Nada el-Hajj dit écrire « la mort avec la simplicité de la vie, la vie avec la simplicité de l’amour, l’amour en quête de chaleur… ».
Sous le titre Taht al-matar al-azrak (Sous la pluie bleue), édition Difaf, avec en illustration de couverture un fragment d'une toile de Wajih Nahlé, Nada el-Hajj conjure, panse et colmate l'absence. L'absence d'un père dont les mots, l'affection, le rayonnement et la tendresse planent encore sur le public et la famille. Une absence à qui elle dénie présence, noirceur et méfait. Pour son huitième recueil, un an presque après sa disparition, elle parle à l'absent-présent. Un recueil qu'elle signe ce soir, à l'Expo du livre arabe*.
Digne fille de son père, l'auteure de Salat fil rih (Prière dans le vent) reste fidèle à l'articulation de ses phrases, à son rythme ample, à son style limpide, à sa voix chaleureuse, à son inspiration tissée de rêves, de prémonition et de sensibilité médiumnique. Elle sort en un coup d'éventail imparable tout son arsenal de mots bleus. Comme un talisman contre les idées noires et maléfiques, contre l'abattement et le désarroi. Mélange éthéré et diaphane de générosité, d'humanisme, de prière, de paix, de bonté, de battement de cœur, d'affectivité jamais assoupie. Pour dire sa douleur, son deuil, son chagrin, sa solitude qu'elle récuse mais aussi son espoir, sa foi en Dieu, sa spiritualité, sa force à contrer l'adversité, à toujours se reconstruire.
Plus d'une quarantaine de poèmes, inégaux dans leur longueur mais parfaitement égaux dans leur intensité, leur senti, leur vibration, respirent cet élan pour un être qui a rempli une vie, un cœur, des cœurs. Pour une femme, certes aujourd'hui quinquagénaire mais quand même inconsolable orpheline d'un père illustre qu'elle admire bien entendu mais qui lui a donné surtout le goût, la fréquentation et le compagnonnage du Parnasse. Une voie royale.
Dans une musicalité qui lui est propre, sans rimes ni métriques particulières, en une liberté habilement orchestrée, en un arabe ciselé, en une syntaxe maîtrisée, avec un vocabulaire riche, châtié et ferme, Nada el-Hajj avance droite, tendre et fervente, en terre de poésie. Une terre peuplée de forêts et noyée de lumière vive. Dans des paysages à la fois sereins et tourmentés, touchés par la grâce d'un certain romantisme, soufflent aquilons et blizzards, brises et ouragans.
Une terre habitée d'oiseaux aux plumages lustrés de toutes les couleurs et animée de tous les chants. Chants mélodieux et indicibles pour cet univers d'une curieuse féerie où des nuages déversent des pluies fines et torrentielles. Et bleues! Comme pour se laver de tous les malheurs de la vie et renaître à chaque instant. Ne jamais connaître ni rupture, ni vide, ni séparation, ni absence. « Là où est ton âme j'irais », avait dit le Voyant disparu.
Le lyrisme a ici des reflets singuliers. Reflets de feu sous la cendre. Reflets d'intériorité que nul n'abat, de silences plus profonds que les plus mielleuses des paroles, de délicatesses qui ont la force de plier mais de ne jamais rompre, de lumières tamisées mais toujours rassurantes.
Une passante du vent Nada el-Hajj, qui dessine des images de vaporeuses estampes d'un monde de boule de cristal. Telle une rencontre sur un nuage, tel l'exil des âmes et des corps, telle cette pluie qui jaillit du cœur de la pluie qui met à genoux les arbres, de cette poésie écrite entre « deux lunes et deux vies »... Elle dit écrire « la mort avec la simplicité de la vie, la vie avec la simplicité de l'amour, l'amour en quête de chaleur... ».
En fin de cette plaquette, un bouquet de pensées, chrysanthèmes ou immortelles, enserrées dans des mots brillants comme des étoiles bleues ou de petites pierres colorées. Sur des pages largement mordues de blanc, le mot est tracé en toute parcimonie comme un objet de valeur soigneusement pesé et posé sur un guéridon. On ne résiste pas à la tentation de citer cet extrait :
« Si l'amour est miracle alors le désert est naissance
Si la prière est exaucement alors les yeux sont appel
Si la noyade est seconde alors le salut est murmure.
Sois toi-même et plus grand que cela
Pour que tu traverses le continent léger et à l'aise... »
*Nada el-Hajj signe son recueil de poésie « Taht al-matar al-azrak » – édition Difaf – 87 pages, à l'Exposition du livre arabe à Beyrouth au Biel (Stand édition Difaf), aujourd'hui vendredi 4 décembre de 18h à 20h30.
Digne fille de son père, l'auteure de Salat fil rih (Prière dans le vent) reste fidèle à l'articulation de ses phrases, à son rythme ample, à son style limpide, à sa voix chaleureuse, à son inspiration tissée de rêves, de prémonition et de sensibilité médiumnique. Elle sort en un coup...

