Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Reportage

Trop peu, trop tard : l’Amérique au chevet de Flint, la ville plombée

Hillary Clinton et Bernie Sanders seront demain en ville, alors que le scandale sanitaire ne cesse de prendre de l'ampleur.

Mercredi dernier, lors d’une manifestation en faveur de la ville de Flint, à Detroit, dans le Michigan. Chip Somodevilla/AFP

Dans leurs veines coule du sang empoisonné au plomb et dans leur cœur gronde la colère : les habitants de la ville américaine de Flint se disent « sacrifiés » et désormais dépendants pour des années d'une aide d'urgence, qui tourne enfin à plein régime.
« Je suis révoltée », confie Tiana Lankford, dont les trois filles, comme plus de 8 000 autres enfants de cette cité industrielle à la dérive, ont été exposées durant plus d'un an à une eau du robinet gravement contaminée. Sa benjamine, âgée de 2 ans, a été diagnostiquée avec un taux de 7 microgrammes de plomb par décilitre de sang. La petite Carlina risque désormais un retard de croissance et des dommages cérébraux irréversibles, se traduisant par des difficultés scolaires et des troubles du comportement. « Je faisais bouillir l'eau pour ses biberons, en ignorant qu'elle était toxique », relate la mère de 33 ans, dans sa maison sommairement meublée, entourée par la neige fréquente dans le Michigan, État berceau de l'industrie automobile dans l'Amérique des Grands Lacs. Aujourd'hui, Carlina montre des signes d'agitation inexplicables et, comme ses sœurs, perd trop souvent l'appétit. « C'est l'eau qui l'a rendue ainsi. L'eau a des conséquences sur leur comportement, sur leur envie de manger. Je ne vous raconte pas le nombre de plats que je leur prépare et qu'elles ne touchent pas », poursuit Mme Lankford.

Clinton et Sanders
Cette femme, membre de l'importante communauté noire de Flint, assistera demain au débat des candidats démocrates à la présidentielle : si Hillary Clinton et Bernie Sanders font le déplacement jusqu'à Flint, c'est que le scandale ne cesse de prendre de l'ampleur et qu'il pourrait bien coûter son poste au gouverneur républicain du Michigan, Rick Snyder. Cette catastrophe sanitaire a en effet été causée à 100 % par une décision humaine, dans une ville sinistrée, placée quasiment sous tutelle de l'État. La ville recevait son eau potable du lac Huron, via Detroit, jusqu'en avril 2014, quand il a été décidé de changer pour la rivière Flint, pourtant polluée et acide.
Il est désormais établi qu'environ 100 dollars par jour auraient permis d'ajouter des produits anticorrosion préservant le réseau de distribution. Cela n'a pas été fait par souci d'économie dérisoire. Résultat : l'eau a rongé les conduites, libérant le plomb qu'elles contenaient. On estime que leur remplacement inévitable coûtera plus d'un milliard de dollars. Un montant astronomique que seul l'État fédéral pourrait débourser. Car à Flint, un tiers des 100 000 habitants sont paupérisés. Des rues entières et leurs maisons aux portes et fenêtres condamnées témoignent de l'exode depuis la fermeture des usines de General Motors. « C'est vraiment difficile de survivre financièrement. Et c'est vraiment difficile de partir d'ici. Aujourd'hui, Flint est l'endroit le moins cher (du pays). Le prix des maisons s'est effondré, aussi bas que 10 ou 12 000 dollars », explique Kevin Larsen, un paysagiste de 26 ans au chômage. Rencontré sur le seuil de sa maison décrépite, d'où il sort une arme de poing à la ceinture ainsi que l'y autorise la loi locale, ce père de trois enfants ne cache pas ses inquiétudes sur l'avenir : le plomb se fixe dans tous les organes, où il peut causer des ravages des années plus tard.

Confiance rompue
Mme Lankford, qui passe ses journées à convoyer des voitures sur les routes du Michigan, a longtemps cru aux communiqués rassurants des services du gouverneur. Mais il est prouvé que les autorités ont temporisé après avoir été alertées des risques. C'est finalement l'alliance d'une mère de famille, d'une femme médecin et de chercheurs indépendants de l'Université de Virginia Tech qui a permis que l'affaire éclate fin 2014.
Aujourd'hui, toute confiance est rompue et tout le monde redoute de nouvelles révélations pénibles sur ces femmes qui font de fausses couches ou sur ce récent pic de légionellose, responsable de plusieurs morts à Flint. L'état d'urgence décrété en janvier a permis de déployer un énorme dispositif d'aide, plus personne ne buvant l'eau du robinet, même avec des filtres. La Croix-Rouge américaine s'est vu confier la gestion d'un centre où ont défilé plus de 2 200 bénévoles, venus de tout le pays, tandis que les militaires de la garde nationale étaient mobilisés. Cinq casernes de pompiers ont été converties en centres de distribution gratuite de bouteilles d'eau. Un total de 419 000 packs de bouteilles d'eau et plus de 40 000 kits d'analyse ont été distribués, souvent au porte-à-porte. « Les familles avec de jeunes enfants, les personnes âgées ou handicapées sont servies prioritairement », assure à l'AFP Franklin Dickerson, un secouriste de la Croix-Rouge, marchant dans la neige les bras chargés de bouteilles d'eau.

Sébastien BLANC/AFP

Dans leurs veines coule du sang empoisonné au plomb et dans leur cœur gronde la colère : les habitants de la ville américaine de Flint se disent « sacrifiés » et désormais dépendants pour des années d'une aide d'urgence, qui tourne enfin à plein régime.« Je suis révoltée », confie Tiana Lankford, dont les trois filles, comme plus de 8 000 autres enfants de cette cité industrielle à la dérive, ont été exposées durant plus d'un an à une eau du robinet gravement contaminée. Sa benjamine, âgée de 2 ans, a été diagnostiquée avec un taux de 7 microgrammes de plomb par décilitre de sang. La petite Carlina risque désormais un retard de croissance et des dommages cérébraux irréversibles, se traduisant par des difficultés scolaires et des troubles du comportement. « Je faisais bouillir l'eau pour ses...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut