Kamal Mouzawak et son nouvel ouvrage. (Photo Carla Henoud)
C'est évidemment à Tawlet que Kamal Mouzawak aime recevoir, (comme) chez lui, quand il est à Beyrouth. Et c'est dans ce restaurant informel, avec une recette insolite et qui a si bien marché, qu'il signe aujourd'hui son nouvel ouvrage – de cuisine, what else – intitulé Lebanese Home Cooking. Une commande d'une maison d'édition américaine, Quarry Books. Pas encore le livre qu'il rêve d'écrire, sur cette aventure essentiellement humaine qu'il vit depuis 2004, date du lancement de Souk el-Tayeb. Mais certainement une occasion de faire découvrir, aux Américains surtout, l'art et la manière de préparer des plats locaux, principalement végétariens.
«Pourquoi encore un livre de cuisine?» Il pose lui-même la question dans la préface qu'il tient à nous lire et y répond: «Personne ne peut enseigner la cuisine et personne ne peut apprendre à cuisiner. C'est un peu comme respirer, marcher, vivre, faire l'amour.» Mais raconter la tradition de nos aliments, l'histoire des ingrédients, les légendes autour d'un plat, sa magie, en même temps que partager les secrets d'une recette facile, l'exercice ne pouvait que l'intéresser. D'ailleurs, il suffit de l'écouter parler des produits, légumes, fruits, herbes et de la terre, de cette «magnifique» cuisine saisonnière, «très simple et très régionale» qui est la nôtre, pour saisir ses talents de cuisinier et de conteur. Accompagné des photos de Ayla Hibri, dont, précise-t-il, «j'aime la fraîcheur, la légèreté et la lumière de sa personne et de son travail», chaque chapitre de Lebanese Home Cooking comprend une introduction explicative. «Il fallait présenter à quelqu'un qui n'a jamais vu de kebbé, par exemple, la forme, la façon de faire, sa composition, de la manière la plus complète et la plus claire.»
(Pour mémoire : Kamal Mouzawak : Le Liban, c'est...toi et moi)
Après Délices des Mille et une nuits coécrit avec Malek Chebel et illustré par Anne-Lise Boutin (éd Gründ), Kamal Mouzawak fait un retour aux sources. «Ceci n'est pas mon livre, il est celui de femmes. Ma mère, ma tante, ma voisine, la nonne qui prépare les repas au couvent, celui de ces femmes qui viennent à Souk el-Tayeb et Tawlet, et qui illustrent parfaitement le fameux "make food not war".» Simple.
Les maisons du bonheur
Souk el-Tayeb, Tawlet Beyrouth, Ammiq, Deir, Beit Douma et Beit Deir sont tous des concepts basés sur la simplicité. Une suite de réussites qui ont la même philosophie et le même objectif: réunir des personnes qui, à la base, n'ont rien en commun, ni la culture, ni la condition sociale, ni le rythme de vie dans un cadre magnifique. Mélanger les genres dans l'harmonie. Créer une conversation entre deux extrêmes, pour qu'une femme de la bourgeoisie puisse connaître et apprécier une femme venue d'un village lointain. Que cette mosaïque humaine, qui représente notre Liban, puisse vivre et se développer, envers et contre toutes les réalités politiques. Et puis se sentir chez soi. Dans un restaurant, dans une maison, «qui n'est pas une maison d'hôtes», mais que l'on s'approprie pour une nuit ou plus, si affinités. «C'est toute ma vie. Je suis un curieux. J'ai beaucoup lu, beaucoup voyagé à travers le Liban.
(Pour mémoire : Tawlet à Paris : cuisine, mais aussi culture)
Cette aventure est née de ma soif de le connaître et a pris forme avec le marché de Souk el-Tayeb. Elle est venue de ma passion pour les gens qui composent son passé et son présent, pour les traditions qui nous définissent et qui racontent leur histoires et leurs racines. Souk el-Tayeb n'est pas juste un marché, Tawlet pas juste un espace pour manger, les Beit pas que des adresses pour dormir. Ce sont des lieux de vie qui respectent la tradition des régions. Quand j'ai commencé, j'ai juste senti que ça devait se faire de cette manière. J'aime le côté évident des choses et chaque étape m'a parue évidente.» Dans la liste de ses envies toutes évidentes, il restait l'ailleurs. Paris en sera la première escale, dans un projet qui doit se concrétiser avec la Fondation La Durée. Un Tawlet parisien fidèle à l'esprit des autres projets: une adresse discrète, une déco brute et raffinée, sans excès, des plats du terroir français, et des femmes aux fourneaux venues des 4 coins du pays tricolore. «Nous allons raconter l'histoire de la cuisine française à travers la Française de souche et la Franco-Tunisienne...» Les « cousines » du Liban seront invitées, une fois par mois, à faire part de ce bel échange. L'ouverture est prévue pour l'été 2016.
Après avoir dédicacé son livre, Kamal Mouzawak se fait lire l'avenir proche dans la tasse. «Il y a quelque chose de grand qui se prépare! Et quelque chose de grand en toi » lui confie la liseuse. Kamal sourit. C'est une
évidence.
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