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Nos Lecteurs ont la Parole

Tuer au nom de Dieu au XXIe siècle

Cheikh Dr Mohamed NOKKARI
OLJ
16/12/2015

En interrogeant l'histoire moderne de la fin du XXe siècle sur la place de Dieu en politique, on constate que juifs, chrétiens et musulmans sont de grands maitres dans l'art de l'utilisation de Dieu dans la politique. Depuis la révolution islamique en Iran de 1979, la liste des chefs d'État qui se réfèrent à Dieu, en parlant politique, s'allonge. De cette liste surgissent le nom de Richard Nixon et sa rencontre circonstancielle avec Dieu par l'intermédiaire du fameux « télévangéliste » Billy Graham. Dans le même ordre d'idée s'inscrit aussi la vision messianique du monde et de l'avenir eschatologique d'un George Bush. Sans passer sous silence le discours de la plupart des dirigeants arabes et israéliens faisant appel – chacun de son côté – à Dieu, à plusieurs reprises, contre un « ennemi maléfique »
Plus grave encore est l'invocation directe de « Dieu » dans les conflits actuels. La déclaration de George Bush lors des attentats de 2001 (« Cette croisade, cette guerre contre le terrorisme, va durer un certain temps ») illustre bien cette tendance. Allant plus loin encore, quelques dirigeants israéliens appuyés par des rabbins extrémistes parlent d'une guerre imminente contre les Arabes, s'inspirant d'une interprétation déformée des extraits du Talmud en vue de provoquer la venue de leur Messie. Ils soutiennent une thèse dont les points essentiels peuvent être tirés d'un article écrit par Ron Chaya le 5 janvier 2009 à Sukkat David intitulé : « Vu par la Torah : le conflit final » :
« ... aucun de ces grands d'Israël ne dit ces choses (cette guerre imminente) de façon publique et explicite. Nous n'avons droit qu'à des rumeurs qui circulent, dont l'origine provient de personnes à qui ces grands d'Israël auraient dit ces choses en privé. Néanmoins, D. (Dieu) nous a donné la raison, celle-ci nous permet d'analyser et de tirer des conclusions. »
Parmi les signes les plus clairs de l'approche de l'époque messianique figurent :
– la montée mondiale de l'islam fondamentaliste apparaît de façon très claire dans les textes de Hazal comme s'inscrivant dans le « programme » des événements prémessianiques : Yalkhout Chimoni (recueil de midrachim datant de plus d'un millénaire) parachat Lekh Lékha 14 : « Le Messie "grandit" sur Ichmaël (Ismaël signifie ici les Arabes). » C'est-à-dire qu'Ichmaël est le « véhicule » qui, malgré lui, prépare et hâte la venue du Messie. Le Baal Ha Tourim (XIVe siècle) fin Parachat Hayé Sarah : « Quand Ichmaël tombera à la fin des temps, alors viendra le Messie. »
– Rabbi Haïm Vital (élève du Arizal, auteur des plus importants livres de la cabale, au XVIe siècle), dans son livre Daatha-etstov, chap. 124 : « ...après les 4 royautés qui ont opprimé le peuple d'Israël (Babylone, Perse, Grèce, Rome et, par extension, l'Occident), viendra une cinquième royauté avant la venue du Messie : Ichmaël. » Le plus vieux midrach, Pirké, de Rabbi Eliezer (Ier siècle), chap. 32, affirme : « Pourquoi est-il appelé Ichmaël (nom qui signifie "D. écoutera") ? Car, à la fin des temps, D. écoutera la voix de la plainte du peuple d'Israël due aux souffrances que leur feront endurer les enfants d'Ichmaël. C'est pour cela qu'il fut nommé Ichmaël, pour nous informer que "Yichmaël vé-yaanem", que D. écoutera et nous répondra (tehilim 55). »
« – le conflit qui est censé éclater à Hanoukka est censé nous amener à une généralisation du conflit dans le monde entier. Dans le traité Yoma, page 10a, il est écrit qu'il y aura une guerre entre la Perse et l'Occident. Aujourd'hui, rien ne semble plus probable.
Le commentaire du Malbim (sur le verset 45 du chap. 2 de Daniel) explique aussi qu'avant que Machia'h se dévoile, l'Occident attaquera d'une part l'Irak et d'autre part l'Iran. Il semblerait que nous soyons vraiment au centre de ces événements.
Il poursuit : « Que devons-nous tirer de l'étude de tout cela ? », « Israël ne peut être sauvé que par la téchouva. » Comme susmentionné, le but pour lequel D. a créé Ichmaël est que nous criions vers Lui.
Alors commençons à crier !
Et écoutons les paroles rassurantes qu'Il nous communique par l'entremise du midrach : « Mes enfants, pourquoi avez-vous peur ? Tout ce que J'ai fait, Je ne l'ai fait que pour vous. N'ayez pas peur, le temps de votre "guéoula" est arrivé. »
Côté musulmans, il existe un discours semblable qui prévoit le retour de l'imam al-mahdi et de Jésus-Christ, précédé par des guerres régionales et globales, mais qui jouera en leur faveur et anéantira leur adversaire, les fils d'Isaac. Mais ce qu'il y a de nouveau et d'inattendu est l'apparition des groupes musulmans extrémistes qui, au lieu de déclencher une guerre contre les « fils d'Isaac », s'engageront dans des guerres fratricides d'une rare violence. Leur doctrine rappelle étrangement les deux sectes extrémistes apparues dans l'islam primitif et médiéval, à savoir les kharijites et les assassins.

1. Les kharijites
Les kharijites, première secte de l'islam, passent pour être les inventeurs de l'excommunication dans le monde musulman. Ils ont formé leur idéologie sous la bannière « Nulle autorité en dehors de Dieu » (« La houkma illa lillah ») pour ainsi affirmer leur opposition la plus farouche à toute pensée déviante en dehors de celles acceptées par Dieu. Sortis du rang de l'armée de l'imam Ali vers l'an 658 (d'où leur nom désigne « les sortants ») parce qu'ils lui reprochent d'avoir accepté un arbitrage à l'issue de la bataille de Siffin, alors que pour eux, c'est Dieu Lui-Même qui avait choisi Ali pour être calife des musulmans. Cette opposition devient très vite sanglante, et les kharijites passent à l'acte et assassinent l'imam Ali.
Adversaires acharnés des sunnites et des chiites, leur souvenir reste marqué par leur fanatisme redoutable, qui s'est manifesté notamment par des proclamations extrémistes et des actions terroristes. Ils considèrent que tous ceux qui ne partagent pas leurs conceptions et ceux qui commettent des péchés majeurs du point de vue religieux sont des mécréants. Dès lors, ils doivent être tués et dépossédés de leurs biens. Ils commettront à travers l'histoire des meurtres innombrables de musulmans au nom de Dieu, n'épargnant même pas les femmes, les vieillards et les enfants.
Ce qui nous laisse perplexes à leur sujet, c'est le fait que ces kharijites, tout en étant les terroristes de la première ère de l'islam, sont les pratiquants les plus fervents de la religion. Dans un recueil des paroles du prophète Mohammad, il est dit : « Une faction sortira de ma communauté. Ils liront beaucoup le Coran au point que votre lecture comparée à la leur ne sera rien. Ils feront tellement la prière que, comparée à la leur, votre prière ne sera rien, et il en est de même de votre jeûne comparé au leur. Ils liront le Coran pensant qu'il plaide en leur faveur, alors que c'est un argument contre eux. Leurs prières ne dépassent guère leur gosier. Ils sortiront de la religion comme sort la flèche qui pénètre une proie. » Dans d'autres occasions, on conseille à celui qui les rencontre de ne pas passer comme étant musulman, mais plutôt comme un païen ou non-musulman désirant connaître leur dogmes, et c'est ainsi qu'il épargnera sa vie.
Avec l'apparition des groupes al-Qaëda, Boko Haram et Daech, des tendances analogues à celles du kharijisme se développent chez quelques musulmans extrémistes ces derniers temps. Ils s'estiment investis du pouvoir divin pour contraindre les gens à embrasser l'islam, mais en même temps, ils excommunient les musulmans ne partageant pas leurs idées. Dans plusieurs de ses discours, l'ancien mufti d'Égypte, Ali Jomaa, a fait allusion aux dires de l'imam Ali (AS) sur les particularités du groupe terroriste Daech qu'il assimile aux kharijites. L'ancien mufti d'Egype a cité les paroles de l'imam Ali ben Abi Taleb lorsqu'il a dit : « Si vous apercevez les étendards noirs, alors ne bougez point, ne bougez point vos mains ni vos pieds, ensuite apparaîtront des groupes (jeunes) auxquels on n'accordait aucune importance, leur cœur est comme de l'acier trempé (ce sont les gens du groupe État islamique). Ils ne respectent ni pacte ni engagement ; ils appellent à la vérité alors qu'ils n'en font pas partie. Leurs noms, leurs surnoms et leurs appartenances sont des noms de villes (comme al-Baghdadi, al-Basri, al-Masri, al-Libye, al-Zarqaoui), leurs cheveux sont longs comme les femmes jusqu'à ce qu'ils divergent entre eux. Leur instruction religieuse est tirée de livres qui ne font d'aucune manière autorité. Ils tuent à tour de bras au nom de Dieu et n'ont aucune connaissance sérieuse de la religion. »

2. Les assassins
Il s'agit d'un groupe issu du chiisme, plus particulièrement ismaélite. Actifs au Moyen Âge, ses adeptes étaient implantés en Irak et en Syrie, et plus particulièrement en Iran. Ils firent, par leurs terreurs extrêmement impitoyables, trembler croisés et Mongols pendant trois siècles. Le dogme de ce mouvement ismaélite, encore appelé nizârite, était marqué par des tiraillements entre plusieurs pôles contradictoires : entre le respect dû au texte coranique dans son sens apparent, et la volonté d'en trouver le sens caché ; entre la nécessité de rester dans l'ombre, et la tentation d'apparaître publiquement ; entre l'obéissance au Prophète de l'islam et de son œuvre juridique, et la soumission à l'autorité d'un souverain reconnu en tant que leur imam infaillible, investi d'une mission par Dieu même.
Une véritable légende noire naquit à leur sujet. Leur détermination à exécuter les ordres de l'imam indique qu'ils sont des « kamikazes » avant l'heure, ne reculant devant rien, préférant mourir plutôt que d'échouer. Ils utilisaient des couteaux d'or empoisonnés avec lesquels ils frappaient ceux qu'on leur ordonnait de tuer : de nombreux califes abbassides périrent de leurs mains ; des sultans, des officiers, des généraux musulmans ont été assassinés par eux. Le roi de Jérusalem, Conrad de Montferrat, tomba aussi sous leurs coups.
Ce qu'il importe de savoir, c'est la méthodologie d'endoctrinement utilisée pour recruter leurs partisans. Selon des légendes racontées par Arnold de Lübeck et Marco Polo, leur chef, appelé Vieux de la montagne, droguait ses adeptes avec du haschisch et les plaçait dans un jardin paradisiaque creusé dans la montagne. Après une nuit de luxe et de luxure, les jeunes recrutés se réveillaient dans leurs cellules où on les informait que ce paradis serait pour eux pour l'éternité s'ils périssaient en tentant d'éliminer une cible.
Que ce soit une légende ou une réalité, cette méthode d'endoctrinement va servir aux groupes extrémistes lors de la décapitation des otages avec un sang-froid étonnant ainsi que lorsque qu'ils se transforment volontairement en bombe humaine. Pour expliquer ces actes, certains privilégient la piste de l'utilisation d'une amphétamine, le captagon. Un article de Paris Match qui cite une enquête de Reuters vient confirmer cette pratique. Les militants de ces groupes sont massivement drogués au captagon qui leur fait oublier la douleur et qui conduit également à oublier les autres. C'est « comme si les gens n'existaient pas », confie un jeune militant de 19 ans. Tout récemment, le jeune Libanais engagé avec ces groupes terroristes Bilal Mikati a confié au juge d'instruction militaire qu'il a égorgé le soldat de l'armée libanaise Ali Sayyed sous l'effet du captagon. Vient renforcer cette hypothèse leur action étonnante quand ils se transforment en kamikazes se jetant sur des innocents pour être tués et vite accueillis dans le jardin paradisiaque céleste.

Et les wahhabites ?
À côté des deux groupes historiques « kharijites » et « assassins », certains citent une troisième tendance plus contemporaine, née à la fin du XVIIIe siècle dans la péninsule Arabique, le « wahhabisme ».
Cette doctrine va inspirer des nombreux mouvements islamistes radicaux, poussant parallèlement d'autres mouvements islamistes à une radicalisation dogmatique militante aussi bien en Afrique, qu'en Asie ou en Europe. À la base du wahhabisme, se trouve Mohammad ben Abdel-Whahhab, un théologien qui s'est dit sunnite et s'était fixé en 1739 en Arabie, où il s'est fait connaître par une prédication marquée par le puritanisme, le radicalisme et une interprétation littérale poussée à l'extrême du Coran.
Les bases de sa doctrine sont centrées sur le rejet des pratiques spirituelles soufies, et les dogmes des sunnites professées par les maturides hanafites et les acharites chaféites, accusés d'être des mécréants. Il s'oppose vigoureusement à tout compromis avec la modernité et les idées nouvelles, qu'il désigne sous l'appellation d'« innovation blâmable ou égarée ». Son hostilité à toute idée d'intercession avec Dieu lui donne le goût de détruire tous les mausolées et lieux de prière dédiés aux prophètes historiques et aux saints musulmans, n'épargnant même pas la demeure du prophète Mohammad. À son exemple, les mouvements assimilés à Daech détruisent systématiquement tous les monuments historiques, les mausolées, les églises et les mosquées dédiés aux saints qu'ils rencontrent dans les territoires soumis à leur autorité.
Historiquement, les rébellions du mouvement wahhabite contre les Ottomans, après leur alliance avec les Saoud d'Arabie, les conduisent à mettre à sac en 1801 Kerbala, la ville sainte du chiisme. Deux ans plus tard, ils s'emparent de La Mecque, de Taëf et de Médine. Dans leurs combats qui ont fait un nombre incalculable de tués arabes et turcs, ils mettaient l'accent sur le fait que leurs adversaires n'étaient qu'associateurs mécréants, et ils ne cherchaient qu'à faire triompher la religion authentique.
La question qui se pose à l'heure actuelle est la suivante : pourquoi, depuis la chute de l'Empire soviétique, on ne parle plus de « guerre froide » mais de « choc des civilisations » ? La fin des deux blocs, monde démocratique et libre, et monde totalitaire communiste, n'a pas donné naissance à un monde unifié, mais à une nouvelle rupture basée sur des concepts religieux où les guerres sont menées au nom du Dieu. Qui a ressuscité les anciennes sectes islamiques extrémistes pour justifier ensuite une ingérence de plus en plus ressentie dans les pays du Moyen-Orient ?
En réalité, au lieu de parler des guerres de religion, il vaut mieux parler des guerres politiques, économiques et géostratégiques. Nous devons savoir que, derrière le discours religieux fanatique, se cache un véritable combat pour la domination du monde. Pointons du doigt les grands manipulateurs du monde qui, pour défendre leurs intérêts politiques, économiques et géostratégiques, n'hésitent pas à faire, avec une habileté extrême, de Dieu, clément et miséricordieux, un Dieu destructeur, oppresseur et vengeur.


Cheikh
Dr Mohamed NOKKARI
Juge au tribunal chérié sunnite et enseignant à l'Université St-Joseph

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LORSQU'ON TUE... DE QUELLE MANIÈRE QUE CE SOIT... EXEMPLE LES DAESCHS DE TOUS BORDS... ON NE CROIT PAS EN DIEU ! ON BLASPHÈME SON NOM !!!

Halim Abou Chacra

La seule chose pérenne sur cette planète et qui se perpétue avec toutes les générations c'est la sottise humaine.

M.V.

Symboliquement,depuis la nuit des temps ...les hommes ont inventé leurs dieux ...! puis en fonction de leurs évolution culturelle et sociale ,il ont inventé aussi leurs religions leurs préceptes ... pour au final, tenter de mieux dominer les autres ...par ailleurs schématiquement , le socialisme et ses dérivés , ne sont qu'un plagiat approximatif ..., s'inspirant des religions avec un/des dieux en moins ...ce "vide spirituel " étant "compensé" par l'idéologie (le dogme)et le mode d'emploi la dictature d'état...à la réflexion les érudits et les sages de la Grèce antique , avaient déjà appréhendé ces réalités de l'histoire des hommes ...mais furent rarement écouté...!

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Au lieu de parler de guerres de religion, il vaut mieux parler de guerres géostratégiques et économiques. Faut savoir que, derrière le discours religieux, se cache un véritable combat pour la domination de l'autre. Faut pointer du doigt les grands capitalistes impérialistes qui, pour défendre leurs intérêts économiques et géostratégiques, n'hésitent pas à faire ; avec une simplicité extrême proche de la niaiserie, faut le dire ; de ce dieu destructeur, oppresseur et vengeur crée par l’homme, un dieu soit disant clément et miséricordieux." !

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