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Quartiers d’hiver

Il n'est pas au monde de pays aussi attaché à ses festivals que le Liban. Les festivals, c'est la réminiscence en un peu plus pâle d'une époque candide où l'on ne soupçonnait même pas les orages à venir. D'ailleurs, les festivals ne sont revenus qu'avec la paix. Voilà qui, ajouté à la qualité de leur programmation, explique la charge affective qui les accompagne. Au Liban, le festival a une vertu civilisatrice. Il évoque ce que l'on fut et trace les contours de ce que l'on voudrait être encore. Grâce à une poignée de petits soldats des arts, on ressuscita Baalbeck, on créa Beiteddine, et la contagion gagna toutes les régions. Pas un village doté de quelque ruine antique, d'un belvédère ou d'un coin de verdure qui ne tienne désormais sa grand-messe estivale, drainant de partout une foule heureuse, portée par la promesse d'un moment de détachement.

Si les festivals ont généralement lieu l'été, il en est un qui n'attend pas la belle saison pour rassembler ses fidèles. Niché sur les hauteurs de Beit Mery, bourgade sentinelle surplombant Beyrouth et la mer, au cœur d'une pinède résiduelle qui lutte vaillamment contre l'avancée du ciment, le Festival al-Bustan, logé dans l'auditorium de l'hôtel du même nom, offre avant tout un voyage dans le temps. Sa trentaine d'événements étalés de février à mars attire un public particulier. Sachant que les portes se ferment hermétiquement à 20h30, nul ne s'avise d'y arriver en retard. D'instinct, nul ne s'avise non plus de négliger sa tenue. Élégance et ponctualité s'imposent d'elles-mêmes, comme dictées par les lieux. Cet hôtel de villégiature, dressé contre vents et marées au sommet de sa colline, n'a pourtant rien d'un palace malgré le grand parc qui l'entoure et ses belles dimensions. Mais c'est ainsi. Il a préservé dans ses murs l'esprit de l'âge d'or qui l'a vu naître. De cet immédiat avant-guerre où, à tous les niveaux de la société, on ne pardonnait aucune faute de goût. On y retrouve l'ambiance désuète qui, dans les romans d'Agatha Christie, caractérise ces maisons d'hôtes londoniennes miraculeusement restées intactes malgré le blitz, et où de timides touristes venaient s'imprégner d'un art de vivre légendaire, fait de rituels et de cérémoniaux, préservé à leur intention. À la différence qu'il n'y a, dans la patine du Bustan, aucune afféterie. Sa grande cheminée autour de laquelle les enfants découvraient leurs cadeaux de Noël, sa chapelle que l'on gagnait en traversant le gravier légèrement enneigé, son bar feutré que la nuit transforme en navette spatiale, ses salles qui accueillent des ventes caritatives, son parc enveloppé de brumes, demeurent pour tant de gens des repères immuables et heureux dans une vie condamnée à l'instabilité.

Plus que les concerts exquis qui s'y donnent, plus que cette saison dédiée à Shakespeare dont il célèbre dûment le 400e anniversaire, le Festival al-Bustan, sous la bienveillante férule de Myrna Boustany secondée par sa fille Laura, est avant tout un rendez-vous avec un temps révolu, ses lumineuses poussières, ses valeurs subtiles, sa belle humanité.

C'était pour ouvrir une petite brèche dans une actualité où ordures et orduriers n'en finissent pas de nous ensevelir sous leurs pestilences, tout autant d'ailleurs que la ridicule pantomime présidentielle et la navrante gratuité de la criminalité ordinaire. Écoutons plutôt Le Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn. Laissons les voix des elfes chasser les spectres d'une déchéance qui semble inexorable.

Il n'est pas au monde de pays aussi attaché à ses festivals que le Liban. Les festivals, c'est la réminiscence en un peu plus pâle d'une époque candide où l'on ne soupçonnait même pas les orages à venir. D'ailleurs, les festivals ne sont revenus qu'avec la paix. Voilà qui, ajouté à la qualité de leur programmation, explique la charge affective qui les accompagne. Au Liban, le festival a une vertu civilisatrice. Il évoque ce que l'on fut et trace les contours de ce que l'on voudrait être encore. Grâce à une poignée de petits soldats des arts, on ressuscita Baalbeck, on créa Beiteddine, et la contagion gagna toutes les régions. Pas un village doté de quelque ruine antique, d'un belvédère ou d'un coin de verdure qui ne tienne désormais sa grand-messe estivale, drainant de partout une foule heureuse, portée par la...
commentaires (5)

Bonjour M. Printemps! Grâce au courage de Mme. Myrna Boustany et de sa fille Laura, nous avons rendez-vous avec des valeurs qui nous manquent, et qui nous donnerons de l'espoir en des jours meilleurs! Merci Mme Fifi pour cette courte évasion...Je vais essayer d'en profiter!

Zaarour Beatriz

23 h 09, le 18 février 2016

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Commentaires (5)

  • Bonjour M. Printemps! Grâce au courage de Mme. Myrna Boustany et de sa fille Laura, nous avons rendez-vous avec des valeurs qui nous manquent, et qui nous donnerons de l'espoir en des jours meilleurs! Merci Mme Fifi pour cette courte évasion...Je vais essayer d'en profiter!

    Zaarour Beatriz

    23 h 09, le 18 février 2016

  • Wâllâ yâ äâmméh, une amoureuse de son Pays cette Séttt Fifî, et une Véritable Patriote dans le bon sens du terme ! Allâ y'kattir ménnn ämthélîks !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    17 h 13, le 18 février 2016

  • Une belle brèche qui nous a fait planer, du début à la fin de l'article, avant que le dernier para nous fasse redescendre sur terre. Merci pour cette escapade de qq minutes et bonne continuation aux Boustany.

    Fady Challita

    11 h 41, le 18 février 2016

  • Beit Mery, bourgade sentinelle surplombant Beyrouth et la mer, au cœur d'une pinède résiduelle qui lutte vaillamment contre l'avancée du ciment :) (et l'avancée des ordures!!)

    Otayek Nada

    08 h 21, le 18 février 2016

  • Yâ harâââm yâ Lébnéééne ! Qu'avons-nous fait de lui ?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    06 h 23, le 18 février 2016

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