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Tsar... et star

Être tsar au XXIe siècle n'est pas donné à tout le monde. Tenant fermement les rênes du pouvoir, et donc tranquille sur ses arrières, un tsar n'est vraiment tsar que quand il parvient à étendre son aura au-delà de ses frontières. Et il est universellement consacré comme tel quand les dirigeants des puissances rivales se gardent bien, eux, d'afficher la même et farouche résolution.


En Syrie comme auparavant en Ukraine, Vladimir Poutine s'est souverainement invité lui-même au jeu de massacre, encore que, pour préserver les formes, il a exigé de se faire envoyer des cartons par les autorités en place. En Syrie comme en Ukraine, Poutine ne s'est pas contenté de répondre charitablement à des appels au secours : il a surtout redonné à la Russie son ancien statut de superpuissance, sévèrement écorné depuis l'effondrement de l'Union soviétique.


À l'aller comme au retour, en mode d'attaque comme de repli tactique, le maître du Kremlin n'a pas fini de surprendre. Subitement annoncé par lui-même la veille, le retrait du gros de l'armada russe a commencé dès hier, Moscou estimant avoir atteint la plupart de ses objectifs. Mais si les Russes évitent judicieusement, de la sorte, un ruineux remake de l'embourbement en Afghanistan, ils sont loin d'avoir levé le pied pour de bon, puisqu'ils conservent un solide tremplin pour la poursuite des opérations aériennes, en sus de leur base navale de Tartous.


Reste à cerner avec précision ces fameux objectifs, ainsi que les motivations réelles et implications du coup de théâtre de lundi. Le fait est que la Russie a sauvé Bachar el-Assad de la débâcle, l'aidant même à élargir notablement son territoire. Avec ses formidables moyens, elle aura réussi là même où les troupes régulières syriennes, les pasdaran iraniens et leurs supplétifs des milices chiites accourues d'Irak et du Liban se cassaient les dents depuis des années (ce qui ne les empêchait pas, soit dit en passant, de multiplier les claironnants bulletins de victoire). Or, si le dictateur de Damas est maintenu à flot, il est loin d'être tiré d'affaire. En effet, Moscou ne peut raisonnablement ambitionner de refaire d'un Bachar aussi lourdement marqué le maître de toute la Syrie. Hors de question, faisait indirectement savoir, hier, le Premier ministre Dmitri Medvedev, soulignant le caractère limité des objectifs russes et excluant toute présence sans fin dans ce pays...


Un réduit alaouite solidement bétonné alors, dans la perspective soit d'un éclatement durable de ce pays, soit, au contraire, d'une formule fédérale dont Moscou a déjà fait savoir qu'elle était tout à fait envisageable ? Quoi qu'il en soit, et parce qu'il coïncide curieusement avec la reprise des pourparlers de Genève sur la question centrale de la transition, le retrait partiel des Russes laisse croire qu'il s'agit là d'un geste visant à amener à davantage de souplesse leur propre protégé, tout autant que ses adversaires de l'opposition. C'est ainsi d'ailleurs qu'il semble avoir été compris : développement significatif, positif, s'est félicité le médiateur de l'Onu Staffan de Mistura, imité en cela par plus d'une capitale occidentale ; du coup, l'opposition syrienne se dit désormais disposée à des négociations directes, et non plus en salles séparées.


Vladimir Poutine n'a pas encore gagné cette guerre qui, par ses nombreux prolongements, revêt aujourd'hui une dimension planétaire. Mais en imprimant son rythme propre au déroulement de la tragédie syrienne, l'implacable patron du Kremlin en est bel et bien devenu la star.

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

Être tsar au XXIe siècle n'est pas donné à tout le monde. Tenant fermement les rênes du pouvoir, et donc tranquille sur ses arrières, un tsar n'est vraiment tsar que quand il parvient à étendre son aura au-delà de ses frontières. Et il est universellement consacré comme tel quand les dirigeants des puissances rivales se gardent bien, eux, d'afficher la même et farouche résolution.
En Syrie comme auparavant en Ukraine, Vladimir Poutine s'est souverainement invité lui-même au jeu de massacre, encore que, pour préserver les formes, il a exigé de se faire envoyer des cartons par les autorités en place. En Syrie comme en Ukraine, Poutine ne s'est pas contenté de répondre charitablement à des appels au secours : il a surtout redonné à la Russie son ancien statut de superpuissance, sévèrement écorné depuis...