Joachim Gauck louait « l'engagement » du défunt, un « démocrate et européen » convaincu. Sur la page Internet de sa fondation, un message signé de Westerwelle et de son partenaire Michael Mronz déclare : « Nous avons combattu. Nous avions l'objectif en vue. Nous sommes reconnaissants pour ce temps ensemble si génial. L'amour reste. »
« Mieux vaut être dictateur que pédé »
Grand, mince et élégant, Guido Westerwelle avait pris la tête en 2001 d'un parti libéral FDP en difficulté pour le ramener sur le devant de la scène en 2009, raflant près de 15 % des voix en promettant entre autres des baisses d'impôts drastiques. Il devient vice-chancelier et ministre des Affaires étrangères. Son heure de gloire. Mais, à ce poste, il est loin de faire l'unanimité. De même, ses promesses électorales sont vite oubliées, précipitant un putsch interne au parti en 2011 qui le force à quitter la présidence du FDP. La formation, en déroute, n'arrive même pas à atteindre les 5 % de suffrages nécessaires pour entrer au Parlement lors des élections suivantes. Sillonnant le monde pour faire avancer l'influence allemande, M. Westerwelle avait notamment rompu avec la tradition voulant que le premier voyage d'un ministre des Affaires étrangères de son pays le conduise en France : il s'était rendu en Pologne. Le chef de la diplomatie polonaise Witold Waszczykowski a d'ailleurs rendu hommage hier à un « promoteur du partenariat polono-allemand ».
Ceux qui l'ont côtoyé à l'époque décrivent cependant un homme abrupt, pas toujours au fait de ses dossiers. Sa popularité en Allemagne plonge. « La politique étrangère de l'Allemagne est une farce », écrivait en 2011 son prédécesseur, le Vert Joschka Fischer. Des documents publiés lors du scandale WikiLeaks montrent aussi que les États-Unis jugeaient Westerwelle incompétent et vaniteux. « Je pense qu'il aurait été bien plus à sa place à l'Économie ou aux Finances », reconnaissait hier un de ses amis, le comédien Sky Dumont. Ses derniers mois à la tête du ministère seront consacrés à la crise en Ukraine, durant laquelle il s'était fermement engagé du côté des manifestants proeuropéens qui entraîneront la fuite du président Viktor Ianoukovitch.
Son homosexualité, elle, n'a pas suscité le débat en Allemagne. Il avait fait son coming out en 2004 grâce à Mme Merkel qui l'avait invité pour son 50e anniversaire avec son compagnon de longue date. Tancé par Westerwelle pour son bilan démocratique abyssal, le président biélorusse Alexandre Loukachenko avait lancé en 2012 : « Mieux vaut être dictateur que pédé... » Mais lui-même avait estimé que sa sexualité ne pouvait être un obstacle à sa mission diplomatique, prenant exemple sur Angela Merkel qui, soulignait-il, « ne porte pas un voile sur le tapis rouge lorsqu'elle se rend dans certains pays arabes ».
(Source : AFP)


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