L’édito de Michel TOUMA

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L’édito
Michel TOUMA | OLJ
15/02/2016

En période de crise aiguë, il est parfois utile et salutaire de réaffirmer certaines évidences... Et de faire preuve de discernement. C'est ce à quoi se sont attelés hier soir tous les ténors et chefs de file du 14 Mars, par leur présence, leur comportement et leurs propos, lors de la cérémonie organisée au Biel pour la onzième commémoration de l'assassinat de Rafic Hariri. Cette participation unanime, au plus haut niveau de la hiérarchie, de l'ensemble des partis, composantes et personnalités de la coalition souverainiste, ainsi que les retrouvailles chaleureuses (du moins en apparence...) de certains leaders avec le chef du courant du Futur, Saad Hariri, ont permis aux différentes factions concernées de réaffirmer leur attachement ferme, et stratégique, aux fondamentaux de la révolution du Cèdre.

Fait particulièrement significatif : ce retour aux sources initié à la faveur de cette cérémonie commémorative a été marqué cette année par une présence notable du courant des Marada, du parti Tachnag, du Courant patriotique libre et du bloc de Nabih Berry. Le Hezbollah a dû se sentir bien seul hier soir à la vue du vaste rassemblement du Biel. Il faut dire que son centre d'intérêt est ailleurs, bien au-delà des frontières libanaises : il se situe en Syrie, en Irak, au Yémen, à Bahreïn, à Gaza et dans bien d'autres recoins de la terre.

C'est précisément à ce niveau qu'apparaît l'importance de la remise en selle, en grande pompe, des principes fondateurs de l'intifada de l'indépendance du printemps 2005. Une fois de plus, il est nécessaire à cet égard de rappeler que le 14 Mars représente beaucoup plus qu'un simple et traditionnel rassemblement de partis et de personnalités politiques. Il constitue plutôt, dans une perspective historique, l'expression d'une certaine vision de la vocation du Liban et de son rôle dans la région. Cette vision porte sur des options fondamentales ayant une portée nationale : le refus de tout ancrage à l'axe irano-syrien ; le rejet de la présence et du diktat des armes du Hezbollah ; l'attachement au monopole de la violence légitime ; la sauvegarde de la souveraineté et de l'indépendance réelles et bien comprises de l'État central ; la mise en pratique de la politique de distanciation par rapport aux conflits régionaux ; la préservation du vivre-ensemble sur des bases équilibrées garantissant le pluralisme et les spécificités du tissu social libanais...

 Ces lignes directrices peuvent paraître des principes généraux, des lapalissades, et revêtir pour certains un caractère totalement banal, mais dans les faits, ils font toute la différence avec le projet politique du Hezbollah. La doctrine politique du parti chiite pro-iranien, telle qu'elle a été établie au milieu des années 80, est fondée en effet sur l'allégeance inconditionnelle au guide suprême de la révolution iranienne pour toutes les grandes décisions ayant une portée stratégique, dont notamment la décision de guerre et de paix. Dans cette optique, le Hezbollah prône un alignement total sur la politique régionale de Téhéran et n'épargne, par voie de conséquence, aucun moyen (fût-il violent) pour favoriser l'édification d'une société guerrière au Liban qui serait au service de la stratégie moyen-orientale du régime des mollahs. D'où sa participation aux combats en Syrie, parallèlement à son implication dans les conflits en Irak, au Yémen et à Bahreïn, sans compter son attachement obstiné au triptyque armée-peuple-résistance qui prend l'ensemble du pays en otage.


À la lumière de cet antagonisme radical entre les deux projets de la révolution du Cèdre et du Hezbollah, les divergences entre les composantes du 14 Mars revêtent un caractère conjoncturel et transitoire, voire dérisoire. Telle est, dans le fond, l'essence du meeting d'hier soir au Biel et la portée du discours de Saad Hariri. En affirmant haut et fort que le pays du Cèdre ne sera jamais une province iranienne et en insistant – dans un geste symbolique – pour que tous les leaders et ténors du 14 Mars prennent ensemble une photo souvenir pour réaffirmer leur solidarité dans le combat contre la politique hégémonique de l'axe irano-syrien, le chef du courant du Futur a voulu remettre les pendules à l'heure. Reste à espérer que l'autocritique à laquelle il a appelé au terme de son allocution permettra d'éviter à l'avenir les dérapages et, surtout, les initiatives unilatérales centrifuges qui, si elles se poursuivent, risquent, à terme, de saper pour de bon le mouvement fondateur transcommunautaire enclenché le 14 mars 2005.

Michel TOUMA

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Bery tus

merci Mr Touma comme tjrs clair, net et precis !!

Soeur Yvette

Merci pour cet article ,clair ,cible,objectif comme toujours...

Gebran Eid

QUE DES FAUSSES RENCONTRES AVEC UN FAUX CHEF. UN CHEF DOIT ÊTRE EN PREMIER PLAN À TOUS LES JOURS.

Le Faucon Pèlerin

Le triptyque armée-peuple-résistance est mort et enterré. Il est remplacé par Hezbollah-pasdarans-chemises noires.

Hitti arlette

Ce n est pas dans la culture du hezb de faire la fete quand le coeur n y est pas ou s en aller applaudir hypocritement un spectacle de fiers- à -bras offert au biel par le fiston du martyr du siecle . Neamoins monsieur , ne vous faites pas trop de souci au sujet du hezb . Ce dernier ne s etant certes pas senti seul, hier , du moment qu il a à sa charge des missions beaucoup plus serieuses et compliquees ayant trait a l avenir du "pays du cedre ".

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Le fait est, qu'organiser une rencontre interlibanaise par-dessus les frontières confessionnelles peut apparaître ces jours-ci, sinon comme incongrue, du moins comme fort téméraire ! Car, ces indigènes n’entreront dans un avenir commun qu’à reculons : Même dans un siècle !
Mais il fallait oser la provoquer, cette loya jirga à la libanaiiise, dans cette jungle communautaire épineuse et réprobatrice, car même si on mesure mal ce projet et son côté intempestif, il faut au moins suggérer à ces mahométans et chrétiens de croiser étroitement leurs "profondes pensées" consacrées avec celles les musulm(ent)ans et les chréti(e)ns d'en face quitte à irriter, on peut le craindre, leurs populaces respectives !
Ces Libanais(h) mélangés, il faut s’en douter, ont accueilli cette suggestion avec méfiance ; c’est leur tempérament subméditerranéen encore en voie de développement ; et avec la gravité qu’on leur connaît à ces ombrageux paladins de la foi tant mahométane que chrétienne, mahééék, dont ils ne se départissent jamais ! Il faudrait imaginer donc une procédure, des angles nouveaux d'attaque, étant convenu que cette démarche sera certes dénuée de toute agressivité mais aussi de la moindre complaisance.
Et d'ailleurs, tous ces zaïîms libanais(h) repus et bedonnants de toutes obédiences, tribus ou clans, ne sont-ils pas connus dans tout ce "Croissant Fertile" pour leur attachement presque viscéral et fanatique aux intérêts de leurs communautés puînées et pâmées respectives ?

Halim Abou Chacra

Cet Edito de M Touma est la meilleure description 1)du moment politique que vit le Liban au milieu de l'enfer régional;
2)de la dérive du Hezbollah qui a plongé et veut faire plonger le Liban dans cet enfer;
3)de la tentative du "mouvement souverainiste" qu'est le 14 Mars de se ressaisir et de résister à cette stratégie irano-syrienne infernale que le Hezbollah est chargé d'exécuter.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SAAD HARIRI S,EST EXPRIME EN VRAI LEADER LIBANAIS DONT L,ALLEGEANCE EST UNIQUEMENT NATIONALE ET NON COMMUNAUTAIRE... CONTRAIREMENT AUX AUTRES DONT L,ALLEGEANCE EST POUR DES PAYS ETRANGERS ET NON POUR LE LEUR...

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