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Liban

De l’importance d’en finir avec les cimetières des oliviers

Écologie

Depuis plusieurs années, le nombre d'oliviers déracinés à la demande des propriétaires, avant d'être revendus à prix fort comme arbres décoratifs, a explosé. Si l'impact écologique du phénomène paraît relativement restreint, la prudence reste de mise.

30/12/2015

Dans une étude parue en 1970, Gabriel Camps montrait que les premières traces d'oliviers avaient été découvertes au Sahara 11 000 ans avant notre ère. Des vastes vallées du Péloponnèse à celles de l'Andalousie, en passant par la côte des Barbaresques, l'olivier fait partie des richesses historiques des pays méditerranéens. Ces arbres fruitiers sauvages auraient été domestiqués autour du quatrième millénaire avant Jésus-Christ : au Liban, des études archéologiques ont montré qu'à cette période des procédés d'extraction d'huile d'olive existaient déjà. Très tôt, l'appropriation de cet arbre a permis aux hommes peuplant la région de développer un commerce lucratif, particulièrement celui de l'huile d'olive utilisée autant pour l'alimentation que pour l'éclairage et la pratique de soins. Au-delà du simple aspect commercial, l'olivier et son fruit ont un ancrage culturel majeur au sein de ces populations. Cités au moins sept fois dans le Coran, au moins autant dans la Bible et dans les textes sacrés du judaïsme, l'importance des oliviers dans les trois religions monothéistes majeures est indéniable. Par l'exportation de ces religions sur tous les continents, il convient de souligner le poids de cet arbre dans l'histoire mondiale.

Au Liban, cet arbre fruitier a donc une histoire longue de plusieurs millénaires. Hier comme aujourd'hui, le commerce de l'huile d'olive est une source de revenu relativement importante pour tout producteur, même si cette activité agricole n'est plus l'assurance de gros bénéfices comme cela a pu être le cas il y a plusieurs siècles. Outre le commerce issu des olives, un phénomène récent consiste à commercer directement l'arbre. De plus en plus de personnes s'intéressent à l'olivier même en tant qu'arbre décoratif, dans un but purement esthétique. Il est désormais possible de voir des oliviers centenaires, voire millénaires, orner l'entrée de grands immeubles à Beyrouth. À l'instar de certaines populations aisées des pays occidentaux, nombreux sont les Libanais cherchant à replanter des arbres centenaires dans leur jardin pour les embellir. Pour répondre à cette demande, de nombreux oliviers sont importés d'autres pays méditerranéens, mais une grande partie est aussi directement déracinée de régions particulièrement riches en oliveraies, telles que Hasbaya, connue pour abriter des arbres millénaires. Quel est le poids réel de ce commerce ? Quels en sont les impacts environnementaux ?


(Lire aussi : L’huile d’olive libanaise, un produit phare mais encore peu compétitif)

 

Perte catastrophique
Marc Beyrouti, directeur du département des sciences agricoles à l'Université Saint-Esprit de Kaslik (Usek) et spécialiste arboricole, explique le déroulement de ce commerce. Chaque propriétaire terrien désirant bâtir sur un terrain planté d'oliviers fait appel à de grandes pépinières, qui déracinent alors les arbres avant de les stocker dans différents « cimetières à oliviers ». Le but est de les garder en terre en attendant qu'ils soient revendus. À l'inverse, lorsqu'un propriétaire acquiert un terrain vide en montagne, sur lequel il ne souhaite pas bâtir, il est fréquent qu'il choisisse de planter de nouveaux oliviers afin de les exploiter, dit-il. La récolte d'olives constitue pour beaucoup d'agriculteurs une source de revenus d'appoint. Marc Beyrouti et Jean Stephan, expert arboricole pour l'Université libanaise (UL), s'accordent à dire que l'olivier est un arbre particulièrement résistant et qu'il peut être facilement replanté, ce qui facilite sa vente et sa survie. Par conséquent, l'impact sur la biodiversité de ce commerce semble être relativement restreint, à condition que les vieux arbres soient convenablement traités et non livrés à l'abandon.

Pour le Liban, connu pour accueillir les plus vieux oliviers du monde, une perte de ce patrimoine culturel serait catastrophique. Dans cette optique, plusieurs zones riches en oliviers millénaires ont été classées comme réserves protégées par le ministère de l'Environnement. Mais si ces arbres sont déracinés, c'est à cause de leur prix, qui varie entre plusieurs centaines et plusieurs milliers de dollars pour les plus vieux. La crainte des nombreux experts quant à l'explosion de ces ventes serait qu'elle entraîne une déforestation et une exportation à grande échelle. Si l'exportation de vieux oliviers est interdite, il arrive que ceux-ci soient transités par des réseaux informels de marché noir et revendus ensuite à prix d'or. Pour l'instant, le phénomène semble toutefois être particulièrement limité. Mais nombreux sont les experts conseillant la prudence et encouragent les propriétaires d'oliveraies à prendre bien soin de leurs arbres, en rappelant leur importance dans l'histoire locale et internationale, ainsi que leur impact au niveau de la biodiversité.

 

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DUTAILLY Catherine

La protection des oliviers pour indispensable qu'elle soit ne doit pas faire oublier la catastrophe écologique qu'est le transfert des poubelles libanaises dans des pays d'Afrique en voie de développement où elles viendront polluer ces terres.

Bustros Mitri

Les oliviers, ces monuments végétaux, entrent à leur tour dans le cycle du produit, de la consommation, du jetable. De même que la crinière des fauves porte une autre majesté sur fonds de savane, ces témoins de l' histoire, loin de leur terre, restent plus grands que toutes les cours bétonnées, qu'ils doivent orner de leurs bois.

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