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Économie - Liban - Finances publiques

La hausse de la taxe sur l’essence partie pour être enterrée

L'augmentation contestée des droits d'accises sur l'essence pour augmenter les recettes de l'État n'a finalement pas été discutée hier en Conseil des ministres. Retour sur une polémique.

La taxe sur l’essence, actuellement à 7 500 livres, ne devrait pas augmenter dans l’immédiat. Photo Kadmi/Bigstock

Chat échaudé craint l'eau froide. Alors que la possibilité d'une hausse de la taxe sur l'essence avait déjà été écartée à l'issue de la réunion du Conseil des ministres mercredi, quatre fédérations de syndicats ont lancé hier, dans un communiqué conjoint, un appel à la grève pour protester contre toute tentative du gouvernement de s'aventurer dans cette voie.
La Fédération nationale des syndicats d'ouvriers et employés au Liban, la Fédération des syndicats des maçons et des charpentiers, l'Union des syndicats des industriels de l'agroalimentaire et la Fédération des syndicats des ouvriers de la Békaa ont en effet signifié leur opposition à « toute hausse des droits d'accises sur l'essence pour combler les dépenses de l'État ». Cette déclaration vient s'ajouter à la liste des réactions hostiles à cette mesure qui se sont multipliées cette semaine.

 

(Pour mémoire : Levée de boucliers des syndicats contre la taxe sur l'essence)

 

Combler le déficit
Les 20 litres d'essence – 95 ou 98 octanes – sont actuellement taxés à hauteur de 7 500 livres (5 dollars). En février 2011, la taxe sur l'essence avait été amputée de 5 000 livres avant que le ministère de l'Énergie et de l'Eau ne décide d'augmenter les droits d'accises de 500 livres en janvier 2015.
Depuis quelques semaines, certaines personnalités politiques – à l'instar de l'ancien Premier ministre Fouad Siniora ou du ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk – ont suggéré d'augmenter les droits d'accises sur l'essence de 3 000 ou 5 000 livres (2 ou 3,5 dollars). « Il s'agissait juste de discussions dans l'optique de combler le déficit public et d'augmenter les recettes de l'État et non d'une proposition de loi formelle », plaide auprès de L'Orient-Le Jour le député Amine Wehbé (bloc du Futur). Selon les chiffres du ministère des Finances, le déficit public a atteint 2,61 milliards de dollars au troisième trimestre 2015, en hausse de 17,4 % par rapport à la même période en 2014.


Reste qu'aussi bien les déclarations unanimement hostiles des ministres, mercredi, que l'absence de discussions sur le sujet lors de la deuxième réunion du Conseil des ministres hier, semblent indiquer que les dés sont jetés. « Il n'y aura pas d'augmentation supplémentaire de la taxe sur l'essence », confirme à L'Orient-Le Jour le ministre de l'Économie et du Commerce, Alain Hakim. « La proposition d'augmenter la taxe sur l'essence a été avancée sans étude préalable et ne se base que sur la nécessité de combler le déficit budgétaire » , ajoute-t-il. Le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, n'était pas disponible de son côté pour répondre à nos questions.

 

(Lire aussi : Les twittos répondent à Siniora : "Nous n'allons pas payer 5.000 L.L.")

 

Autres moyens
Si l'idée d'augmenter la taxe sur l'essence a bien été suggérée par des personnalités politiques locales, elle s'inspire d'une recommandation émise par le Fonds monétaire international (FMI) en juillet 2015. Dans son rapport, l'organisation internationale soulignait que si la baisse des cours du brut avait bien contribué à la réduction des transferts à Électricité du Liban (EDL) – qui ont baissé de 44,7 % en août 2015 –, elle avait aussi provoqué une baisse des recettes liées aux taxes sur les carburants. Le FMI avait justifié sa position en invoquant que les prix du carburant avaient atteint un niveau suffisamment bas, après la baisse de 30 % enregistrée en 2014, pour que la hausse de la taxe soit supportable pour les ménages.
Un raisonnement que conteste M. Hakim : « Pourquoi la baisse des cours du brut en 2015 ne s'est pas traduite par une baisse proportionnelle des prix du carburant ? » Si le prix du baril de pétrole a perdu près de 40 % de sa valeur en un an, les tarifs pour 20 litres d'essence fixés par le ministère de l'Énergie et de l'Eau n'ont baissé que d'environ 10 % sur la même période.


« Il existe d'autres moyens pour augmenter les recettes de l'État comme la lutte contre la corruption ou l'évasion fiscale, qui fait perdre à l'État chaque année près de 3 milliards de dollars », rappelle de son côté Marwan Barakat, responsable du département de recherche de Bank Audi. Plus radical, le directeur du département de recherche de Byblos Bank, Nassib Ghobril, avance, lui, qu'« il serait plus indiqué que l'État s'emploie à réduire les dépenses publiques plutôt qu'à augmenter la pression fiscale ». Au troisième trimestre 2015, les dépenses publiques se sont contractées de 2,9 % en rythme annuel, à 9,84 milliards de dollars tandis que les revenus de l'État ont reculé de 8,6 %, à 7,23 milliards de dollars.

 

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Chat échaudé craint l'eau froide. Alors que la possibilité d'une hausse de la taxe sur l'essence avait déjà été écartée à l'issue de la réunion du Conseil des ministres mercredi, quatre fédérations de syndicats ont lancé hier, dans un communiqué conjoint, un appel à la grève pour protester contre toute tentative du gouvernement de s'aventurer dans cette voie.La Fédération...

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Sage décision! Le Gouvernement n'a qu'à mettre le pays sur la bonne voie, et l'argent rentrera tout seul; on n'aura pas besoin de le piocher dans des poches qui ne cessent de se vider...

NAUFAL SORAYA

07 h 58, le 12 février 2016

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Commentaires (1)

  • Sage décision! Le Gouvernement n'a qu'à mettre le pays sur la bonne voie, et l'argent rentrera tout seul; on n'aura pas besoin de le piocher dans des poches qui ne cessent de se vider...

    NAUFAL SORAYA

    07 h 58, le 12 février 2016

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