« Le Tribunal suprême de justice a parlé, sa parole est sainte et doit être respectée (...) » a déclaré le président Maduro. Federico Parra/AFP
La justice du Venezuela a validé l'instauration d'un état d'« urgence économique » dans ce pays asphyxié par la chute des cours du pétrole, accordant des pouvoirs étendus au président socialiste Nicolas Maduro et faisant fi de l'opposition du Parlement.
Le décret « est entré en vigueur à partir de sa publication, et sa légitimité, sa validité, sa vigueur et son efficacité juridico-constitutionnelle sont irrévocables », a estimé le Tribunal suprême de justice (TSJ) dans un avis publié jeudi soir sur sa page Internet. Le texte prévoit notamment le recours par le gouvernement aux moyens des entreprises privées (transport, distribution) pour « garantir l'accès » aux aliments, médicaments et biens de première nécessité, ainsi qu'un contrôle des entrées et sorties de liquide. « Cela facilite beaucoup le travail », a réagi le président Nicolas Maduro sur la télévision d'État, précisant qu'il annoncerait les premières mesures dans les prochains jours. « Le Tribunal suprême de justice a parlé, sa parole est sainte et doit être respectée par tous les secteurs et toutes les institutions », a-t-il insisté.
Sur Twitter, le député d'opposition Juan Guaido s'est, lui, insurgé : « Le TSJ ne peut pas usurper les compétences du pouvoir législatif. » Le député José Guerra, l'un des plus critiques envers le décret, a estimé que le Tribunal suprême « croit être un État au sein de l'État » et « pense être au-dessus de la volonté du peuple ».
Le décret, instituant cet état d'urgence pour 60 jours renouvelables dans un Venezuela miné par la chute des cours du pétrole, avait été pris par Nicolas Maduro le 14 janvier. Mais il avait été rejeté une semaine plus tard par le Parlement, où l'opposition est majoritaire. L'opposition, mais aussi les syndicats et les milieux d'affaires craignaient que le décret menace la propriété et l'entreprise privées, détruise le pouvoir d'achat et nuise à l'emploi, rejetant de manière globale la poursuite des mêmes stratégies inefficaces face à la crise. Symbole de cette colère, le président du Parlement Henry Ramos Allup a réagi hier en indiquant que « dans les prochains jours nous devrons faire déjà une proposition concrète de sortie (du pouvoir) de ce malheur national qu'est le gouvernement ».
Guerre de pouvoirs
Saisie par des dirigeants du parti au pouvoir, la salle constitutionnelle du TSJ leur a donné raison. Cette décision n'est pas une surprise, le TSJ étant perçu par l'opposition comme un allié du gouvernement chaviste. Mais elle risque d'aggraver encore la guerre de pouvoirs entre exécutif et législatif, chaque camp tentant d'imposer son point de vue.
Pour l'économiste Asdrubal Oliveros, directeur du cabinet d'études Ecoanalítica, l'un des plus grands problèmes du Venezuela « est l'absence d'un arbitre pour régler le conflit de pouvoirs ». « Alors que le conflit entre les différents pouvoirs s'aggrave, comment cela peut-il se résoudre avec un TSJ partial ? » se demande-t-il sur son compte Twitter.
Difficile aussi que le TSJ approuve l'amendement constitutionnel proposé par certains dirigeants de l'opposition, dont l'ex-candidat à la présidentielle Henrique Capriles, pour réduire de six à quatre ans le mandat de Nicolas Maduro, qui court jusqu'en 2019. L'autre option envisagée par l'opposition, pour provoquer un départ anticipé du président, est l'organisation d'un référendum révocatoire, mais la procédure doit être validée par le Conseil national électoral, proche du gouvernement.
(Source : AFP)


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