Les festivals de cinéma ont un avenir en dépit de l'avènement des smartphones et autres tablettes, juge le directeur de la Berlinale, qui veut croire dans l'attrait du grand écran dans un monde toujours plus pressé.
« Nos chiffres de ventes de billets montrent qu'il y a toujours un grand désir de voir des films dans un cinéma, en compagnie de gens et de partager les impressions ensuite », explique Dieter Kosslick, le patron du Festival du film de Berlin, qui se déroulera à partir de demain et jusqu'au 21 février.
L'année dernière, 500 000 billets ont été vendus ou distribués pour la Berlinale, le seul festival majeur à permettre au grand public d'assister à toutes les projections.
M. Kosslick se dit convaincu que le phénomène du binge watching, le visionnage quasi compulsif de séries sur de petits écrans, va déclencher un regain d'appétit pour le cinéma, pour des films « qui prennent le temps de raconter une histoire complète ». « Notre société a beaucoup à gagner à être un peu ralentie », juge-t-il. Et d'ajouter : « Il va y avoir un phénomène inverse. Ce n'est pas possible que tout le monde reste accroc à de petites machines qu'on trimbale dans sa poche. » Aux yeux de M. Kosslick, qui a largement relancé la Berlinale depuis son arrivée à sa tête en 2001, les festivals sont d'autant moins condamnés que les fans de cinéma ont besoin de l'atmosphère de paillettes du monde des stars et des tapis rouges.
Place aux femmes
Autre atout pour attirer le public, et cela fait la fierté de la Berlinale cette année : c'est l'actrice aux trois oscars qui va présider le jury du festival 2016.
« Meryl Streep a été une invitée du festival à plusieurs reprises, et lorsqu'elle a reçu l'Ours d'or d'honneur en 2012 pour l'ensemble de sa carrière, elle m'a dit qu'elle aimerait bien passer plus de temps à Berlin », raconte-t-il, précisant que sa venue a aussi à voir avec la réputation de la Berlinale de festival engagé.
Revenant sur le débat agitant le monde du 7e art sur les inégalités entre hommes et femmes, le directeur de la Berlinale a admis que les festivals avaient aussi à jouer leur rôle. Seuls deux des 18 films en compétition à la Berlinale ont été réalisés par des femmes. Par ailleurs, aucun des grands festivals n'a été dirigé par une femme.
« En tant qu'institution culturelle, c'est notre devoir de nous battre pour l'égalité, relève M. Kosslick, je crois en des quotas pour femmes, pas parce que je pense que les quotas sont intelligents, mais parce que c'est la seule chose qui marche. »
Lui-même n'exclut pas de céder sa place à la fin de son contrat dans trois ans.
Deborah COLE/AFP

