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Liban

Pollution et crise des déchets ? La faute à la corruption...

Documentaire / Débat
04/02/2016

Dans le cadre du 22e Festival du cinéma européen, qui se poursuit jusqu'au 6 février 2016, le cinéma Metropolis Empire Sofil, à Achrafieh, a projeté le documentaire Trashed de la réalisatrice Candide Brady, sélectionné au Festival de Cannes en 2012 et récompensé dans plusieurs festivals, notamment celui de Tokyo.
Avec Jeremy Irons, elle nous fait voyager des plages-poubelles de Saïda jusqu'à l'Indonésie, en retraçant surtout les méfaits de la pollution sur l'environnement et leurs conséquences sur la chaîne alimentaire. Sur la terre comme sous la mer, les images sont accablantes. Jeremy Irons échange avec des scientifiques, des politiciens et des gens ordinaires dont la santé et le mode de vie ont été profondément affectés par l'amoncellement et les techniques de traitement des ordures. Mais le documentaire se termine sur une note plus positive, laissant entrevoir un espoir, avec l'exemple de la ville de San Francisco qui, depuis 2002, applique la méthode du zero waste (zéro déchet). En privilégiant le recyclage et le compostage, la métropole californienne parvient à s'éloigner de la mise en décharge des ordures et des incinérateurs, si lourdement critiqués le long du documentaire car conduisant à des cancers ou des malformations. Non seulement cette démarche alternative permettrait la création d'emplois dans le traitement des déchets, mais aussi conduirait à consommer mieux.

La projection terminée, elle aurait dû laisser place à une discussion efficace et constructive, autour de la gestion des ordures au Liban et l'aide apportée par l'Union européenne afin de traiter les déchets solides, animée par Bassam Sabbagh, responsable du développement urbain au sein du ministère de l'Environnement ; Ziad Abi Chaker pour Cedar Environmental Co. ; Mohammad Baraki, expert des déchets solides pour Omsar ; Mario Ghoraieb pour l'association Arcenciel ; le Dr Fifi Kallab pour la déclinaison libanaise du programme Zero Waste Lebanon, et enfin Nicolas Ritzenthaler, représentant la délégation européenne.

(Lire aussi : Augmentation du taux de carcinogènes dans l'air d'au moins 2 300 %)

 

« Vous puez ! » squatte le débat
Mais l'éternelle crise des déchets que connaît le Liban depuis juillet a totalement squatté les échanges : dès la première question, le collectif « Vous puez ! » s'est fait entendre par les voix d'Assaad Thebian et Wadih el-Asmar, qui n'ont cessé d'interpeller et de réclamer des réponses à Bassam Sabbagh et Mohammad Baraki sur l'inefficacité de leurs actions. Leur question centrale était : « Pourquoi continuons-nous à jeter nos ordures aux portes des centres de tri, alors qu'ils sont vides et fermés ? » Quand enfin vient la réponse, la faute est rejetée sur les politiques qui ne veulent pas agir ou réagir. Les centres de tri, comme le souligne Ziad Abi Chaker, sont sous l'autorité des présidents des conseils municipaux, et chaque nouvelle élection municipale conduit à une prise de position sur leur maintien ou leur fermeture.

Ce qu'a dénoncé l'ensemble des intervenants, c'est la corruption qui règne au Liban, rendant totalement inefficace toute méthode d'action. Ziad Abi Chaker a insisté sur le fait qu'il faut retirer la gestion des centres de tri et les financements qui leur sont alloués des mains des municipalités, pour en garantir le fonctionnement à long terme, car bien trop souvent « l'aide financière qu'accorde l'Union européenne à ces centres est détournée ».
Dans une atmosphère très agitée, où les questions se sont succédé de toutes parts, le représentant de la Délégation européenne arrive tant bien que mal à s'exprimer, en affirmant que l'UE effectue des contrôles sur l'utilisation des financements qu'elle attribue, et qu'elle restera un soutien aux côtés des autorités libanaises en fournissant l'assistance technique nécessaire afin de résorber les problèmes opérationnels et de maintenance auxquels font face les centres de tri. Les échanges quasi monopolisés par les membres du collectif « Vous puez! » regagnent en tension lorsqu'il s'agit d'aborder le rôle des ONG au cœur de la crise des déchets. Mario Ghoraieb et Fifi Kallab se défendent en soulignant que l'éducation conduisant à une modification des comportements s'inscrit dans la durée, et que leur capacité d'action est limitée du fait de moyens financiers très précaires.

Enfin, concernant la solution d'urgence retenue par le gouvernement libanais afin de mettre un terme à la crise des déchets, à savoir l'exportation vers la Russie de 75 % des ordures ménagères libanaises, le Dr Kallab et M. Abi Chaker étaient d'accord pour dénoncer une « honte », à savoir l'exportation des déchets alors qu'ils peuvent être traités au Liban, car le pays possède bel et bien les capacités nécessaires et suffisantes sur son territoire.
Sur fond de corruption, et malgré l'aide européenne, le Liban peine donc à exploiter pleinement ses ressources pour traiter ses déchets et combattre la pollution, devenue désormais une crise sanitaire et une priorité de santé publique. Face à cette crise et afin de faire évoluer la situation, le Dr Kallab a appelé à redoubler de pressions sur les politiques par une mobilisation générale.

 

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