« Depuis quand le fort doit-il se retirer en faveur du faible ? » s’est interrogé M. Frangié – ici entre Boutros Harb et Fouad Siniora – au sujet de Michel Aoun. Photo Ani
Qualifiée par la majorité des participants de « riche et productive », la quatorzième séance de dialogue national qui s'est tenue hier à Aïn el-Tiné n'a abouti qu'à un accord de principe sur la relance durable de l'exécutif, sans surmonter les entraves à cette relance.
Sur la question du pourvoi aux trois postes vacants au sein du conseil militaire, il a été seulement convenu « de se mettre d'accord, c'est-à-dire d'en faciliter l'approbation en Conseil des ministres demain (aujourd'hui) », précise une personnalité ayant participé à la réunion.
Une liste de candidats aux trois postes en question a été soumise par le ministre de la Défense, Samir Mokbel, sur proposition du commandant en chef de l'armée, basée sur l'ancienneté et la compétence. La liste inclut trois noms de candidats au poste chiite (les généraux Mohammad Janibey, Mohsen Fneich et Khalil Ibrahim), trois au poste catholique (les généraux Gaby Homsi, Georges Chreim et Gaby Chahine) et trois au poste orthodoxe (les généraux Fouad Kassis, Ziad Ziadé, Samir Asseily). Deux noms pour le poste orthodoxe sont mentionnés en dehors de la liste officielle : les généraux Kheir Freijy et Samir el-Hajj.
Des sources concordantes assurent que les postes chiite et catholique font d'ores et déjà l'objet d'un accord, en faveur des noms souhaités respectivement par le Hezbollah (le général Mohsen Fneich) et par le bloc du Changement et de la Réforme (le général Georges Chreim).
Le « nœud orthodoxe »
Le nœud qui persiste porte sur le poste orthodoxe. Le général Samir el-Hajj, qui serait favorisé par Michel Aoun, occupe le cinquième rang d'ancienneté et n'a pas été retenu par Samir Mokbel.
Les ministres relevant de l'ancien chef de l'État, Michel Sleiman, relayés par les ministres Kataëb et des ministres indépendants du 14 Mars, contestent sa nomination qui déroge aux critères objectifs de l'avancement. Leurs réserves sont renforcées par le fait que le nom du général Georges Khamiss, pourtant favorisé par certaines parties pour le poste catholique, n'a pas été retenu sur la liste, étant devancé par trois autres. « Nous respectons le critère d'ancienneté et nous ne nous opposerons pas à la nomination éventuelle du général Georges Chreim », affirme le ministre Michel Pharaon à L'Orient-Le Jour.
Lors de la séance de dialogue hier, le président de la Chambre aurait insisté pour que le chef du parti Kataëb, le député Samy Gemayel, « s'engage à faciliter les nominations sécuritaires », rapporte une personnalité présente à la séance du dialogue.
Une concertation entre les trois ministres relevant du président Sleiman a été suivie, en soirée, d'une réunion élargie en présence des ministres indépendants du 14 Mars et des ministres Kataëb.
Ces deux réunions successives à Yarzé n'ont fait que confirmer « le malaise » des ministres sur les nominations, confie une source présente à la réunion. Outre « la politisation des nominations », elle dénonce le fait d'avoir été « écartée » des concertations relatives au conseil militaire. Celles-ci auraient été limitées au Futur, au Courant patriotique libre et au Hezbollah, avec un souci de ménager le général Michel Aoun, en partie parce qu'il a mis en suspens sa demande de procéder à la nomination d'un nouveau commandant en chef de l'armée.
« Nous sommes pour un accord sur les nominations, mais pas à n'importe quel prix », conclut une source proche de la Rencontre consultative du président Michel Sleiman.
(Lire aussi : Sleiman : L'accord sur le blocage signifie le prolongement de la vacance)
Risque d'une nouvelle phase de boycottage
Alors que les nominations ne sont pas prévues à l'ordre du jour du Conseil des ministres, elles pourraient être examinées en dehors de l'ordre du jour, à la demande du ministre concerné, à savoir le ministre de la Défense.
Levant l'ambiguïté sur la participation des ministres du bloc aouniste à la réunion, et avec eux ceux du Hezbollah, une source ministérielle révèle à L'OLJ que leur participation est « très probable », et pourrait servir à effectuer un forcing afin d'obtenir les nominations souhaitées.
Si celles-ci ne sont pas approuvées, le risque est grand que les ministres du bloc aouniste, du Hezbollah et du Tachnag se retirent, augurant d'une nouvelle phase de boycottage du gouvernement, révèle la source.
Ces craintes sont néanmoins atténuées par les déclarations à l'issue de la séance de dialogue. « Il y a une entente absolue sur la relance de l'exécutif », a affirmé le député Hagop Pakradounian, faisant état en outre d'un « accord quasi unanime sur les nominations ». Pour sa part, le député Ali Fayad a annoncé qu'un « consensus a été obtenu sur les nominations au conseil militaire. Le Conseil des ministres se tiendra donc demain (aujourd'hui) et doit préluder à une relance durable de l'exécutif ».
(Lire aussi : Joumblatt fustige « la démocratie à l'iranienne » qui torpille la présidentielle)
La politique de distanciation et Michel Samaha
Ces réassurances sont confortées par le fait que certaines questions litigieuses, évoquées hier subsidiairement à la table de dialogue, doivent être résolues au Grand Sérail.
C'est sur la position officielle du Liban à l'égard du conflit irano-saoudien que doit s'ouvrir aujourd'hui la réunion du cabinet. Le Premier ministre entendrait préciser une fois pour toutes la position du Liban à l'égard de la politique iranienne dans la région et l'insérer dans le communiqué final de la réunion. L'abstention du chef de la diplomatie libanaise à voter en faveur de la déclaration de la conférence de l'organisation islamique à Djeddah, condamnant les ingérences iraniennes dans la région, n'avait pas fait l'objet de concertations au préalable avec le Premier ministre. La gêne de ce dernier à l'égard de son chef de la diplomatie est renforcée par le fait que la déclaration de Djeddah, contrairement à la précédente déclaration de solidarité arabe du Caire, n'a fait aucune mention du Hezbollah.
Alors que le bloc du Changement et de la Réforme appelle seulement à « dénoncer les ingérences dans les affaires d'autrui, en vertu du pacte de la Ligue arabe », le chef du bloc du Futur, le député Fouad Siniora, a fait remarquer hier que « la politique de distanciation ne s'applique qu'en cas de conflits interarabes, mais pas lorsque le monde arabe est tout entier en conflit avec un acteur étranger ». Il a mis en garde contre « les graves conséquences d'une diplomatie qui se désolidarise de son environnement ».
En outre, la question du transfert du dossier Michel Samaha devant la Cour de justice, insérée à l'ordre du jour du Conseil des ministres (64e clause), pourrait être reportée.
Cette question suscite des réactions mitigées, révélées hier à la table de dialogue. Les craintes exprimées par Fouad Siniora sur « les conséquences d'une gestion laxiste du dossier Michel Samaha » auraient été en partie dissipées par des nominations récentes de quatre nouveaux officiers délégués à la Cour de cassation militaire.
Ces nominations, effectuées par décision du ministre de la Défense, sur avis du commandant en chef de l'armée, devraient servir à aboutir à un jugement plus strict dans l'affaire Samaha. « Le débat sur le transfert du dossier sera sans doute reporté », confie à L'OLJ une source proche du ministre de la Justice. Ce dernier aurait été contacté par le chef du Futur, Saad Hariri, afin de ne pas recourir à l'escalade.
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L'élection présidentielle
La présidentielle, qui n'est plus la clause prioritaire du dialogue, a marqué en la forme la séance d'hier.
Le chef des Marada, le député Sleiman Frangié, accompagné par l'ancien ministre Youssef Saadé, a pris place entre le président Siniora, d'un côté, et le ministre Boutros Harb, de l'autre, alors qu'il s'installait précédemment près du député Mohammad Raad et du ministre Gebran Bassil. Ce qui lui a valu une remarque amusée du député Assaad Hardane, à laquelle M. Siniora a immédiatement répondu : « Seriez-vous envieux ? » « La séance s'annonce dangereuse », a aussitôt constaté, en riant, le président de la Chambre.
Lors d'un point de presse à la fin de la séance, le député de Zghorta a précisé que « la séance électorale du 8 février prochain a peu de chances de se tenir ». Affirmant qu'il maintenait sa candidature, il a affirmé que sa participation à la séance électorale sera tributaire de ses concertations préalables avec ses alliés, notamment le Hezbollah. Pour ce qui est de l'hypothèse de son retrait de la course, en faveur de Michel Aoun, il a répondu laconique : « Je ne comprends pas comment un candidat fort de 70 voix se retirerait en faveur de celui qui n'a, pour l'instant, que 40 voix. » Et d'ajouter : « Si le général Michel Aoun nous considère comme un plan B, nous le percevons comme le plan A », laissant entendre qu'« un plan A n'existe pas sans plan B ».
Le général Michel Aoun faisait partie des grands absents à la séance d'hier, à laquelle il a délégué le ministre Gebran Bassil, accompagné du député Hikmat Dib. Le chef du Rassemblement démocratique, le député Walid Joumblatt, qui y a délégué le député Ghazi Aridi, pour cause de maladie, n'a pas manqué de multiplier ses tweets sur le blocage de la présidentielle, en même temps que se déroulait la séance. Étaient également absents le député Michel Murr et le député Talal Arslane, représenté par le journaliste Hassan Hamadé. La prochaine séance a été fixée au 17 février.
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DES GARANTIES ? ILS SE RIENT LES UNS DES AUTRES... DE LA RIGOLADE !
15 h 48, le 28 janvier 2016