Un premier convoi d’aide humanitaire du Croissant-Rouge syrien avait quitté la capitale Damas pour rejoindre la ville assiégée de Madaya, le 14 janvier. Louaï Beshara/AFP
Cent vingt soldats des forces gouvernementales syriennes ont été tués depuis samedi dans des combats avec l'État islamique (EI) dans l'est du pays, où le groupe jihadiste a attaqué des positions tenues par le gouvernement dans le secteur de Deir ez-Zor, a rapporté hier l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Dans le camp jihadiste, les combats ont fait 70 morts, précise cette ONG basée à Londres qui tient le bilan quotidien de la guerre en Syrie grâce à un réseau d'informateurs sur le terrain.
Lundi, l'État islamique a gagné du terrain contre les forces gouvernementales près de la ville de Deir ez-Zor, après avoir attaqué les localités d'Ayyach et Begaïliya, a indiqué l'OSDH. L'agence de presse officielle syrienne Sana avait affirmé lundi que les forces gouvernementales avaient repris certains quartiers d'habitation conquis par l'EI à Begaïliya et avaient tué un certain nombre de jihadistes. Hier, l'EI a annoncé avoir gagné du terrain contre les forces gouvernementales près d'Ayyach et s'être emparé de deux véhicules militaires. Lors de son offensive de samedi sur Deir ez-Zor, l'EI a enlevé 400 civils, avait en outre indiqué l'OSDH.
Par ailleurs, des responsables humanitaires ont indiqué hier que de la nourriture, des médicaments et du carburant ont été livrés lundi dans quatre villes syriennes assiégées. La ville rebelle de Zabadani, proche de la frontière libanaise et encerclée par des troupes prorégime, a reçu de la nourriture et des médicaments alors que, simultanément, les deux localités chiites de Foua et Kfarya (Nord-Ouest) et celle rebelle de Madaya, près de Damas, recevaient du carburant, selon un communiqué conjoint de responsables de l'Onu, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et du Croissant-Rouge syrien (SARC). Selon le communiqué, des responsables humanitaires n'ont pas pu rentrer à Foua et Kfarya pour évaluer leurs besoins en aide car « des groupes armés leur ont fait savoir qu'il leur fallait plus de temps pour finaliser les arrangements de sécurité dans les zones sous leur contrôle ». Quelque 42 000 civils se trouveraient piégés dans Madaya, soumise depuis six mois à un siège implacable de la part des forces du régime. Des habitants sont morts de faim et d'autres souffrent de malnutrition sévère, selon les organisations humanitaires. La situation serait un peu moins dramatique à Foua et Kfarya, où vivraient 20 000 civils et où le régime a pu larguer du ravitaillement par hélicoptère, et à Zabadani, où demeurent moins de 1 000 civils.
Selon l'Onu, 400 000 civils sont assiégés et affamés par les forces gouvernementales ou rebelles dans 15 localités en Syrie. Dans ce contexte, la rapporteuse spéciale des Nations unies pour le droit à l'alimentation, Hilal Elver, a appelé à la mise en place d'« un cessez-le -feu immédiat et inconditionnel pour permettre l'acheminement de l'aide humanitaire et des produits alimentaires qui doit parvenir à chacun en Syrie ». Mme Elver a également souligné qu'« affamer délibérément des civils dans les conflits armés constitue un crime de guerre et pourrait également constituer un crime contre l'humanité s'il peut être démontré que la privation de nourriture est une volonté délibérée et tactique systématique pour causer les souffrances des civils ». « Sans accès à la nourriture, les communautés assiégées endurent des souffrances immenses avec des rapports suggérant que dans la ville de Madaya 23 personnes, dont des enfants, sont mortes de faim depuis décembre, alors que de nombreuses autres souffrent de malnutrition aiguë », a déclaré l'experte de l'Onu. En outre, onze personnes sont mortes du virus H1N1 de la grippe porcine en Syrie depuis septembre, a indiqué hier le ministère syrien de la Santé. Ces décès ont été recensés dans toutes les régions syriennes et la plupart des morts « souffraient de maladies graves », a souligné le docteur Ahmad Damiriyé, du service des maladies contagieuses et chroniques au ministère de la Santé, cité par le quotidien as-Saoura.
L'opposition syrienne doit décider seule
Sur le plan diplomatique, le ministre saoudien des Affaires étrangères a rejeté hier toute pression étrangère sur le groupe de l'opposition syrienne basé à Riyad qui doit selon lui désigner la délégation censée la représenter aux pourparlers de paix prévus avec le régime. La Haute Commission de l'opposition syrienne, formée en décembre à Riyad, « est le groupe concerné et personne ne peut lui imposer qui va le représenter » dans les pourparlers avec le régime, a affirmé Adel al-Jubeir lors d'une conférence de presse commune avec son homologue français Laurent Fabius. Les déclarations de M. Jubeir interviennent au lendemain d'une déclaration de l'Onu sommant les grandes puissances de s'entendre rapidement sur la composition de cette délégation qui doit rencontrer des représentants du régime de Bachar el-Assad. Les négociations sont prévues à Genève à partir du 25 janvier. Le porte-parole adjoint de l'Onu Farhan Haq avait indiqué lundi que l'Onu lancerait les invitations pour les négociations « quand les pays qui dirigent ce processus (de Vienne) se seront mis d'accord sur qui inviter parmi l'opposition ». Une centaine de représentants des principaux groupes de l'opposition syrienne politique et armée avaient annoncé le 10 décembre à Riyad leur accord pour des négociations avec le régime mais exigé le départ du président avec le début d'une éventuelle période de transition. Le groupe EI qui contrôle de larges pans du territoire syrien et la branche syrienne d'el-Qaëda, le Front al-Nosra, ont été exclus de la réunion. Les combattants kurdes n'ont pas non plus été invités. L'objectif des pourparlers, faisant partie d'un ambitieux plan sur 18 mois soutenu par le Conseil de sécurité de l'Onu, sera de mettre fin à la guerre qui ravage la Syrie depuis près de cinq ans et a fait plus de 260 000 morts.
(Sources : agences et rédaction)


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