Des migrants se bousculent pour recevoir leur part d’une cargaison de bois de chauffage dans le camp de réfugiés d’Idoménie à la frontière gréco-macédonienne. Dimitar Dilkoff/AFP
L'Union européenne (UE) va faire pression aujourd'hui à Bruxelles sur la Turquie pour qu'elle l'aide à maîtriser la crise migratoire qui met en péril son unité. Les 28 partageront un déjeuner de travail avec le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, au moment où l'arrivée de 1,25 million de demandeurs d'asile divise comme jamais le bloc européen.
Ce nouveau sommet extraordinaire survient dans un climat de frictions récurrentes entre l'UE et la Turquie, candidate de longue date à l'adhésion. M. Davutoglu se serait rendu à Bruxelles dès hier soir pour « préparer le sommet » à huis clos avec la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE. Avant son départ d'Istanbul, le dirigeant turc a affirmé que son pays avait fait des « pas importants » pour respecter sa part du « plan d'action » conclu en novembre avec l'UE afin de stopper les migrants quittant par milliers les côtes turques à destination des îles grecques.
Convaincre Ankara
Après une récente tournée dans les Balkans, en Grèce et en Turquie, le président du Conseil européen, Donald Tusk, avait cru déceler « un consensus européen (...) autour d'une stratégie globale, qui, si elle est mise en œuvre de façon loyale, peut aider à endiguer les flux » migratoires. Sa solution : appliquer à la lettre les accords de libre circulation de Schengen, en ne laissant entrer en Grèce que les personnes qui déposent une demande d'asile. Ce qui doit permettre de lever d'ici à fin 2016 les contrôles frontaliers décidés unilatéralement à l'intérieur de l'UE, puis d'expulser tous les « migrants économiques » vers la Turquie qui les renverra vers leur pays d'origine. Reste à convaincre Ankara de tenir ses promesses, en mettant en œuvre dès le 1er juin un accord de « réadmission » en Turquie des migrants irréguliers. « On peut réduire le flux par des retours à grande échelle et rapides de tous les migrants » déboutés de leur demande d'asile, veut croire M. Tusk.
Les Européens veulent aussi que la Turquie renforce la lutte contre les passeurs qui trafiquent au large de ses côtes, avec l'aide de navires de l'Otan en mer Égée. « L'ironie de cette histoire, c'est que c'est à nous d'arrêter le flux, à nous de sauver l'UE », commente l'ambassadeur de Turquie auprès de l'UE, Selim Yenel. « Après avoir été ignorés ces 10 dernières années, on s'est soudainement souvenus de nous ! » continue-t-il. De son côté, le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, s'est félicité, hier, de l'extension de ce déploiement naval qui pourra désormais « opérer dans les eaux territoriales » de la Grèce et de la Turquie, « en étroite coordination » avec ces deux pays.
En échange de sa coopération, Ankara a obtenu des contreparties substantielles : la suppression, peut-être dès l'automne, des visas imposés aux ressortissants turcs et surtout une relance de son processus d'adhésion à l'UE, sans oublier trois milliards d'euros d'aide pour les 2,7 millions de Syriens réfugiés dans le pays. « Ce n'est que de l'argent gaspillé », a commenté, hier, le président tchèque Milos Zeman, connu pour ses déclarations musclées. « La Turquie n'est ni capable ni prête à faire quoi que ce soit des migrants », a estimé le chef de l'État tchèque.
Les 28 profiteront également de leur sommet aujourd'hui pour tenter de remettre un peu de discipline collective au sein du bloc. Plusieurs États membres refusent toujours de mettre en œuvre la répartition de 160 000 réfugiés au sein de l'UE, agréée en septembre pour soulager la Grèce et l'Italie.
Aider Athènes
Parallèlement, l'Union est prête à assister la Grèce qui s'attend à devoir accueillir encore 100 000 migrants d'ici à fin mars en provenance du voisin turc. L'UE doit rapidement débloquer une aide inédite (700 millions d'euros sur trois ans) pour aider Athènes, plongée dans une terrible crise économique. Mme Merkel a ainsi jugé hier que « l'Union européenne doit et va soutenir la Grèce de façon solidaire ». La situation humanitaire reste néanmoins dramatique. Environ 2 000 migrants continuent d'arriver chaque jour de Turquie sur les côtes grecques – trois fois moins qu'en octobre, mais « encore beaucoup trop », s'alarment les dirigeants européens, qui craignent de nouvelles vagues lorsque le printemps rendra la traversée en mer Égée moins dangereuse. Au moins 25 migrants, dont dix enfants, ont encore péri hier dans un naufrage au large de la Turquie. Quinze autres migrants ont pu être secourus à bord de cette embarcation en bois, qui naviguait en direction de la Grèce. Les gardes-côtes, à l'aide de trois bateaux et d'un hélicoptère, recherchaient encore des disparus.
(Source : AFP)


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