L’édito de Michel TOUMA

Le grand défi

L’édito
Michel TOUMA | OLJ
24/02/2016

Le monde est devenu, à n'en point douter, un grand village. Nul pays ne saurait prétendre évoluer en s'isolant de son environnement proche, ou aussi de zones d'influence lointaines. À cet égard, les grands débats d'idées et les conflits à caractère existentiel qui en découlent dépassent largement, souvent, le cadre étroit des frontières nationales. Le Liban n'échappe évidemment pas à la règle. Peut-être même un peu trop. Car depuis la première indépendance de 1943, le pays du Cèdre a été, à différentes périodes de son histoire contemporaine, ballotté par les courants géopolitiques et de pensée antagonistes qui plongeaient la région dans une situation d'instabilité chronique.

Cette réalité, combinée à la non-maturation de l'équilibre libanais interne, a été à la base de toutes les guerres et crises aiguës qui ont jalonné les développements des dernières décennies. C'est pour sortir de ce cercle vicieux des confrontations internes ayant pour toile de fond « la guerre des autres » (pour reprendre le terme de Ghassan Tuéni) que nombre de leaders et pôles politiques, notamment au sein du camp chrétien, réclamaient avant le déclenchement du conflit libanais l'adoption d'une politique étrangère de neutralité, considérée comme un facteur de stabilité durable. Cette revendication était toutefois systématiquement rejetée par le leadership musulman qui l'interprétait comme une tentative de se désolidariser de la cause palestinienne, lorsque l'OLP faisait pratiquement la loi à Beyrouth. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, et la fameuse déclaration de Baabda avalisée en juin 2012 à la quasi-unanimité des leaders et chefs de file actuels, sous l'impulsion du président Michel Sleiman, représente une consécration nationale de cette idée de neutralité, perçue sous l'angle de la distanciation par rapport à la politique des axes dans la région.

Du fait de sa doctrine et de son projet transnational, le Hezbollah ne saurait, par essence, s'accommoder de cette notion de neutralité, dont il n'a cure, d'ailleurs, mettant ainsi en péril la formule libanaise du vivre-ensemble. Mais dans le camp opposé, celui du 14 Mars, peut-on considérer que l'élan de solidarité avec l'Arabie saoudite face aux attaques répétées du Hezbollah contre le royaume est une violation de la politique de distanciation, dans un contexte marqué par le violent bras de fer entre le pouvoir wahhabite et le régime des mollahs iraniens ?
Une constatation s'impose sur ce plan : la neutralité devrait être de mise lorsqu'une hostilité se manifeste entre deux pays ou deux axes arabes. Mais si un pays ou un axe arabe est la cible d'une agression caractérisée de le part d'un État tiers, le Liban n'a-t-il pas le devoir d'exprimer sa solidarité avec le pays agressé, surtout lorsque ce dernier entretient des rapports étroits et privilégiés avec lui et que, de surcroît, il est engagé dans un programme d'aide massive – sous forme de don – à l'armée nationale ?

Il ne s'agit pas cependant de faire fausse route. L'enjeu aujourd'hui est de s'opposer aux tentatives d'ancrer le Liban à la sphère d'influence de la République islamique iranienne sans pour autant devenir un satellite de l'Arabie saoudite. Stigmatiser la campagne acharnée et haineuse menée par le Hezbollah contre Riyad est une chose, et adopter une attitude de soumission totale envers le royaume wahhabite en est une autre.
L'ensemble de la région est le théâtre d'une lutte meurtrière entre deux axes dont les porte-étendards sont Téhéran et Riyad. Au plan strictement local, cette lutte se traduit par le fossé qui s'agrandit sans cesse entre deux projets antagonistes : l'un centrifuge, mené par le Hezbollah, qui cherche à entraîner le pays sur la voie d'une confrontation militaro-sécuritaire sans horizon, au service de la raison d'État iranienne ; et l'autre centripète, conduit par le 14 Mars, qui prône précisément une politique de neutralité vis-à-vis des axes régionaux, dans le but de permettre aux Libanais de se retrouver entre eux, de se mettre à la recherche de leur équilibre interne, et d'édifier un État garant du pluralisme libanais.

Il se trouve qu'il existe une convergence d'intérêts entre le projet souverainiste centripète et le camp conduit par le royaume saoudien. Le grand défi est de pouvoir s'opposer aux visées iraniennes sans toutefois faire preuve de suivisme aveugle à l'égard du puissant allié régional et sans s'impliquer, sur le terrain, dans le conflit en cours. C'est alors que la politique de neutralité aura pris toute sa dimension... Dans le but d'aboutir à une stabilité durable et de consolider le vivre-ensemble et les spécificités qui font la raison d'être du pays du Cèdre.

 

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CBG

Quand les derniers vrais arabes se fâchent, les saoudiens ont raison à 100%, d'ailleurs ils ont pas fournis l'argent directement aux responsables libanais ...qui par leur politique de basse cour ne renforcent pas l armée...
A quoi bon armer une armée qui est poignardé dans le dos par la lâcheté politique??!!
Attention les arabes se réveillent...

RE-MARK-ABLE

Et dire qu'il faut avoir de la vista c'est pas une insulte !

Bery tus

dommage que certain mendiants crachent sur la main qui leurs donne a manger et la je parle pas du don de 4 milliards ... mais de ces pauvres libanais qui vont devoir revenir les C entre les jambes mendier leur pains a certains politiques corrompus !!

mais revenons au fait, quand on est membre fondateur de la ligue arabe et avons définis ce que les objectifs de cette ligue on ne peut se detourner sur ce qu'on a signer

les propagandistes ne le vous diront pas car c'est dans leurs intérêts !!

si on forme une ligue c'est pour plusieurs raisons politique, économiques et socials c'est le gouvernement lib en la personne de Bassil qu'il faut blamer et non les arabes ou l'arabie saoudite !!

Soeur Yvette

Comme toujours ,votre article cible ,clair,revele des verities...merci,ca nous eclaire....Que Dieu ait pitie du LIBAN...

RE-MARK-ABLE

Li Liban pays des Cèdres en a marre d'être pris pour le dindon de la farce !

quand c'est dit comme ça , on me publie svp ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CHER MONSIEUR TOUMA... IL FAUT AVOUER QUE NOUS AVONS DES LAQUAIS DANS LE PAYS : LES UNS SE COURBENT DEVANT LEUR MAITRE, SANS S,ASSUJETTIR, ET
FONT DU BIEN AU PAYS... ET LES AUTRES LUI BAISENT LA MAIN, LUI SONT ASSUJETTIS ET FONT DU MAL AU PAYS...

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Alors que les éhhh Sains libanais plaident pour 1 réel positionnement farouchement indépendant de tout pouvoir Anti-Libanais Per(s)cé, ghrîîîb et étrange, ces cancres-politicards indigènes tancent sans trop d'aménité vraiment qu'ils comprennent mal cette obsession Saine ; et que "leur honneur" à eux c’est leurs dépendances idéologiques toutes étrangères.
C’est à décontenancer, mahééék ?
Certes, il est notoire que ces impétueux s'engagent fermement dans leurs "propres" causes Malsaines ; mais le fait d'abdiquer, pour ce faire, sa liberté d'esprit et son sens critique au profit d'1 roide discipline militante étrange-étrangère "perinde ac cadaver" parait contestable et, en tout cas, really inacceptable pour la toute simple et pure "honnêteté intellectuelle" libaniste libanaise.
Surtout que ces visages secoués de spasmes secs n’expriment qu’un pathétique chafouin d'autant plus gênant qu'il est inadmissible !
Bien sûr, on saisit que cez-héroz-indigènez-et locaux malgré eux de leur saga si Malsaine vivent mal les accusations portées contre eux. Mais n'ont-ils pas ces planqués philistins les capacités rhétoriques pour les anéantir, sinon par des preuves, du moins par 1 véritable argumentation ? Au lieu de cela, yâââï, ils n’offrent que quelques dénégations-incantations toutes drolatiques coupées de longs silences tétanisés. Sans compter 1 batterie d’allusions surely bidon, dont on comprend mal en quoi elles peuvent être 1 élément primordial de toute audible plaidoirie !

Hitti arlette

Pays du cedre . Non monsieur .nous sommes devenus depuis la toute fraiche scene d hier au conseil des ministres ( et meme bien avant ) le pays du tremble pis encore , celui du sol pleureur . Pays de la genuflexion , pays mendiant avec des responsables qui plient l echine devant un ambassadeur . Des ministres qui sont a un doigt de faire le baisemain pour etre pardonnes . Tout le carnaval d hier , pour un don pecuniere qui lambinait en route depuis de longs mois avant meme l incident diplomatique , ce dernier ayant ete pris a temps comme pretexte pour que les ben saoud se retractent ..toute cette comedie pour ne rien envoyer . Et c est tant mieux pour notre un reliquat de dignite bafouee .

Halim Abou Chacra

"Le grand défi" de neutralité par rapport aux axes régionaux et en total accord avec l'essence du Liban, s'adresse en fait de manière spontanée aux deux camps de ce pays.
D'abord au camp du Hezbollah. Le parti chiite est-il capable d'opter pour une telle neutralité qui se confond, par essence, avec la nature et la vocation du Liban? Comme M Touma le montre, la réponse est non, vu "sa doctrine et son projet (iranien) transnational". Sayyed Hassan Nasrallah, guide suprême qui concentre en sa personne tous les pouvoirs du Hezbollah, ne se définit-il pas lui-même et fiérement comme "soldat du waliy el-faqih" ? Cela fait que le Hezbollah est par essence un contingent de wilayet el-faqih aux bords de la Méditerranée. On s'est toujours rendu compte de cette réalité et on le fait tous les jours, le Hezbollah n'ayant pas un brin de considération pour la souveraineté du Liban. Il est strictement un bras iranien dans l'Etat libanais.
Quant au second camp, celui du 14 Mars, qui se définit comme "souverainiste", il n'a en principe aucun empêchement pour adopter une neutralité du Liban vis-à-vis des axes et conflits extérieurs, en totale harmonie avec la nature et la vocation du Liban. Ce qui a toujours manqué à ce camp c'est une solide organisation. Sans celle-ci, et comme on le perçoit en permanence, il est toujours perdu.

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