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Reportage

Pourquoi de plus en plus de jeunes Tunisiens basculent dans le jihad...

C'est le « jihadiste fait maison » qui gangrène de plus en plus la société tunisienne.

L'explosion d'un bus transportant des policiers le 24 novembre est le troisième attentat cette année en Tunisie. L'explosion a fait au moins 12 morts et l'état d'urgence a été décrété jusqu'à nouvel ordre.
La Tunisie a été le point de départ des printemps arabes avec l'immolation le 17 décembre 2011 du vendeur ambulant de Ben Arous, Mohamad Bouazizi. Contre toute attente, le 14 janvier 2012, Zine el-Abidine Ben Ali fuit le pays après 24 ans de règne sans partage.
Quatre ans après cette révolte pleine d'espoir, le pays est exsangue et le taux de chômage atteint 15,2 %. L'instabilité sociopolitique, la montée de l'islamisme, la proximité avec la Libye voisine gangrenée par el-Qaëda et l'organisation État islamique (EI), la faiblesse de l'État et le déclin du tourisme déstabilisent chaque jour un peu plus ce pays fragile. Et en 2015, les Tunisiens forment le contingent étranger le plus important engagé auprès de Daech, avec près de 3 000 hommes.

Avant la révolution, la Médina était prisée par les touristes et ses rues étaient noires de monde. Le commerce y était fructueux. À présent, les dédales de la vieille ville sont vides et les cafés remplis de jeunes oisifs qui boivent leur café et fument la chicha à longueur de journée.
Les boutiques sont vides et les commerçants démoralisés. Youssef, marchand de tapis de la rue Sidi Bou Arous, est à bout de force. Il ouvre son cœur et raconte qu'en « 40 ans, c'est la pire année de ma vie. Je suis contraint de vendre mes tapis au prix d'achat afin d'écouler la marchandise. Avant, on se bousculait pour descendre cette rue étroite. Nous en sommes réduits à attirer comme on peut les rares touristes qui osent encore s'aventurer après le drame de Sousse ».

L'assaillant, Seifeddine Rezgui, est un Tunisien salafiste de 23 ans originaire de Gaâfour. Il avait mitraillé 39 touristes dans la station balnéaire de Port el-Kantaoui. Cet attentat avait sonné le glas de la saison touristique. Il faut rappeler que l'été tunisien avait déjà mal commencé avec l'attentat du Bardo, dès le 18 mars. Dans ce musée national, Yassine Labidi, originaire de la banlieue ouest de Tunis, et Jabeur Khachnaoui, de Kasserine, ont abattu 24 touristes.

 

(Lire aussi : Le jihadisme tunisien, un phénomène qui n'est pas si nouveau)

 

150 USD vs 1 200 USD
Les parents de Yassine Labidi, issus de la classe moyenne, ne s'expliquent toujours pas la radicalisation de leur fils, qu'ils décrivent comme « un bon vivant qui aimait bien s'habiller et être entouré par ses amis et sa famille. Il passait du temps avec ses amis qui buvaient de l'alcool », précisent-ils même.
C'est le scénario classique du jihadiste qui s'entraîne discrètement en Libye ou en Syrie, et prépare en catimini son opération à l'aide de complices. C'est le « jihadiste fait maison » qui gangrène de plus en plus la société tunisienne. D'ailleurs, si les jeunes Tunisiens s'engagent dans le jihad, c'est en partie à cause de salaires trop bas (le smic est à 300 DT, soit 150 USD environ) et la cherté de la vie (le loyer moyen dans les quartiers modestes atteint les 300 DT).

Khadija* se bat pour faire sortir son fils Ahmad* des geôles de Bachar el-Assad. En 2012, il a disparu et a été attrapé par les troupes du régime. Depuis, il croupit dans une prison de Damas. Cette dame d'une cinquantaine d'années, au visage flétri par le soleil, est persuadée que son fils est victime d'une manipulation. « Mon fils est un gentil garçon qui n'a jamais porté la barbe et ne se rendait que très peu à la mosquée. Comme il n'avait pas d'emploi, on l'a convaincu de se rendre en Syrie pour un bon salaire. Une fois sur place, beaucoup de Tunisiens sont kidnappés puis revendus à différentes factions », explique-t-elle.

Au début de l'automne, la Tunisie a rouvert son consulat à Damas pour traiter, entre autres, les cas de ses ressortissants retenus en Syrie.
Pour Aymed, un cafetier trentenaire de la rue de la Kasbah, « ce n'est pas étonnant que des jeunes partent en Libye ou en Syrie. Ici, il n'y a rien à faire. Tout coûte cher et les salaires sont misérables. Les jeunes ne peuvent même pas louer un appartement pour se marier. Le calcul est vite fait : Daech promet 1 200 USD de salaire mensuel, alors un combattant peut espérer réunir 10 000 USD en un an. C'est une véritable fortune ! Mais, ce n'est pas la seule motivation. La révolution a ouvert la boîte de Pandore. Je pense que les décennies de dictature et les islamistes qui sont sortis des prisons après la révolution ont réussi à convaincre une frange de jeunes de se rallier à leur cause ».

 

(Reportage vidéo : Tunisie, aux sources du jihad)

 

Mosquées et réseaux sociaux
Le gouvernement tente de reprendre les choses en main en interdisant aux imams les plus virulents de prêcher dans les mosquées. Le temps de l'impunité semble révolu. Noureddine el-Khademi n'a plus la parole libre pour appeler au jihad. Cet ancien ministre des Affaires religieuses de 2011 à 2014 est surnommé « l'imam du jihad », car, dans ses prêches, il encourageait ouvertement les Tunisiens à se battre aux côtés de leurs frères syriens rebelles.
Najet Hammami, responsable de la communication au ministère des Affaires religieuses (MAR), se réjouit de cette fermeture des mosquées qui échappent au contrôle de l'État. « Dans cette politique d'assainissement des prêches du vendredi, le ministère destitue les imams irresponsables et les remplace par d'autres plus pacifiques », explique-t-elle.

Sauf que le gouvernement a du mal à contenir la colère des fidèles et certaines mosquées attirent toujours de jeunes radicaux. Dans le quartier de Douar Hicher, le revenu moyen est de moins d'un euro par jour. Selon la revue Jeune Afrique, « les salafistes sont là. Ils font juste profil bas, mais ils continuent d'avoir la mosquée Ennour pour QG et tentent de faire régner leur loi ».
Pour un habitant de la Manouba, un arrondissement voisin tout aussi populaire, mais moins dangereux, « Douar Hicher n'est qu'un nid à voyous qui vivent de la vente d'anxiolytiques, du haschisch et de l'alcool frelaté. Le salafisme, c'est la partie immergée de l'iceberg. Le problème de Douar Hicher, c'est vraiment la pauvreté et rien d'autre. »

Si les mosquées sont souvent montrées du doigt comme étant le lieu privilégié d'enrôlement des candidats au jihad, c'est surtout sur les réseaux sociaux que les Tunisiens sont recrutés. Ils passent sous le radar des autorités du pays. Et pourtant, le fléau pourrait peut-être être contenu si l'État tunisien avait plus de moyens de traquer les recruteurs. Cela nécessite une stratégie globale de lutte contre le terrorisme. Malheureusement, il est peu probable que le gouvernement actuel, en décalage avec les aspirations du peuple, réussisse à sauver la jeunesse tunisienne qui opte en masse pour le jihad comme unique échappatoire à son désarroi.

*Les prénoms ont été changés.

 

Pour mémoire
Le député Rahoui à « L'OLJ » : Ces terroristes nous en veulent parce que nous avons réussi notre révolution

De quoi l'attentat de Sousse est-il le nom ?

 

Il faut "s'unir pour combattre le mal", préconisent des jeunes Tunisiens

 


L'explosion d'un bus transportant des policiers le 24 novembre est le troisième attentat cette année en Tunisie. L'explosion a fait au moins 12 morts et l'état d'urgence a été décrété jusqu'à nouvel ordre.
La Tunisie a été le point de départ des printemps arabes avec l'immolation le 17 décembre 2011 du vendeur ambulant de Ben Arous, Mohamad Bouazizi. Contre toute attente, le...

commentaires (2)

REPONSE INTELLIGENTE : PARCE QUE LA qARTAR LEUR SPONSOR N'A TOUJOURS PAS AVALE LE FAIT QU'ON AIT DEGAGE SON POULIN GHANNOUCHI . DONC IL MET LES BOUCHEES DOUBLE EN PENSION AU TERRORISME.

FRIK-A-FRAK

19 h 32, le 26 novembre 2015

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Commentaires (2)

  • REPONSE INTELLIGENTE : PARCE QUE LA qARTAR LEUR SPONSOR N'A TOUJOURS PAS AVALE LE FAIT QU'ON AIT DEGAGE SON POULIN GHANNOUCHI . DONC IL MET LES BOUCHEES DOUBLE EN PENSION AU TERRORISME.

    FRIK-A-FRAK

    19 h 32, le 26 novembre 2015

  • LA RÉPONSE : LA FANATISME INNÉ... DANS LE DNA !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    18 h 47, le 26 novembre 2015