L’édito de Émilie SUEUR

La grâce qu’on leur souhaite

L’édito
02/02/2016

Deux jours après avoir reçu les filles de Jacqueline Sauvage, François Hollande a accordé, dimanche soir, une grâce partielle à cette femme, condamnée à dix ans de prison pour le meurtre de son mari violent.

Une décision saluée par le comité de soutien de Mme Sauvage, qui avait subi, des dizaines d'années durant, les coups de son mari, lequel aurait également agressé sexuellement ses filles. Une décision qui interroge aussi sur la grâce présidentielle, survivance de l'Ancien Régime posant en quelque sorte un homme, le président, au-dessus de la justice. Une grâce qui, enfin, remet sur la table la question des violences faites aux femmes.

L'occasion, pour nous, de ressortir du fond des tiroirs le volet libanais de ce lourd dossier. Question prégnante dans un pays où les femmes ne sont pas encore assez protégées des violences domestiques, et toujours totalement exposées à une forme de violence étatique.

Certes, le Parlement a adopté, le 1er avril 2014 – après six ans d'une lutte acharnée menée par l'ONG Kafa –, une loi pour la protection de la femme contre les violences domestiques. Un texte en deçà de ce que l'ONG revendiquait, mais qui a néanmoins permis de notables avancées : des peines sévères ont été prononcées contre des hommes tabassant, parfois à mort, leur conjointe ; les femmes menacées par leur mari peuvent désormais bénéficier de véritables mesures de protection.

Mais les députés n'ont pas eu le courage d'aller jusqu'au bout de la logique, refusant notamment de reconnaître le viol conjugal en tant que crime. Les députés n'ont, par ailleurs, même pas songé à s'attaquer à une autre forme de violence à l'endroit de la femme. Pas de celle qui éclate l'arcade sourcilière ou casse des côtes. Une violence plus insidieuse.

S'asseyant sur la déclaration universelle des droits de l'homme – qu'il a non seulement adoptée mais dont un Libanais a participé à l'élaboration – et son principe d'égalité entre hommes et femmes, le Liban a de facto fait de la Libanaise un citoyen de seconde classe. Propriété, héritage, divorce, garde des enfants... La Libanaise, soumise aux lois sur le statut personnel dans un cadre patriarcal à tendance archaïque, fait l'objet de multiples dispositions discriminatoires.

Et il y a la nationalité...

Dans un Liban embourbé dans sa faillite, sans président mais doté de députés doublement autoprorogés et d'un gouvernement incapable de trouver une solution à la crise des déchets, l'on a tout de même trouvé le moyen d'adopter, en novembre dernier, une loi sur le recouvrement de la nationalité par des émigrés d'origine libanaise. Heureuse initiative. Pour les hommes du moins. Car les femmes ne sont pas concernées. Pourquoi le seraient-elles alors qu'elles ne peuvent même pas transmettre leur nationalité à leur époux et leurs enfants.

L'on avance, pour justifier cette discrimination envers la femme, la question de l'équilibre communautaire, en cachant sous le tapis l'iniquité, l'injustice, l'insulte, la violence faite à la moitié de la population libanaise. Et par ricochet à ces enfants rejetés par le pays de leur mère.

Il y a quelques années, nous avions, dans ces colonnes, donné la parole à des Libanaises mariées à des étrangers. Elles nous avaient dit leur colère, leurs galères, leur dégoût, leur incompréhension.

L'une nous avait raconté le calvaire pour renouveler, tous les trois ans, le permis de séjour de ses enfants. L'autre, son désarroi face à un fils né et élevé au Liban, rêvant de médecine, mais devant qui les portes de l'ordre resteront fermées. Après avoir évoqué son frère, qui avait transmis, au bout d'un an, la nationalité libanaise à son épouse américaine, une troisième nous avait demandé : « Mon frère est-il plus important que moi simplement parce qu'il est un homme ? »

Aujourd'hui, au Liban, la réponse est clairement oui.

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UN ARTICLE TRÈS INTÉRESSANT MADAME EMILIE SUEUR.
- POUR JACQUELINE SAUVAGE... IL NE FALLAIT PAS LA PUNIR MAIS LA FÉLICITER D'AVOIR DÉBARRASER LA FRANCE D'UN TARÉ PAREIL.
- POUR LA FEMME CHEZ NOUS... C'EST HONTEUX ET TRÈS HONTEUX... NON SEULEMENT LE REFUS DE NATIONALITÉ A SES ENFANTS... MAIS ET SURTOUT LES DROITS SPOLIÉS DE LA FEMME LIBANAISE... DÉPENDANTS DU BON VOULOIR DE TOUS LES ILLOGIQUES ET FANATIQUES BARBUS...

stambouli robert

Pourquoi vous ne donnez pas la vrai raison de cette loi ?

De qui avez vous peur?

L'analyse des raisons ( stupides d'ailleurs ) aiderait a faire voter une loi equitable
Ma fille est marie a un non Libanais mais vit heureuseembnt hors du Liban pour ne pas avoir les
tracasseries de l'administration pour les documents de ses enfants
Honte aux " personnes ' responsables de cet etat de fait depuis l'Independance

stambouli robert

Un Libanais epouse une etrangere, elle devient apres quelque temps Libanaise et ses enfants aussi
Une Libanaise epouse un etranger , l'etranger ne sera probablement jamais Libanais et ses enfants de mere Libanaise ne seront pas Libanais

Honte a tous nos deputes qui ne sont pas capable de bon sens: donner la nationalite aux emigres qui ne sont pas au Liban et pas aux enfants nes au Liban de mere Libanaise et ont vecu au Liban toute leur vie est une heresie mentale dont seuls nos deputes malheureuseemnt depuis l'Independanc sont capable
Une honte encore pire que de ne pas elire un President

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