Étudiés dans plusieurs écoles libanaises, les ouvrages de jeunesse de Carole Awit comportent un dossier pédagogique qu’elle-même a préparé.
L'aventure de Carole Awit débute pendant qu'elle étudiait les lettres à l'Université Saint-Joseph. Elle est alors lauréate, en 2009, du prix Rami Azzam du Jeune écrivain pour sa nouvelle Les silences de Juliette. Deux ans plus tard, elle remporte le premier prix du concours Jeunes écrivains de la langue française en France, pour Comateen. Cette nouvelle est ainsi publiée chez Buchet-Chastel, dans le recueil collectif L'idiot du village et autres nouvelles. « Les deux expériences m'ont motivée et m'ont aidée à avoir confiance en moi. Il faut toujours une reconnaissance pour continuer à écrire », se souvient Carole. Comateen relate le deuil de jumeaux qui ont perdu leurs parents dans un attentat, sur fond de crise d'adolescence se résolvant d'une façon positive. À l'époque, « j'avais envie d'écrire déjà, j'avais des choses que j'avais notées. Je me suis dit que je devais essayer et, qu'à vingt ans, ça pourrait marcher aussi ! », lance-t-elle, une étincelle dans le regard.
Ambitieuse, cette jeune femme, souriante à la vie, embrasse l'écriture depuis sa tendre enfance. Originaire du Liban-Nord, elle grandit à Batroun, bercée, avec sa sœur aînée, par les histoires que leur raconte leur mère, professeure de littérature française. Son imagination débordante se ressource dans un univers de livres où elle s'immerge fréquemment. « La littérature était très présente chez nous. J'ai toujours grandi avec des livres autour de moi et j'ai commencé ma collection très tôt. » Son passe-temps favori est ainsi la lecture, mais aussi le dessin et l'écriture à travers laquelle elle préfère s'exprimer, dès l'âge de huit ans. « Écrire, lire et dessiner étaient trois activités qui se complétaient et se nourrissaient l'une de l'autre », affirme-t-elle. Carole écrit alors des poèmes et des histoires qui embellissent son quotidien ou expriment ses désirs et ses rêves d'enfant. Elle les illustre et les donne à sa grand-mère avec laquelle elle partage aussi des moments de lecture. « Je garde de bons souvenirs de mon enfance. Ma grand-mère adorait les livres », révèle-t-elle, d'un ton affectueux.
Une fois le baccalauréat passé, Carole souhaite étudier le journalisme mais les hasards de la vie la mènent vers les lettres françaises. Cette spécialisation l'engage dans l'écriture. En parallèle, son master recherche en lettres françaises en main, elle enseigne, depuis 2012, à l'Université Sainte-Famille de Batroun, des cours d'amélioration des compétences linguistiques. Elle y découvre que les « jeunes n'aiment pas lire car, lorsqu'ils étaient enfants, ils n'ont pas rencontré les bons livres. La lecture leur a été imposée. Du coup, ils en gardent un mauvais souvenir ». Généreuse dans sa passion, elle tient ainsi à la partager, en écrivant « des histoires qui vont plaire à des enfants, afin qu'ils continuent à lire après ». Car pour Carole, lire apporte des réponses ou aide à relativiser un problème. « Parfois je me dis qu'il doit y avoir une pharmacie de livres où l'on peut trouver un ouvrage pour chaque problème ! », songe-t-elle, souriante. En effet, elle confie que, pendant son enfance et son adolescence, la lecture l'a marquée d'une façon positive. « J'ai eu envie, à mon tour, de raconter des histoires qui vont aider les autres. Et j'ai voulu comprendre le secret des auteurs. » Pour cette écrivaine, c'est chose faite. Le secret est de s'identifier à ses personnages et de les aimer pour aller au bout de l'histoire. « Travailler sur des personnages pour les enfants, c'est enrichissant. L'imagination y est sans limites. La façon de raconter est ludique et quand on s'amuse en travaillant, c'est motivant, on a envie de savoir où l'histoire peut nous mener », explique-t-elle, enthousiaste.
Des personnages qui se distinguent par leur différence
Grâce à sa rencontre avec Thérèse Hatem, l'éditrice des Éditions Hatem, Carole se lance sur cette voie. Ainsi, sorti en 2013, son premier roman jeunesse, Bleus de Marybelle, est écrit en rimes, tel un poème ou une chanson. « J'ai modifié le texte en vue d'avoir un bloc qui soit facile à lire et assez fluide pour les enfants. La musicalité y a été importante », assure cette poète dans l'âme. L'histoire de Marybelle, fillette aux cheveux bleus, pointe, d'une façon drôle et légère, la difficulté de se faire accepter. « Le thème de la différence est plus répandu qu'on ne le pense en milieu scolaire. Les enfants n'ont pas beaucoup de clés pour le résoudre. À leur âge, un problème peut prendre des proportions énormes », estime-elle. Combative d'esprit, celle qui a traversé dans sa vie des épreuves difficiles et qui a trouvé la force de s'en sortir lance à travers ce livre un message à ses lecteurs, parents inclus : « Il faut trouver une façon de se faire accepter et ne pas avoir peur d'être rejeté à cause de son problème. »
Dans son second livre jeunesse, Lucas, Odile et un amour de crocodile, sorti aussi aux Éditions Hatem, le personnage principal, Lucas, aime lire tout comme elle. Son problème, c'est « quand on aime lire, à l'école il n'y a pas vraiment des camarades avec lesquels on peut partager cela... Et quand on a aussi de l'imagination comme Lucas, on a du mal à la canaliser ». Ainsi, à travers ce garçon, Carole exprime, sur fond d'humour, l'importance de nouer des liens d'amitiés. « Celui qui vit dans son imagination, ce qu'il ne peut pas réaliser dans le monde réel, doit passer aussi à l'action. Il faut faire des efforts pour aller vers les autres. »
D'ailleurs, curieuse du monde, Carole cherche à rencontrer des personnes de différents univers, tout en reconnaissant son côté introverti. « J'ai besoin de partager avec les autres mais en écrivant. Je suis quelqu'un de très secret depuis mon enfance. Pour écrire, on puise dans des choses qu'on a cachées. Si on disait tout, tout de suite, on n'aurait pas éprouvé le besoin de prendre ce chemin très complexe et d'écrire », avoue-t-elle.
Aujourd'hui, vers la fin de sa vingtaine, Carole est déterminée à persévérer dans l'écriture, l'enseignement et le journalisme qu'elle exerce depuis 2013. Elle travaille déjà sur deux projets, une histoire pour adolescents, ainsi qu'un recueil de nouvelles pour adultes, car finalement, assure-t-elle, « raconter des histoires, c'est vital ! ».
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