Une manifestation de soutien à Madaya, assiégée par le régime, a eu lieu hier à Alep. Karam al-Masri/AFP
Les jihadistes d'el-Qaëda en Syrie (al-Nosra) ont brièvement retenu hier deux militants antirégime très connus qui animent une radio dans la province d'Idleb, ont indiqué à l'AFP des responsables de l'opposition. Les militants Hadi el-Abdallah et Raëd Fares ont été arrêtés tôt hier matin et libérés environ 12 heures plus tard, selon un communiqué publié sur Facebook par Fresh FM, la radio pour laquelle ils travaillent.
« Les militants Hadi el-Abdallah et Raëd Fares ont été kidnappés à 06h55 par le Front al-Nosra, dans les locaux de Fresh FM » à Kfar Nebel, a indiqué Soner Taleb, en charge des médias à la Coalition nationale syrienne, principale formation de l'opposition en exil. L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a affirmé que le Front al-Nosra avait relâché les deux militants après « les avoir interrogés ».
Selon Fresh FM, les jihadistes ont envahi les locaux de la radio, et confisqué le matériel technique et les générateurs. « Ils ont rassemblé tous les drapeaux de la révolution et les ont brûlés devant l'équipe », puis ont emmené les deux responsables, très connus dans le pays depuis le début du conflit en mars 2011. Le Front al-Nosra reproche à la radio « son penchant laïque et favorable aux apostats ». La radio diffuse localement des programmes politiques et de variétés, ce qui ne plaît pas aux jihadistes, a dit M. Taleb.
Le directeur Raëd Fares a déjà été arrêté maintes fois par le Front al-Nosra. « Il est le fondateur de Fresh FM. Il n'a jamais porté d'arme (...) et aspire à un monde meilleur », a confié à l'AFP le militant Ibrahim el-Idlibi.
Pour sa part, Hadi el-Abdallah, connu depuis le début de la révolte en mars 2011, a été l'un des journalistes à avoir interviewé le chef du Front al-Nosra Abou Mohammad el-Joulani, le 12 décembre. « Par ses liens avec el-Nosra, Hadi el-Abdallah avait réussi dans le passé a libérer son ami, mais cette fois, les jihadistes ont arrêté les deux, et ont détruit et confisqué le matériel de la radio », a dit Soner Taleb.
La ville de Kfar Nebel est contrôlée par les rebelles de l'« Armée de la conquête » qui regroupe les groupes islamistes et al-Nosra. Elle s'est fait connaître pour les slogans humoristiques en arabe et en anglais particulièrement créatifs que ses militants inventaient lors des manifestations antirégime.
81 morts dans des raids russes
Ailleurs dans la province d'Idleb, contrôlée en grande partie par les rebelles et les jihadistes, l'aviation russe a mené samedi des raids contre un bâtiment servant de prison au Front al-Nosra dans la localité de Maarret el-Noomane. Le bilan « est monté à 81 morts, dont 52 civils et détenus », a précisé l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Vingt-trois combattants d'al-Nosra et six rebelles ont aussi péri dans les frappes, a ajouté l'ONG. Le centre de détention est situé près d'un marché populaire. La Russie est intervenue fin septembre dans le conflit pour venir en aide aux troupes du régime face aux rebelles et aux jihadistes. Fin décembre, l'OSDH avait affirmé que les frappes russes avaient fait en trois mois 2 371 morts, dont près d'un tiers de civils.
Réunion de l'Onu
Par ailleurs, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), une aide humanitaire doit en principe être acheminée aujourd'hui aux quelque 60 000 habitants au bord de la famine des villes assiégées de Madaya, dans la province de Damas, de Foua et de Kfarya, dans la province d'Idleb. « Nous travaillons dur pour que (l'aide soit acheminée) lundi (aujourd'hui) », a dit le porte-parole du CICR à Damas.
L'Onu et le CICR doivent faire parvenir de l'aide aux 42 000 habitants de Madaya où, selon Médecins sans frontières, 23 personnes sont mortes de faim depuis le 1er décembre. Dans le même temps, les 20 000 habitants des localités chiites de Foua et Kfarya, dans la province d'Idleb, encerclées par les rebelles, doivent eux aussi recevoir une aide.
Enfin, aujourd'hui, le Conseil de sécurité de l'Onu doit évoquer à huis clos la situation dans ces trois villes. Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'Onu (OCHA), « l'Onu a reçu des rapports crédibles sur des personnes qui meurent de faim et ont été tuées en essayant de quitter la ville ».
(Source : AFP)


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