Rechercher
Rechercher

Lifestyle - Beyrouth Insight

Les 50 nuances de Karim Choueiri

Quand certains cherchent encore leurs 50 nuances de gris, il a réussi, au bout d'un an, à produire manuellement un foulard en soie avec 50 couleurs. Il affirme être le seul au monde à l'avoir fait.

Le foulard.

Karim Choueiri n'est pas un designer, encore moins un industriel. Il est juste «un aventurier qui a de la patience». Un jeune homme de 31 ans qui aime les voyages, les civilisations, les cultures et toutes les couleurs du monde. Curieux, gourmand, créatif, toujours intéressé à ramener de ses périples des expériences, des émotions et une meilleure connaissance de la destination et des personnes, il saupoudre ce «subjectif» d'un sens des affaires plus pragmatique qui transforme les désirs en projets. «Mon enfance a été assez typique, mais il y a toujours eu cette "chose" en moi, une prédilection pour le voyage et la découverte.»

À l'AUB, Karim Choueiri entreprend des études en sciences culinaires, il avait alors cette autre «chose», une passion (sûrement gourmande) pour l'alimentaire. C'est dans le cadre d'un stage à l'étranger qu'il goûte et savoure sa première aventure. Envoyé d'abord à la Earth University au Costa Rica dans le cadre d'un programme d'échanges, il finira par y introduire notre labneh nationale. Sa proposition a séduit et convaincu, jusqu'à devenir un produit vendu sur le marché local sous le label Karema. «L'intensité du projet et l'enthousiasme que j'y ai insufflé m'ont permis de développer et d'exprimer mon esprit entrepreneur. Une fois le travail terminé, je me suis offert un voyage en Amérique du Sud.»

Après cette heureuse parenthèse, Karim Choueiri part en France et décroche un master en Business Management. Et son visa pour un poste en Suisse auprès de la compagnie Nestlé. «En intégrant une multinationale, j'avais le monde à portée de main. Et puis cette chose, ce déclic m'est revenu... J'étais prêt pour une nouvelle aventure.» Elle aura pour destination l'Asie et, plus particulièrement, le Vietnam, et pour nom: SCA.

Presque toutes les couleurs du monde
Comme il aime à le faire, l'aventurier patient s'immerge lentement dans les arômes de cette nouvelle culture. «J'ai pris mon temps pour découvrir les spécificités du Vietnam, je me suis déplacé à moto ou à vélo, j'ai épousé les coutumes et le quotidien des lieux et des personnes.» Cette belle curiosité va le mener en 2013 dans un petit village niché au sommet du pays. «On pouvait y voir des formes magnifiques, de la beauté partout... Et puis ces femmes en train de tisser, lentement, inlassablement, des fils de soie blancs. Avant de les transformer en draps, puis de les imprimer manuellement et, enfin, de les étendre pour les sécher. Leur travail ressemblait à une œuvre d'art qui prenait forme, et tout ceci venait de la nature, directement. Une des plus belles étapes du processus, précise-t-il, était l'impression à la main.»

L'artisan prend un drap blanc en soie, l'installe dans un cadre en bois, dépose dessus un voile avec des petits trous pour laisser passer la peinture. Après avoir versé la couleur, il répète l'opération, nouveau cadre pour une nouvelle couleur. Et ainsi de suite... «Ce travail exige un parfait alignement des couleurs, poursuit l'entrepreneur. Petit à petit, une œuvre d'art prend vie devant nos yeux.» Alors, presque naturellement, c'est dans ce coin (heureusement) perdu du monde qu'il va installer son projet baptisé SCA. Durant un an, le jeune homme va faire des recherches, apprendre toutes les subtilités de la soie, ses différentes spécificités et techniques, du Cambodge au Laos, et découvrir des familles vietnamiennes qui deviendront à la fois des collaborateurs, artisans et amis. «Cette affaire est devenue personnelle et non plus seulement professionnelle.»

Une affaire de cœur
Pour mettre la barre encore plus haut, pour célébrer cette culture du tissu et de la couleur, Karim Choueiri décide de « faire quelque chose que personne n'avait encore fait.» «De nombreuses marques célèbres ont choisi de privilégier l'impression digitale. Sauf Hermès, souligne-t-il, qui utilise encore la méthode traditionnelle. Il y a quelques années, la célèbre maison avait sorti une gamme en édition limitée qui avait utilisé jusqu'à 45 couleurs. Je me suis donc lancé un défi.» Un soir d'octobre 2014, il demande à un ami designer, Thai Pham, de lui dessiner un foulard à partir d'un poème du Vietnamien Nguyen Khuyen intitulé Autumn Pond. Avec l'objectif de l'imprimer en 50 couleurs et grâce au travail acharné de 10 personnes, il aura fallu attendre une longue année pour relever le défi. «J'ai surtout appris la patience. 50 couleurs signifient 50 cadres, chacun devant être parfaitement aligné. La moindre erreur nous obligeait à recommencer... J'ai également appris à maintenir un esprit de groupe, en dépit du stress, des doutes, des échecs. En novembre 2015, exactement un an plus tard, nous avons réussi à produire 100 foulards SCA.»

Les foulards – il en reste une quarantaine, des pièces uniques – sont vendus «juste pour couvrir les frais. SCA n'a jamais eu pour moi un but commercial. Je l'ai voulu comme une plateforme à partir de laquelle je peux partager ma passion et aider quelques artistes et artisans vietnamiens».

 

Dans la même rubrique

Lama Salam, une nuit au musée

Kamal Mouzawak joue à Beit Byout

Joanna Debbas entre au musée

Karim Choueiri n'est pas un designer, encore moins un industriel. Il est juste «un aventurier qui a de la patience». Un jeune homme de 31 ans qui aime les voyages, les civilisations, les cultures et toutes les couleurs du monde. Curieux, gourmand, créatif, toujours intéressé à ramener de ses périples des expériences, des émotions et une meilleure connaissance de la destination et des personnes, il saupoudre ce «subjectif» d'un sens des affaires plus pragmatique qui transforme les désirs en projets. «Mon enfance a été assez typique, mais il y a toujours eu cette "chose" en moi, une prédilection pour le voyage et la découverte.»
À l'AUB, Karim Choueiri entreprend des études en sciences culinaires, il avait alors cette autre «chose», une passion (sûrement gourmande) pour l'alimentaire. C'est dans le cadre d'un stage...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut