Antonio Costa, Premier ministre du Portugal depuis octobre, a promis de « tourner la page de l’austérité ». Patricia De Melo Moreira/AFP
Le gouvernement socialiste du Portugal, suspendu à une alliance fragile avec la gauche radicale, est entré en conflit ouvert avec Bruxelles, qui menace de recaler son avant-projet de budget pour 2016, jugé peu crédible.
Après avoir évincé la droite, arrivée en tête des législatives en octobre, mais sans majorité absolue, la gauche a mis la barre très haut en promettant de « tourner la page de l'austérité », tout en réduisant le déficit public à 2,6 % du PIB cette année. Une équation qui paraît insoluble : pressé par la Commission européenne d'expliquer jusqu'à vendredi dernier par écrit les incohérences de son budget, le gouvernement d'Antonio Costa a opté pour le silence, mais continue à négocier. « Les discussions se poursuivent, il y a de grandes divergences que nous tentons de réduire », a indiqué lundi une porte-parole de la Commission, Annika Breidthardt, qui a refusé de « spéculer » sur un éventuel rejet du budget.
Principale pomme de discorde, le Portugal prévoit une réduction de 0,2 point de pourcentage de son déficit structurel, alors que Bruxelles exige une baisse de 0,6 point. Imperturbable, le Premier ministre s'est dit « convaincu » de pouvoir conclure un accord d'ici à jeudi, jour du Conseil des ministres, sans renier ses accords avec ses alliés, le Parti communiste et le Bloc de gauche, proche de Syriza en Grèce.
L'exemple de Tsipras
Pour y arriver, il va falloir faire des concessions à Bruxelles : « Antonio Costa ne prendra jamais le risque de devenir le nouvel Alexis Tsipras de l'Europe », a déclaré à l'AFP le politologue José Antonio Passos Palmeira. D'autant que l'exemple du Premier ministre grec « a montré aux Portugais qu'une épreuve de force avec Bruxelles ne mène à rien », a-t-il relevé. Pour lui, « de nouvelles mesures d'austérité sont inévitables ».
Mais les marges de manœuvre du gouvernement sont étroites, face aux pressions des partis à sa gauche dont dépend sa survie. Le secrétaire général du Parti communiste Jeronimo de Sousa a ainsi fustigé « le chantage » de l'Union européenne, qui œuvre, selon lui, en faveur d'une politique d' « appauvrissement » du pays. Et Catarina Martins, porte-parole du Bloc de gauche, a mis le gouvernement en garde contre de nouvelles mesures susceptibles de « compromettre le regain de pouvoir d'achat » des Portugais.
L'avant-projet de budget 2016, transmis à Bruxelles il y a dix jours, a été unanimement désapprouvé par les agences de notation internationales et les experts financiers du Portugal. Mario Centeno cherche à « améliorer artificiellement » l'effort de réduction du déficit, en déclarant « temporaires » des mesures de 1,8 milliard d'euros (1,96 milliard de dollars) qui pèseront durablement sur les comptes, ont ainsi assuré des experts indépendants auprès du Parlement. Au lieu de réduire de 0,2 point le déficit structurel, le gouvernement va en réalité l'aggraver de 0,4 point en 2016 en revenant sur plusieurs mesures d'austérité prises par le précédent exécutif de droite, selon ces calculs. Le gouvernement a ainsi prévu de supprimer les coupes dans les revenus des fonctionnaires et de ramener leur temps de travail à 35 heures, d'alléger une surtaxe sur les salaires et de revaloriser les prestations sociales. Autant de mesures qui prennent le contrepied des recommandations de la troïka (UE-FMI-BCE) des créanciers du Portugal.
Autre inconnue qui fait polémique, la prévision de croissance du gouvernement pour 2016, soit 2,1 %, alors que la Banque du Portugal et la Commission européenne tablent sur 1,7 %.
Brigitte Hagemann/AFP


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