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Moyen Orient et Monde

Un futur désastre historique pour l’establishment républicain ?

Analyse

L'ampleur de la victoire de Donald Trump dans le New Hampshire a montré que son discours avait su séduire une frange non négligeable de l'électorat du Grand Old Party.

OLJ
11/02/2016

En remportant brillamment mardi soir la primaire républicaine du New Hampshire, Donald Trump a montré à son parti et ses élites qui ne prenaient pas sa candidature au sérieux qu'ils se sont trompés et que ce qu'ils pensaient être une plaisanterie pourrait se terminer pour eux en cauchemar.
Si sa victoire dans le petit État du nord-est des États-Unis n'a surpris personne – les sondages la prédisaient de longue date –, l'ampleur de son triomphe est venu montrer que son discours brut, passionné et populiste avait su séduire une frange non négligeable de l'électorat du Grand Old Party. « C'est une victoire monumentale pour Donald Trump », souligne le républicain Michael Dennehy, spécialiste électoral, de Concord, capitale du New Hampshire. « Le message adressé est vibrant et clair : les républicains veulent renverser la table à Washington. »
Certes, la route du magnat new-yorkais de l'immobilier reste longue. L'opinion publique lui reste défavorable et il ne peut s'empêcher de céder à la provocation, de multiplier les insultes, comme il a pu le faire cette semaine en qualifiant son adversaire républicain Ted Cruz de « mauviette » comme l'y avait invité un de ses partisans. Pourtant, après une deuxième place aux caucus de l'Iowa la semaine dernière et sa large victoire dans le New Hampshire, Donald Trump peut s'appuyer sur l'histoire, qui a montré qu'il était extrêmement rare que le candidat désigné pour la présidentielle n'ait pas terminé premier au deuxième dans l'Iowa et dans le New Hampshire.
Depuis 1976, date depuis laquelle l'Iowa s'est imposé comme le premier État à organiser des caucus dans le calendrier des primaires, tous les candidats républicains qui y sont arrivés deuxièmes avant de l'emporter dans le New Hampshire ont été désignés pour porter la bannière du parti de l'éléphant à la présidentielle.

Rubio à la télévision
Sa nette victoire dans le New Hampshire confirme pour l'heure que sa contre-performance dans l'Iowa, où il est arrivé deuxième, n'était qu'une péripétie, même s'il lui faudra conserver cet élan. Au sein du Parti républicain, on constate que l'essor de sa candidature est facilité par l'incapacité de ses adversaires issus du vivier traditionnel à s'imposer comme candidats naturels. Si on les ajoute, les scores des représentants de l'élite républicaine ont dépassé dans le New Hampshire ceux de Donald Trump, mais tous sont largement distancés, le plus proche d'entre eux, le gouverneur de l'Ohio John Kasich, étant relégué à près de 20 points. « La victoire de Trump recèle les prémices d'un désastre historique pour l'establishment », estime Ford O'Connell, spécialiste électoral du Grand Old Party.
Malgré une deuxième place encourageante dans l'Iowa, le sénateur Marco Rubio s'est effondré dans le New Hampshire, après une performance calamiteuse lors d'un débat télévisé. Beaucoup de républicains espéraient qu'il soit en mesure de freiner l'ascension de Donald Trump. Ils ont dû se résoudre à observer le jeune sénateur terminer sans gloire au milieu du peloton. « Le passage désastreux de Rubio a bousculé le paysage de la campagne », déclare Michael Dennehy. Il explique s'être entretenu avec de nombreux électeurs a priori favorables au jeune sénateur de Floride qui ont finalement porté leur suffrage sur un autre candidat après le débat télévisé de samedi dernier.

En tête dans le Sud
Après s'être arrêtée dans le Midwest et dans le Nord, la caravane républicaine reprend la route pour la Caroline du Sud où une primaire sera organisée dans dix jours. Si l'on se fie aux sondages, il devrait s'agir d'une formalité pour Donald Trump qui y devance Ted Cruz de plus de 16 points, selon le site Real Clear Politics, qui compile les enquêtes d'opinion. Après la Caroline du Sud, vient le Nevada et toute une série d'États du Sud où Donald Trump est crédité d'une avance susceptible de conforter sa marche vers la convention républicaine de juillet. Dans ces États, son adversaire le plus sérieux sera sans doute Ted Cruz, sénateur du Texas, arrivé premier dans l'Iowa, et dont la candidature franchement conservatrice et religieuse inquiète elle aussi les républicains de Washington.
Dans le New Hampshire, Donald Trump semble avoir tiré les leçons des erreurs commises dans l'Iowa. Il a ces derniers jours habilement alterné les meetings spectaculaires qui ont fait sa réputation et les réunions plus intimes, soucieux de montrer qu'il pouvait lui aussi jouer la carte du terrain à laquelle de nombreux Américains sont attachés. Renouant avec les thèmes qui caractérisent sa campagne depuis son lancement, il a tour à tour fustigé les entreprises américaines qui se délocalisent à l'étranger, condamné l'industrie pharmaceutique coupable à ses yeux de surfacturer ses traitements ou le secteur de l'assurance-maladie qui augmente constamment ses tarifs. Ce discours semble avoir séduit de nombreux électeurs qui ne se seraient pas forcément déplacés. Parmi eux, Marjorie Callicutt, 64 ans, et son époux Fred, 74 ans, qui ont assisté à un de ses meetings à Plymouth, dimanche dans le New Hampshire. Le couple a expliqué que jamais ils ne seraient venus si Trump ne les avait pas appelés la veille pour les informer de sa présence et tous les deux ont été convaincus. « Il a réveillé le pays », dit Fred Callicutt. « Il dit des choses que personne n'a envie de dire. »

James OLIPHANT/Reuters

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