Des migrants et réfugiés parcourent à pied la Serbie depuis la frontière macédonienne dans de rudes conditions climatiques. AFP / Armend Nimani
Les craintes suscitées par les attentats islamistes, notamment en France, et l'afflux de migrants ont fait reculer les droits de l'homme en Europe en 2015, a soutenu hier l'organisation Human Rights Watch (HRW). Si les rapports précédents de cet organisme de défense des droits de l'homme se concentraient sur les zones de conflit, celui de l'année 2015 s'ouvre sur la crise des migrants et les mesures prises en Europe dans la foulée des attentats en France.
« La peur du terrorisme, notamment motivée par les attentats à Paris, ceux de Beyrouth et les attaques ici, à Istanbul et à Ankara et ailleurs, ont conduit beaucoup de gens à commencer à transformer les réfugiés en boucs émissaires », a dénoncé le directeur de l'ONG, Kenneth Roth, lors d'une conférence de presse à Istanbul. « Cette peur a conduit à la montée de l'islamophobie et au saccage des droits fondamentaux, notamment la vie privée, sans aucune preuve d'une véritable efficacité de ces mesures », a-t-il poursuivi en présentant les 650 pages de son rapport.
Dans la foulée des attentats du 13 novembre à Paris, les élus français ont approuvé une loi prolongeant de trois mois l'état d'urgence, qui facilite notamment les assignations à résidence ou les perquisitions sans passer par l'autorité judiciaire. Confrontés à un flux sans précédent de migrants, des pays de l'Union européenne (UE) ont érigé des murs pour l'endiguer ou adopté des restrictions législatives à leur arrivée. La réforme du droit d'asile adoptée mardi par le Danemark, qui autorise la confiscation des effets de valeur des migrants, a été jugée « méprisable » par M. Roth. « Est-ce qu'un pays riche comme le Danemark a vraiment besoin de dépouiller les derniers effets de ces demandeurs d'asile désespérés avant de leur offrir des services de base ? » a-t-il lancé, accusant ce pays de vouloir dissuader les migrants. Le directeur de HRW a plus généralement critiqué la réponse de l'UE à la crise des migrants. « Dans une grande mesure, la préoccupation de l'Europe concernant les nouveaux réfugiés comme menace terroriste est une distraction dangereuse par rapport à son propre extrémisme violent, car les assaillants de Paris sont majoritairement des citoyens belges et français », selon Kenneth Roth.
Son organisation a appelé à une « alternative plus humaine » pour empêcher la mort en Méditerranée de migrants, et ce en augmentant le nombre de visas délivrés au Liban et au Pakistan, voisins respectivement de la Syrie et de l'Afghanistan, pays d'où viennent le plus grand nombre de demandeurs d'asile pour le continent européen.
« Répression »
Si HRW a salué la décision du nouveau Premier ministre canadien Justin Trudeau d'accueillir 25 000 réfugiés syriens – dont 10 000 sont déjà arrivés – elle a appelé son pays, de même que les États-Unis, l'Australie, la Russie et les pays du Golfe, à faire davantage. Le rapport de HRW tacle aussi « une islamophobie flagrante et une diabolisation sans honte des réfugiés » aux États-Unis, où le candidat à l'investiture républicaine à la Maison- Blanche, Donald Trump, a suggéré de fermer les frontières aux musulmans.
Le recul « visible » des droits de l'homme dans les pays occidentaux se double aussi d'une part d'ombre, « invisible » mais bien réelle, dans les régimes autoritaires, selon l'ONG. La « répression » de militants en Chine et en Russie a atteint une intensité « jamais observée depuis des décennies ». En Russie, « les mesures de répression du Kremlin contre la société civile, les médias et Internet ont pris une tournure plus sinistre en 2015 alors que le gouvernement a intensifié encore davantage le harcèlement et la persécution des voix critiques indépendantes », souligne le rapport.
À Istanbul, HRW n'a pas manqué de souligner la « détérioration » de la situation des droits de l'homme en Turquie, dirigée depuis 2003 par l'actuel président Recep Tayyip Erdogan, épinglant la reprise du conflit kurde et les attaques contre la presse. « La Turquie est en train de mettre en pièces et d'éroder son cadre démocratique », a jugé sa représentante locale, Emma Sinclair-Webb. « Cela laisse présager d'un avenir sombre pour la Turquie et pour toute la région, si la Turquie cesse de devenir un pays qui respecte les droits de l'homme », a-t-elle ajouté.
(Source : AFP)


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