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Culture

L’underground sans frontières de Paed Conca et Sarigama

Scène musicale

À l'occasion du lancement de leur CD « The Overseas Ensemble », les musiciens suisse, Paed Conca, et sri lankais du groupe Sarigama donneront une performance ce dimanche 10 janvier, à 21h30, à Radio Beirut*.

09/01/2016

Ils ont beau être suisse ou sri lankais, c'est au Liban qu'ils résident. Et c'est sur la scène underground beyrouthine que Paed Conca et le groupe Sarigama se produisent. Leur rencontre s'est faite à l'initiative d'une autre expatriée, Ilaria Lupo. Cette artiste visuelle italienne mène depuis six ans un projet au long cours sur l'interdisciplinarité des pratiques underground au Liban. Et c'est dans le cadre de ses recherches sur les « musiques invisibles dans l'espace public libanais » qu'elle tombe, par hasard, sur le groupe Sarigama.

Baila pop-créole
« Il s'agit de quatre travailleurs sri lankais qui se sont aménagé un studio dans une arrière-boutique asiatique à Jounieh. Manutentionnaires ou techniciens de surface le jour, ces musiciens amateurs s'adonnent, durant leur temps libre, à leur passion de la musique créole baila, très populaire au Sri Lanka », indique-t-elle. Héritée des colonisateurs portugais et de leurs esclaves noirs, cette musique aux influences mêlées portugaises et africaines s'est progressivement métissée de sonorités indiennes puis modernisée en se teintant de pop occidentale. « Quoique devenu une musique du monde très largement répandue grâce à la diaspora sri lankaise, le baila n'est pas du tout connu des Libanais », soutient Ilaria. Ma rencontre avec Pradeep (batteur et leader du groupe), Kasun (également batteur), Thilina (claviériste) et Chama (bassiste) m'a amenée à m'interroger sur les moyens d'apporter plus de "visibilité" à leur musique. D'où la proposition de collaboration que j'ai faite à Paed Conca. »

Déconstruction et mélanges contemporains
Bassiste-clarinettiste, compositeur et improvisateur helvète, Paed Conca partage son temps entre son pays et le Liban. « Sherif Sehnaoui, avec qui je me produisais occasionnellement à Paris, m'a invité en 2005 à participer au festival Irtijal. J'y ai rencontré des musiciens très intéressants avec qui je collabore, depuis, assidûment. Je fais du rock avec Serge Yared et Fadi Tabbal de "The Incompetents". Et de la musique expérimentale avec Raed Yassine avec qui j'ai fondé "Praed". On y explore les effets hypnotiques communs aux musiques rituelles traditionnelles et "chaabi" nord-africain, et leurs connexions avec le free jazz, la musique concrète et le rock psychédélique. Ensemble, nous avons enregistré 4 CD et effectué des tournées du Caire à Tokyo, en passant par St-Pétersbourg, Lausanne... Et, enfin, j'ai fondé un trio de clarinette contemporaine », indique Paed Conca en guise de présentation.

Participer à la création libanaise
« Lorsque Iliria m'a parlé de son projet avec le groupe Sarigama, j'ai demandé à voir, poursuit-il. J'ai été assister à l'une de leurs répétitions et j'y ai découvert, avec étonnement, des éléments proches du raï et une certaine connexion avec le chaabi nord-africain qui m'attire tant. Ensemble, nous avons alors décidé de faire une fusion des genres. Et j'ai ainsi procédé à la déconstruction et au réarrangement des pièces qu'ils jouent, auxquelles j'ai introduit la clarinette et des effets hypnotiques », raconte Paed Conca. « De là est né "The Overseas Ensemble", 5 morceaux mixant rythmes et sonorités créoles, pop, chaabi, musiques contemporaine et psychédélique, que nous avons gravés sur CD (produit par Radio Beirut). Musicalement, je pense qu'on a réalisé quelque chose de très spécial », affirme le musicien suisse. « Et humainement, cela a été une très belle expérience enrichissante, qui va dans le sens total d'une musique qui abolit les frontières sociales, malheureusement encore très présentes ici. »
Ce à quoi Ilaria Lupo renchérit en disant espérer que cette expérience puisse paver le chemin à d'autres initiatives similaires. « Qu'elle serve de déclencheur à d'autres projets de collaboration artistique avec des émigrés qui ont le désir et le potentiel de contribuer à la création contemporaine libanaise. »

*Mar Mikhaël, près de l'International. Entrée libre.

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