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Décryptage

Al-Nosra, cet « allié » qui leur veut du mal...

Les rebelles syriens se trouvent confrontés à un dilemme : soit ils continuent à collaborer avec al-Nosra et ils seront à nouveau la cible des raids russes, soit ils cessent de le faire et perdent un allié de poids dans la lutte contre le régime.

Des combattants d’al-Nosra à Alep. Photo archives AFP

« Un loup dans la bergerie. » C'est en ces termes que Charles Lister, expert sur la Syrie, décrit le Front al-Nosra dans une interview publiée sur le blog d'Aron Lund, consacré au conflit syrien. M. Lister, auteur de The Syrian Jihad, fait ainsi référence à la double nature de la branche d'el-Qaëda en Syrie, à la fois alliée aux rebelles opposés au régime syrien de Bachar el-Assad, et groupe terroriste prônant un jihad international.

Exclu, au même titre que l'État islamique (EI), de l'accord de cessez-le-feu initié par Moscou et Washington, qui devait entrer en vigueur hier à minuit, Jabhat el-Nosra est pourtant l'un des groupes les plus puissants sur le terrain syrien. Il est très présent à Idleb et dans une moindre mesure à Alep. Dans ces deux régions, il collabore militairement avec les autres factions rebelles, notamment le groupe salafiste Ahrar el-Cham, sous l'appellation « Armée de la conquête », coalition soutenue par l'Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar, formée au printemps 2015. Al-Nosra est aussi présent dans d'autres régions, mais il y est toutefois en minorité par rapport aux rebelles dans la Ghouta orientale, à Deraa, dans Homs et Hama.

Même si elles sont strictement militaires, ces alliances entre le Front al-Nosra et les groupes rebelles permettent aux Russes et au régime syrien de cibler l'opposition sous prétexte de lutter contre le terrorisme. Les rebelles se trouvent ainsi confrontés à un dilemme : soit ils continuent de collaborer avec al-Nosra et ils seront à nouveau la cible des raids russes, soit ils cessent de le faire et perdent un allié de poids dans la lutte contre le régime.

(Lire aussi : Entrée en vigueur d'une fragile cessation des hostilités en Syrie)

 

« Intensifiez vos attaques »
Par la voix de son chef, Mohammad el-Jolani, le Front al-Nosra a appelé hier les rebelles à rejeter la trêve « humiliante ». « Méfiez-vous de cette tromperie de l'Occident et de l'Amérique car tout le monde vous pousse à revenir sous la coupe du régime oppresseur, a indiqué Mohammad el-Jolani.
Combattants de Syrie, armez-vous de volonté, intensifiez vos attaques et n'ayez pas peur de leurs troupes et de leurs avions », a-t-il ajouté dans ce message avant de critiquer le Haut Conseil pour les négociations (HCN), coalition de l'opposition syrienne soutenue par Riyad, qui a accepté une trêve de deux semaines. Al-Nosra semble vouloir ainsi apparaître comme le seul groupe qui continue à combattre les forces loyalistes. Il pourrait ainsi profiter de cette trêve pour prendre l'ascendant sur les groupes rebelles et recruter davantage de combattants. Composée d'une dizaine de milliers d'hommes, la branche syrienne d'el-Qaëda a déjà vu de nombreux rebelles syriens rejoindre ses rangs, en raison notamment de ses moyens financiers et de sa meilleure organisation. Elle a également pu compter sur le recrutement de nombreux jihadistes étrangers, même si les Syriens demeurent majoritaires, notamment en provenance de Belgique ou du Caucase.


(Lire aussi : Les parrains américain et russe semblent ne pas croire en la trêve syrienne)


Appelé plusieurs fois à prendre ses distances avec la nébuleuse el-Qaëda, dirigée par l'Égyptien Ayman el-Zawahiri, le Front al-Nosra a jusqu'à présent toujours refusé. S'il n'a, pour l'instant, revendiqué aucune attaque en dehors du territoire syrien, il n'empêche que le groupe jihadiste n'a jamais caché sa volonté de créer un émirat islamique en Syrie. Dans les régions où il est dominant, particulièrement dans la province d'Idleb, le Front-al Nosra a imposé le strict respect de la charia et a fait taire toute forme d'opposition. Mais il considère, à la différence de l'EI, que la proclamation de l'émirat doit être un projet à long terme, ce qui explique qu'il privilégie pour l'heure le combat contre Bachar el-Assad.

Du fait de sa nature et de son projet politique, le Front al-Nosra fait peser une menace sérieuse sur l'opposition. S'il la renforce militairement, il la décrédibilise politiquement. Al-Nosra n'a aucune intention, pour le moment, de négocier, ce qui dessert les projets du HCN, parrainé par Riyad, et valide la stratégie du régime et de ses alliés. Même les Américains, qui ont toujours considéré al-Nosra comme un groupe terroriste, semblent plutôt satisfaits de voir les Russes s'en occuper. Quitte à ce que l'élimination de l'opposition soit le prix à payer pour affaiblir le groupe jihadiste ? C'est bien là toute la question.

L'attitude d'Ahrar el-Cham, qui s'est auto-exclu des négociations après le début de la trêve, devrait apporter les premiers éléments de réponse. Soutenu par la Turquie et le Qatar, le groupe salafiste partage avec le Front al-Nosra une vision très conservatrice de la société syrienne. Mais, contrairement à al-Nosra, il n'a pas de volonté d'exporter son jihad et n'a pas prêté allégeance à el-Qaëda. Cela suffira-t-il à séparer le destin de ces deux organisations ?

 

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