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Beyrouth, ya Beyrouth !

Il n'est pas de ville au monde qui soit autant que Beyrouth enveloppée de regrets. On ne peut pas être et avoir été, dit un proverbe ambigu que seul un résident beyrouthin peut comprendre sans trop réfléchir. On ne peut pas vivre à la fois au présent et au passé. Il est pourtant là notre mal, dans cette insistance et cette persistance à chercher le temps perdu. Mais oui, Beyrouth, « mille fois morte, mille fois revécue », oui les demeures anciennes repliées au fond d'un jardin que rafraîchit une fontaine, et ces arbres fruitiers, l'orange, le citron, la nèfle, la grenade qui conjuraient le spectre de la famine en entretenant l'illusion d'un verger biblique. Et les trois arcades des façades, si gracieuses, la grande au milieu comme une loge royale pour applaudir en famille le spectacle de la rue ; et les petites, des deux côtés, consacrées au rituel du café le matin et du goûter après la sieste. Oui, au temps perdu on prenait ce temps-là, rythmé par l'appel lancinant des minarets à la prière et à la bienfaisance, et celui, simultané, des carillons portant le même message. Au temps perdu, les enfants jouaient indéfiniment sur les plages qui n'étaient à personne.

On se lasse soi-même de ces photos jaunies dont la patine, qui naguère nous faisait briller les yeux, commence à ternir. Il y eut la guerre, on n'y peut rien. À l'époque, pourvu que l'on survive, on ne se souciait pas de la destruction d'un immeuble ou de l'altération d'une maison. Peu nous importait que les constructions s'entassent dans le chaos, pourvu que les gens puissent se reloger dans des régions sûres. Qui s'émouvait en ce temps-là de l'ajout d'un étage ou deux compromettant la sécurité du bâtiment en cas de séisme ? Pires qu'un séisme hypothétique, les bombardements étaient réels et incessants. Les milices des divers secteurs, ayant fait main basse sur les services publics, prélevaient des taxes substantielles pour jouer les municipalités du pauvre, remplaçant les institutions au ramassage des ordures, aux centraux téléphoniques, à la distribution de l'eau et de l'électricité, et, faut-il croire, à l'établissement de l'ordre et de la sécurité. On en était bouleversé de gratitude. Les ordures, avachies à même les trottoirs, finissaient leur carrière au bout d'un certain temps à la décharge dite du Normandy, qui elle a fini au fond de la mer, désormais transformée en « Zaitunay Bay ». Pire, le Liban lui-même, devenu pays de non-droit et échappant à tout contrôle, a accueilli au bénéfice des mêmes milices des déchets inavouables dont le site est toujours secret.

Tout ce que nous vivons aujourd'hui est l'héritage empoisonné d'une époque sans espoir. En mode survie on se passe de qualité de vie ; la chair passe avant la pierre ; la terreur et l'urgence occultent le sens moral ; l'environnement, on ne le voit même plus, et l'on vendrait son âme à qui veut bien assurer un minimum de service public. On a cru préserver l'humain en sacrifiant son environnement, on a perdu l'un et l'autre. Beyrouth n'est plus mais Beyrouth a été, preuve qu'elle peut encore devenir. À nous qui ne sommes que passants dans la pérennité de la ville d'apporter, individuellement, un ferment d'âme et de beauté à ceux qui nous succéderont. Arrêtons de charrier des nostalgies stériles.

Il n'est pas de ville au monde qui soit autant que Beyrouth enveloppée de regrets. On ne peut pas être et avoir été, dit un proverbe ambigu que seul un résident beyrouthin peut comprendre sans trop réfléchir. On ne peut pas vivre à la fois au présent et au passé. Il est pourtant là notre mal, dans cette insistance et cette persistance à chercher le temps perdu. Mais oui, Beyrouth, « mille fois morte, mille fois revécue », oui les demeures anciennes repliées au fond d'un jardin que rafraîchit une fontaine, et ces arbres fruitiers, l'orange, le citron, la nèfle, la grenade qui conjuraient le spectre de la famine en entretenant l'illusion d'un verger biblique. Et les trois arcades des façades, si gracieuses, la grande au milieu comme une loge royale pour applaudir en famille le spectacle de la rue ; et les petites, des...
commentaires (5)

Beaucoup d'espoir... Je trouve que malgré tout l'espoir peut se retrouver dans cette article. Nous avons de la chance de vivre dans un pays comme le Liban où les choses ont leut valeur, où les gens ont du courage et sont realistes. Ce qui manque au Liban c'est une génération plus éveillée mais rappelons que la nouvelle génération part à la recherche de son futur mais un jour nous reviendrons. Quant à la génération "ancienne" qui est là on ne peut pas lui en vouloir de n'avoir pas appris le civique et le développement environnementale à ses enfants. Je voudrai même savoir est ce que vraiment ils n'ont pas été éduqués ou est ce qu'ils n'ont pas le moyens d'appliquer ce qu'on leur apprend?

Abi Nader Julie

23 h 13, le 22 mars 2016

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Commentaires (5)

  • Beaucoup d'espoir... Je trouve que malgré tout l'espoir peut se retrouver dans cette article. Nous avons de la chance de vivre dans un pays comme le Liban où les choses ont leut valeur, où les gens ont du courage et sont realistes. Ce qui manque au Liban c'est une génération plus éveillée mais rappelons que la nouvelle génération part à la recherche de son futur mais un jour nous reviendrons. Quant à la génération "ancienne" qui est là on ne peut pas lui en vouloir de n'avoir pas appris le civique et le développement environnementale à ses enfants. Je voudrai même savoir est ce que vraiment ils n'ont pas été éduqués ou est ce qu'ils n'ont pas le moyens d'appliquer ce qu'on leur apprend?

    Abi Nader Julie

    23 h 13, le 22 mars 2016

  • Oui Mme. Fifi, cet article est si bien dit! Mais est-ce que vous croyez que Beyrouth est encore capable d'assurer à la nouvelle génération une meilleure qualité de vie? Ne faut-il pas apprendre aux jeunes parents un peu plus d'instruction civique pour qu'ils soient à même d'enseigner à leurs enfants à respecter l'environnement, même dans les circonstances les plus catastrophiques? En tout cas, merci de dire toute la vérité et rien que la vérité....

    Zaarour Beatriz

    22 h 46, le 17 mars 2016

  • Oui,O rage O desespoir !!!!???? Pauvre LIBAN ,....

    Soeur Yvette

    19 h 31, le 17 mars 2016

  • Depuis plus de 10 ans au Liban j'étais effrayé par l'incivisme et le laissé aller et comme je contestais on me répliquait "c'est le Liban" ce qui ne me rassurais pas et je prévoyais le pire. Et voilà c'est fait on est dans le chaos le plus total comme vous le décrivez dans votre excellent article mais ce n'est que le début de la fin, hélas un pays peut changer économiquement, politiquement mais on ne change pas les mentalités

    yves kerlidou

    08 h 25, le 17 mars 2016

  • Yâ harâââm, yâ Fîfî ! Ô rage ! Ô désespoir !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 18, le 17 mars 2016

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