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Liban

Ali el-Amine : « La plupart des chiites ne soutiennent pas le Hezbollah, mais ils n’ont pas les moyens de s’exprimer »

Initiative
11/01/2016

Plusieurs activistes et intellectuels libanais chiites opposés au Hezbollah ont publié hier la « déclaration de Madaya », un texte dans lequel ils affichent leur soutien à la population de cette ville syrienne assiégée depuis des mois par le régime de Damas, et refusent la responsabilisation de la communauté chiite libanaise face à ce drame humain. Cette déclaration intervient suite aux discours moqueurs affichés par certains internautes sur les réseaux sociaux, plusieurs personnes ayant posté dernièrement des messages et photos tournant en dérision les personnes souffrant de la famine à Madaya.

L'analyste et journaliste politique libanais Ali el-Amine, connu pour ses prises de position contre le Hezbollah, fait partie des personnes qui ont lancé en ligne la « déclaration de Madaya » aux côtés, entre autres, des journalistes Malek Kamel Mroué et Moustapha Hani Fahs. Le groupe a même créé une page Facebook que les internautes sont invités à aimer en signe de solidarité. Les « like » récoltés par la page sont considérés comme autant de signatures au bas de cette déclaration dont « le but est de manifester la solidarité avec Madaya et dire que la guerre ne justifie pas un tel siège », selon M. Amine. « Il y a des lois internationales pour protéger les citoyens et empêcher que ce genre de sièges ne fasse fi des valeurs humaines », poursuit-il.
Concernant les commentaires déplacés sur les réseaux sociaux, M. Amine indique qu'« il est inadmissible de se moquer de la souffrance des autres ». « Il faudrait qu'on s'élève contre ces discours de haine, surtout dans les milieux chiites. La communauté chiite n'est pas responsable de ces agissements irresponsables et sadiques sur les réseaux sociaux », dit-il. « Rester silencieux face à cette campagne équivaut à l'approuver », indique M. Amine qui demande une « condamnation politique » de ces commentaires moqueurs. « Les chiites du Sud qui ont connu le siège israélien comprennent très bien l'horreur d'une telle situation », ajoute-t-il.

L'implication du Hezbollah en Syrie

Pour Ali el-Amine, il va sans dire que « la communauté chiite paie le prix de l'implication du Hezbollah en Syrie puisque, tout d'abord, elle perd beaucoup de personnes tuées au combat ». « Mais il est clair aujourd'hui que le conflit syrien a dépassé la Résistance, et que la Syrie est le théâtre d'un conflit régional et international où Damas, le Hezbollah et la Russie sont alliés. Sans oublier que la Russie entretient également une relation organique avec Israël », dit-il. « Tous ceux qui interviennent en Syrie sous prétexte de défendre la Résistance ont reçu une grande gifle », estime l'analyste.

M. Amine évoque par ailleurs les sentiments ambivalents des chiites libanais par rapport à l'engagement du Hezbollah en Syrie. « La communauté chiite libanaise a le sentiment d'être prisonnière de la politique du Hezbollah. D'un côté, elle le voudrait bien, mais ne peut afficher son désaccord avec son implication en Syrie, et, de l'autre, elle a peur que son retrait n'ait des répercussions graves sur la présence des chiites au Liban », explique-t-il.

La solution ? « Une prise de décision stratégique de la part du Hezbollah qui consiste à revenir au Liban afin d'amoindrir les pertes », selon M. Amine. « Le Hezbollah pourra à ce moment-là contribuer à protéger les frontières libanaises, et ce dans le cadre de la souveraineté de l'État », poursuit-il.

Face à cette situation, une partie des chiites libanais gardent le silence, mais « le silence est au final une façon de s'exprimer, selon M. Amine. Chacun s'exprime comme il peut ». Il dénonce par ailleurs la difficulté pour les chiites à afficher leur opposition au Hezbollah sans subir de lourdes conséquences. « Le pouvoir du Hezbollah n'est pas comme celui des autres partis dans les autres communautés. Ceux qui s'insurgent contre les partis politiques dans les autres communautés bénéficient de plus de liberté et ne subissent pas des dommages de l'ampleur de ceux que subissent les chiites qui critiquent le Hezbollah », précise M. Amine. « La plupart des chiites ne soutiennent pas le Hezbollah, mais ils n'ont pas les moyens de s'exprimer », conclut-il.


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Remy Martin

Une fois pour toutes lancons-leur le mot de Cambronne et ... advienne que pourra. Aux grands maux, les grands remedes.

Irene Said

Donc, en clair, ce soi-disant "parti de DIEU" est en fait une véritable dictature qui exerce son pouvoir sur une grande partie de sa propre communauté, mais aussi envers beaucoup d'autres citoyens libanais !
Tout en continuant de faire partie du gouvernement et en y bloquant continuellement tous projets qui ne lui conviennent pas...ou ne sont pas conformes aux dictats de Téheran.
Combien de temps allons-nous encore accepter cela ?
Irène Saïd

Amère Ri(s)que et péril.

Cette communauté peut être fier d'avoir en son sein des "opposants" à la résistance du hezb et qui peuvent s'exprimer ouvertement .

Je ne vise personne , mais où peut on avoir de tels avantages chez les autres ? régionales et locales ?

Ma crainte à présent serait que des salfistowahabites ne s'en prennent à ces intellos chiites , comme les bensaouds ont fait du cheikh Nimr , lui aussi opposant à Bashar et aux barbares salafowahabites ..!

Dieu les protège !

Halim Abou Chacra

En d'autres termes, M Ali el-Amine dit que le Hezbollah est un parti fasciste qui impose par la force des armes ses vues et sa stratégie iraniennes à la communauté chiite -et à tous les Libanais. C'est une grande calamité pour le Liban.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES PAROLES NE SERVENT A RIEN... MONTREZ VOS REFUS DANS LA PRATIQUE !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Courageux ! Chapeau !
Et, clairvoyant : M. Amine évoque "les sentiments ambivalents des chiites par rapport à l'engagement de ce héZébbb en Syrie. La communauté chiite est prisonnière de la politique de ce héZébbb. D'un côté, elle le voudrait bien, mais ne peut afficher son désaccord avec son implication en Syrie, et, de l'autre, elle a peur que son retrait n'ait des répercussions graves sur la présence de ces chiites au Liban." !
Bien vu.

Gebran Eid

ON COMPREND LA POSITION ACTUELLE DES CHIITES. ON ATTEND LA GOUTE QUI FAIT DÉBORDER LE VASE. ESPÉRANT QUE L'ATTENTE NE SOIT PAS TRÈS LONGUE.

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