Un homme regarde un écran affichant les tendances du marché à la Bourse de Bombay, en Inde. Les actions indiennes ont chuté de plus de 3 % hier. Danish Siddiqui/Reuters
L'effondrement des marchés depuis le début de l'année ravive le spectre d'une crise financière, avec le risque que cette angoisse se répercute sur l'économie et plombe les espoirs de reprise économique.
« Si ce n'est pas une crise, c'est tout du moins des mouvements extrêmement violents », résume René Defossez, stratégiste chez Natixis. Les marchés craignent « un risque systémique imminent à l'instar de celui causé par la faillite de Lehman Brothers en 2008 », note Sylvain Loganadin, analyste du courtier britannique FXMC. Et « plus les marchés vont faire baisser les prix des actifs, plus les risques économiques vont s'accroître », prévient M. Defossez.
Aucun marché n'est épargné par ces secousses qui affectent particulièrement les places boursières et les marchés des matières premières. « La volatilité est à des niveaux très élevés, ce qui entraîne souvent des mouvements de panique assez importants », relève Aymeric Diday, gérant de Skylar Group. « Le spectre de 2008 est là. Il est difficile de se positionner face à de tels flux vendeurs », selon lui.
Le ralentissement chinois, la fragilité de certaines banques européennes, les doutes sur la croissance américaine, la chute des matières premières, tout concourt à nourrir la peur des investisseurs. « Jamais depuis 2011 le marché n'avait montré de tels signes de nervosité », préviennent les gérants chez Oddo Meriten AM, en référence à la crise de la dette en zone euro. Le patron d'un fonds spéculatif américain Hayman Capital Management a notamment mis le feu aux poudres, dans une lettre dévoilée par Bloomberg mercredi, en indiquant que le secteur bancaire chinois pourrait subir des pertes quatre fois supérieures à celles essuyées par les banques américaines pendant la crise de Lehman Brothers.
Risques pour l'économie
La situation est préoccupante mais les analystes notent que le décalage est grand entre le comportement des marchés et les fondamentaux économiques, ne serait-ce que parce que les grandes économies mondiales sont loin de la récession.
« Il y a peu d'arguments qui permettent de valider les craintes », explique M. Defossez, soulignant que la croissance est encore vigoureuse en Chine et aux États-Unis, sans compter que le système financier européen reste solide. « Nous sommes inquiets mais [ne pensons pas] que le monde va plonger en récession ou que tout a changé dans l'économie réelle », note Romain Boscher, un responsable d'Amundi. Il mise notamment sur le fait que les politiques monétaires restent très accommodantes et que la reprise économique est en cours en zone euro. Le risque est toutefois que la chute des marchés, si elle perdure, finisse par avoir un impact sur l'économie, via par exemple une baisse du crédit, de l'investissement des entreprises ou, côté épargnants, une perte du pouvoir d'achat.
Le grand problème pour les marchés est qu'ils se tournent traditionnellement dans ces cas de grand stress vers les banques centrales. Or la crédibilité de ces dernières s'est sérieusement érodée ces derniers mois. Elles font donc face à un dilemme important puisque si elles n'agissent pas les marchés restent livrés à eux-mêmes, mais si elles en font plus, elles envoient le signal que la situation se dégrade. C'est la raison pour laquelle la Réserve fédérale américaine (Fed) peine à rassurer, alors qu'elle a entamé un mouvement de remontée des taux d'intérêt dans un environnement économique troublé. En revanche, la Banque centrale européenne (BCE) « peut agir », veut croire M. Diday, qui n'exclut pas une intervention avant sa réunion du mois de mars.
En attendant, les banques centrales ont leur responsabilité dans la volatilité actuelle, en particulier parce que le système financier a été inondé ces dernières années de liquidités, qui se déplacent à grande vitesse. « Si vous avez énormément de liquidités, vous avez des risques de bulles et de volatilité », note M. Defossez en observant que « les crises récentes ont toutes été liées à des politiques monétaires expansionnistes ».
Jean Baptiste OUBRIER/AFP


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