Après le massacre de mardi à San Bernardino, en Californie, le président américain Barack Obama a réuni hier son Conseil de sécurité nationale à la Maison-Blanche. Jim Watson/AFP
Les autorités américaines s'escrimaient hier à cerner les motivations d'un couple qui a tué la veille 14 personnes en Californie, dans une fusillade très atypique ressemblant à la fois à un accès de rage contre des collègues de travail et à une attaque terroriste.
Pourquoi donc Syed Farook et sa femme Tashfeen Malik (âgés respectivement de 28 et 27 ans) ont-ils fait irruption, avec tout l'attirail d'un commando (fusils d'assaut et armes de poing semi automatiques), dans un bâtiment des services sociaux de San Bernardino où se déroulait une fête de fin d'année ? Les deux époux, masqués et lourdement armés donc, ont ouvert le feu sur les collègues de Farook, faisant également 17 blessés. La pire tuerie aux États-Unis depuis trois ans. L'homme et la femme, parents d'un bébé, ont été tués plus tard par les policiers à bord du véhicule 4x4 utilisé dans leur fuite.
La fusillade pourrait avoir « plusieurs motifs », ce qui rend l'enquête encore plus délicate, a estimé le président Barack Obama en présence de son Conseil de sécurité nationale, réuni hier à la Maison-Blanche. « Nous savons que les deux individus qui ont été tués étaient équipés d'armes et disposaient, semble-t-il, d'autres armes à leur domicile », a-t-il souligné. « Il est possible que ce soit lié au terrorisme, mais nous ne savons pas. Il est aussi possible que ce soit lié au lieu de travail », a-t-il poursuivi, précisant que le FBI était en charge de l'enquête. En outre, M. Obama a ordonné la mise en berne des drapeaux américains sur tous les bâtiments officiels des États-Unis « en marque de respect » pour les victimes.
« Il serait irresponsable à ce stade de parler de terrorisme », mais « il semble qu'ils menaient une mission » dont l'objectif reste à déterminer, a pour sa part commenté David Bowdich, un responsable du FBI. La police fédérale a indiqué par ailleurs avoir découvert 12 engins explosifs artisanaux au domicile du couple, ainsi que plus de 6 500 cartouches de fusils d'assaut et d'armes de poing. Trois autres engins explosifs artisanaux reliés entre eux et actionnables à distance ont aussi été retrouvés dans le bâtiment visé par les tueurs.
« Pourquoi ? Je suis choqué »
Ces derniers semblaient pourtant vivre le « rêve américain », selon un beau-frère du jeune homme. Farook, de nationalité américaine, travaillait comme expert sanitaire pour les services de santé de San Bernardino. Mardi, il était donc réuni avec ses collègues pour le déjeuner festif durant lequel une dispute a éclaté, à la suite de laquelle il aurait quitté les lieux pour revenir plus tard avec son épouse perpétrer le massacre. Mais l'hypothèse du simple « coup de sang » ponctuel cadre mal avec l'attaque groupée, visiblement planifiée et organisée. La police a qualifié ses auteurs de « déterminés ».
Les enquêteurs concentrent donc leurs efforts sur les personnalités du couple. Les investigations ciblent aussi les circonstances de l'attaque, avec au moins deux théâtres criminels confiés à la police scientifique. « Sous un certain angle, il s'agit d'un employé frustré, qui s'est rendu à une fête et a pété les plombs, commente Shawn Henry, un ancien responsable du FBI. Sous un autre angle, on est frappé par des signes faisant penser à du terrorisme. » Et d'expliquer : « Quand on s'interroge pour savoir s'il s'agit ou non de terrorisme, il faut analyser le mode opératoire. Ici, ils avaient des fusils d'assaut, ils avaient des gilets pare-balle, ils avaient des engins explosifs. Ce sont des éléments symptomatiques. »
Syed Farook était un fervent musulman, selon son père, la famille étant originaire du Pakistan. Sa femme, musulmane également, était née au Pakistan et a vécu en Arabie saoudite, où elle aurait été présentée à Farook. « La famille semblait pratiquer une religion modérée, c'est-à-dire de façon sérieuse mais sans montrer de signes de fanatisme, d'extrémisme, d'après ce que je peux dire en ayant rencontré un de ses membres », a déclaré Hussam Ayloush, un responsable du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR) de Los Angeles.
Alors qu'aucun lien n'a été établi par les autorités avec une quelconque idéologie ou religion, la communauté musulmane de Californie a en tout cas fermement condamné la fusillade. « Pourquoi a-t-il fait une chose pareille ? Je n'en ai aucune idée. Je suis choqué », a dit un autre beau-frère de Farook, Farhan Khan.
(Source : AFP)


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