Benoît Potier, à la tête d’Air Liquide, a estimé hier que cette acquisition « fera des États-Unis le premier pays d’Air Liquide ». Éric Piermont/AFP
Avec l'acquisition d'Airgas, la plus importante de son histoire, Air Liquide fait basculer son centre de gravité de l'Europe à la croissance poussive aux États-Unis, le principal marché au monde pour les gaz industriels, où il deviendra numéro un au moment où la croissance y reprend.
« La répartition de nos zones géographiques va changer. Cela fera des États-Unis le premier pays d'Air Liquide et l'Europe va passer en numéro 2 », s'est félicité le PDG Benoît Potier, lors d'une conférence de presse à Paris, consacrée à l'acquisition d'Airgas pour 13,4 milliards de dollars.
Grâce à cette acquisition annoncée mardi soir, Air Liquide deviendra le premier producteur mondial de gaz industriels, devant son concurrent allemand Linde AG. Les conversations ont commencé symboliquement lors de l'escale du voilier L'Hermione le 26 juin à Philadelphie, en Pennsylvanie, l'État où se trouve le siège d'Airgas, a relaté le patron du groupe français. Le groupe Airgas était un sponsor de cette escale, Air Liquide l'un des invités : les premiers contacts établis auparavant par Pierre Dufour, directeur général délégué d'Air Liquide, ont ainsi donné lieu au lancement de « discussions sérieuses », a expliqué une source du groupe.
La fusion doit permettre à Air Liquide d'augmenter ses revenus dans le secteur des gaz industriels de près d'un tiers (30 %), ce qui devrait faire passer son chiffre d'affaires annuel à plus de 19 milliards d'euros (20,2 milliards de dollars). Par comparaison, Linde dégage un chiffre d'affaires d'environ 17 milliards d'euros (18,12 milliards de dollars).
Cette opération intervient surtout à un moment où la croissance américaine redémarre, comme le reflète la hausse attendue des taux d'intérêt de la part de la Fed, et après une chute de 20 % du cours d'Airgas ces derniers mois. « Nous nous attendons à voir l'économie américaine repartir, et c'est pour ça que le timing est plutôt bon pour nous », a souligné M. Potier.
Accord de fusion
L'acquisition n'est toutefois pas définitivement verrouillée. Les autorités de la concurrence et les actionnaires du groupe américain doivent encore donner leur feu vert à l'opération. L'an dernier, le groupe minier français Imerys avait également signé un accord avec le conseil d'administration du groupe américain Amcol pour acquérir le leader mondial de la bentonite (argile utilisée dans de multiples procédés industriels), mais une offre concurrente avait fait capoter le projet. « Nous avons choisi la voie amicale et la voie négociée. Il s'agit de la signature d'un accord de fusion (merger agreement) et qui est un accord avec la société, représentée par son conseil d'administration », a expliqué le PDG d'Air Liquide, soulignant que le président et fondateur d'Airgas, Peter McCausland, qui détient près de 10 % du capital, soutient l'opération. « Mais jusqu'au closing, on peut imaginer que des événements prévus ou imprévus peuvent se produire », a-t-il reconnu. Le conseil d'administration d'Airgas avait refusé il y a cinq ans une offre publique d'achat (OPA) lancée par l'américain Air Products, un autre rival d'Air liquide.
La date de la clôture de l'opération n'est pas fixée. La procédure d'approbation par les autorités américaines « peut être relativement longue », a affirmé la directrice financière Fabienne Lecorvaisier, évoquant la possibilité de terminer l'opération « certainement en 2016. Mais c'est difficile d'être plus précis », a-t-elle reconnu.
(Source : AFP)


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