Plusieurs valeurs bancaires se sont effondrées hier à la Bourse de Milan, provoquant leur suspension temporaire, alors que les investisseurs s'inquiètent d'un retard dans la consolidation de ce secteur, très éclaté, et dont une partie est considérée comme à risque.
La plus mauvaise performance a été réalisée par la banque Monte dei Paschi di Siena (BMPS), qui a clôturé en dévissant de 14,76 % à 0,7655 euros. Le titre de celle qui affirme être la plus vieille banque du monde a été suspendu à plusieurs reprises. Banca Popolare dell'Emilia Romagna (BPER) a chuté de 8,73 %, Carige de 7,29 %, UBI Banca de 7,28 %, Banco Popolare de 6,73 % et BPM (Banca Popolare di Milano) de 5,55 %. Les deux plus grandes banques italiennes, Unicredit et Intesa Sanpaolo, ont cédé respectivement 5,37 % et 5 %.
À l'origine de cet effondrement : en premier lieu, les craintes des investisseurs liées aux créances douteuses des banques italiennes, selon des opérateurs sur la place milanaise. Quatre petites banques régionales ont fait, fin 2015, l'objet d'un plan de sauvetage d'un coût de quelque 3,6 milliards d'euros (3,92 milliards de dollars) pour le système bancaire italien. « La situation des banques italiennes est délicate, parce que les créances douteuses se situent à un niveau très élevé, dépassant les 200 milliards d'euros (217 milliards de dollars) », explique à l'AFP Lorenzo Codogno, chef économiste chez LC Macro Advisors Limited et ancien directeur général au ministère des Finances italien. « Cela limite la capacité du secteur bancaire italien à fournir du crédit à l'économie », souligne-t-il, « des organisations internationales, comme le FMI, ont appelé avec force l'Italie à faire quelque chose à ce sujet, en créant par exemple une "bad bank" », une structure de défaisance chargée d'isoler des actifs et des dettes, afin d'épurer les bilans des banques.
Autre raison de la réaction des marchés : la consolidation du secteur qui tarde à survenir, alors que l'Italie compte plus de 700 banques différentes, avec une pléthore de petits établissements. « La communauté financière attend depuis des mois, mais cela ne se produit pas, ce qui cause une certaine volatilité », souligne Stefano Caselli, spécialiste des banques à l'université Bocconi de Milan.
Mercredi dernier, les titres de Banca Popolare di Milano (BPM) et Banco Popolare s'étaient envolés de 5,6 % et de 4,21 % après des informations de presse faisant état de discussions en bonne voie entre ces deux établissements. UBI Banca, qui cherche à se rapprocher lui aussi de BPM, avait en revanche fortement chuté. Si l'une de ces opérations se concrétisait, le nouvel ensemble constituerait le troisième établissement bancaire italien, derrière Unicredit et Intesa Sanpaolo.
Les dix plus grandes banques coopératives italiennes sont incitées à se rapprocher depuis le vote il y a un an d'une loi modifiant leurs règles de gouvernance. Alors que les actionnaires de ces banques disposent jusqu'à présent d'un droit de vote identique quelle que soit la part de capital possédée, la loi impose aux dix établissements concernés de modifier leur statut d'ici à juillet pour accorder des droits de vote en fonction de la part détenue dans le capital.
Ces changements peuvent favoriser des prises de contrôle par d'autres groupes, ce qui conduit les banques italiennes à vouloir mettre en œuvre des fusions dites défensives.
(Source : AFP)


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