Mi-décembre, le cœur s'emballe pour mille raisons et d'abord à cause de cette connivence des fêtes qui plonge tout le monde, bon gré, mal gré, dans la même ambiance régressive. Oh, les sapins qui clignotent ! Oh, surtout, les souvenirs d'enfance qui vous rattrapent. Il suffit d'un grelot, d'une clochette, pour que reviennent avec violence les Noëls oubliées. Des Noëls de guerre, piégés dans quelque coin de montagne, sous la neige, sans chauffage, mais tout transportés de joie rustique, tout emmaillotés d'un merveilleux sentiment de sécurité. Aux vitres se collaient de vraies étoiles de neige. Les sapins alentour, poudrés par la dernière tempête, ne faisaient pas semblant. On allumait des bougies, on buvait du vin chaud, on faisait griller des choses, des patates. On se faisait beau pour marquer le moment. La naissance de l'enfant. Ces soirs-là, nous étions des temples sur pattes, des crèches vivantes, et à ce titre empreints d'une dignité qui abaissait nos voix, faisait briller nos yeux. D'avoir connu cela vous empêche d'adhérer à la mécanique urbaine de la fête.
Parmi les moments marquants de ce mois de décembre, l'arrivée émouvante des réfugiés syriens au Canada. « Bienvenue dans votre nouvelle patrie », disaient les banderoles. Je me souviens, durant notre guerre, des brochures qui s'accumulaient sur le guéridon de l'entrée. Canada, France, Amérique, Australie, Nouvelle-Zélande, quelle serait notre « nouvelle patrie »? Où continuer sans se retourner, ne laissant derrière soi que l'incertitude d'avoir vécu ? Il ne s'était trouvé personne, en ce temps-là, pour nous souhaiter la bienvenue. Sans rancune. Nos migrations semblaient naturelles, le sont toujours. Aujourd'hui encore, à peine nos enfants ont-ils quelques plumes, nous les envoyons « mettre un pied dehors » dans quelque pays-bis.
Dans la débauche de musique et de lumières qui ajoute du chaos au chaos, voici qu'ils reviennent. Et nous revoilà crèches vivantes, à la fois ânes, bœufs, bergers et Rois mages. Des parents libanais.
Le jeu des hirondelles
OLJ / Par Fifi ABOU DIB, le 17 décembre 2015 à 00h00


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Merci pour cet article cible,vrai,emouvant.....
11 h 11, le 17 décembre 2015