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Reportage

« Si les forces du régime entrent, elles tueront tout le monde »

À Alep, la rébellion forme de nouvelles recrues.

De nouvelles recrues lors d’un entraînement de tir dans un quartier rebelle d’Alep, le 16 février 2016. Karam al-Masri/AFP

Le Syrien Mohammad n'avait jamais quitté son atelier de couture, mais il a abandonné son dé et ses aiguilles il y a deux semaines pour rejoindre un camp d'entraînement rebelle afin d'apprendre à défendre son quartier d'Alep face au régime.
Depuis début février, les insurgés ont perdu bastion après bastion dans la province septentrionale d'Alep à la suite d'une offensive d'envergure de l'armée du régime de Bachar el-Assad, appuyée par la puissante aviation russe. Quasiment encerclés de toutes parts, les quartiers rebelles dans l'est de la deuxième ville du pays risquent de subir un siège total si le régime parvient à couper l'unique route qui leur reste pour sortir de la cité.
Interrogés après l'annonce de l'accord américano-russe de cessez-le-feu, censé entrer en vigueur samedi, les responsables du camp d'entraînement situé dans un quartier rebelle de la ville ont affirmé qu'ils poursuivraient la formation tant que l'armée avançait.
Au début de la révolte en 2011 contre le régime, « j'ai participé aux manifestations mais je n'ai jamais porté les armes », assure Mohammad, 20 ans. « Mais, après la grande avancée du régime dans le nord de la province, j'ai décidé de rejoindre le camp d'entraînement pour apprendre à manier les armes, car j'ai peur que l'armée nous assiège complètement », confie ce jeune homme grand et mince.


(Lire aussi : Les rebelles syriens acceptent une trêve provisoire de deux semaines)

« Aucune distinction »
Dans le camp, entouré d'immeubles aux étages effondrés, des jeunes en treillis pointent leurs kalachnikovs en direction d'une cible, aidés par un officier qui leur prodigue des conseils sur la position des bras et des jambes.
« Si les forces du régime entrent (dans l'est d') Alep, elles ne feront aucune distinction entre un civil et un rebelle. Elles tueront tout le monde », assure Mohammad, qui habite le quartier rebelle de Salaheddine. « Nous devons nous défendre et empêcher le régime d'entrer dans nos quartiers », poursuit-il.
Le camp a été installé par une coalition de factions rebelles non islamistes. Bien que marginalisée par la montée en puissance des jihadistes du Front al-Nosra et du groupe État islamique (EI) à l'échelle du pays, cette coalition contrôle plus de la moitié des quartiers antirégime de l'ex-capitale économique de Syrie. Dans la province, en revanche, al-Nosra et les factions islamistes sont majoritaires et ont également installé de nouveaux camps d'entraînement secrets.
Depuis deux semaines, les factions d'Alep ont appelé à la mobilisation générale à travers leurs radios et télévisions, et des dizaines de civils, âgés entre 17 et 30 ans, ont répondu à l'appel. « La dernière offensive nous a affaiblis », reconnaît le général déserteur Ahmad Kurdi, un officier qui supervise la formation.


(Lire aussi : Pour nombre de Syriens, "rien ne va changer" après la trêve)

 

« Défendre ma famille »
« Les rebelles ont perdu des centaines de combattants en défendant les villages et localités du nord de la province d'Alep. C'est pour cela que nous avons appelé à la mobilisation et créé ce camp : pour défendre la ville et ce qui nous reste de la province », dit-il.
Depuis la militarisation de la révolte de 2011, les rebelles ont toujours été sous-équipés par rapport aux troupes du régime qui disposent, elles, d'une armée de l'air. Mais les insurgés ont vu leurs rangs s'effondrer dans le nord d'Alep avec le début en septembre de la campagne aérienne de la Russie, principal allié de Damas. « Ici, ce sont des gens qui n'ont jamais porté les armes, on les entraîne aux armes mais on leur enseigne aussi la tactique militaire et comment faire face à l'ennemi », ajoute le général Kurdi.
Dans une salle de classe où un autre général explique le côté théorique du combat armé, Omar, la vingtaine, est certain d'avoir fait le bon choix. « On sent le danger. J'ai peur que le régime n'entre, c'est pour cela que je suis là », dit-il. Anouar, un ancien étudiant en histoire à Alep, n'a jamais pris les armes comme de nombreux autres jeunes. « Mais, avec le contexte actuel, il est de notre devoir d'acheter une arme », dit cet homme de 24 ans. « Je me suis acheté une kalachnikov à 130 000 livres syriennes (300 dollars) et suis venu m'entraîner ici », confie-t-il. Mais, pour lui, la priorité n'est pas d'aller au front pour le moment. « Je veux savoir manier un fusil pour défendre ma famille en cas d'urgence », dit-il.

 

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