Un soldat syrien. Photo archives AFP
La décision de l'armée syrienne de maintenir sous les drapeaux les conscrits et d'interpeller des hommes en âge de porter les armes suscite une irritation croissante qu'expriment les partisans du régime sur les réseaux sociaux.
« J'ai le droit de quitter l'armée, j'ai le droit de vivre », affirment des « conscrits du groupe 102 » sur une page Facebook intitulée « Nous voulons quitter l'armée ». Ces jeunes soldats assurent porter l'uniforme depuis plus de cinq ans. « La patrie est pour tous, mais tous sont partis à l'étranger. Nous demandons à être démis et on nous parle de résistance ! C'est nous qui résistons depuis cinq ans et demi, maintenant, ça suffit. C'est à vous de résister à notre place », martèlent les soldats sur leur page qui compte 3 400 membres.
Ce dépit s'exprime après quatre ans et demi d'une guerre interminable que mène l'armée contre les rebelles et les jihadistes présents sur plus des deux tiers du territoire.
Les rangs de l'armée ont fondu de moitié en raison des morts et des désertions, selon des experts. Plus de 91 000 membres des forces gouvernementales, dont 52 000 soldats, ont été tués depuis le début du conflit en mars 2011, soit un tiers des 250 000 comptabilisés par l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). En juillet, le président Assad avait lui-même reconnu qu'il y avait « un manque de ressources humaines » au sein de l'armée. « Le problème auquel font face les forces armées n'est pas lié à la planification, mais à la fatigue », avait-il ajouté dans un discours retransmis à la télévision.
« J'ai le droit de vivre »
Une autre page Facebook intitulée « Eh les gars, nous voulons démissionner » affiche les mêmes revendications : « Vous savez, j'ai le droit de vivre, je suis un homme aussi, j'ai un avenir, des parents, une fiancée, comme vous. » Hussein, 34 ans, qui effectue son service militaire depuis 2010, affirme avoir déjà « payé un lourd tribut à la patrie ». « Nous avons beaucoup combattu. Dorénavant, c'est aux autres de le faire. Que ceux qui se prélassent dans les cafés viennent prendre les armes à notre place », déclare-t-il.
En Syrie, le service militaire dure deux ans, mais « les conscrits peuvent être gardés plusieurs années si la situation militaire l'exige », a admis une source de sécurité.
Chadi, un artilleur de 28 ans, est ainsi sous les drapeaux depuis quatre ans, durant lesquels il a successivement combattu sur différents champs de bataille à Homs, Raqqa et Deir ez-Zor, et maintenant à Hassaké. « J'ai vu la mort de près à plusieurs reprises, surtout quand j'étais assiégé dans l'aéroport militaire de Tabqa. Aujourd'hui, je n'ai plus peur, mais j'ai perdu le goût à la vie », raconte-t-il au téléphone. « J'en ai marre de continuer mon service militaire. Parfois, j'ai l'impression que ma vie va se poursuivre indéfiniment à côté de mon canon. J'ai des cheveux blancs et l'impression d'avoir 50 ans. Je voudrais repasser à la vie civile », ajoute-t-il.
Rafle à Damas
À Damas, de nombreux hommes de 20 à 40 ans n'osent plus sortir de chez eux depuis deux semaines afin d'éviter d'être embarqués de force pour rejoindre les rangs de l'armée. « Je suis terré chez moi, et mon frère n'a pas été à son travail pour ne pas tomber sur un barrage et être jeté dans un minibus en direction de la caserne », témoigne Maher, un étudiant de 24 ans. « Avant, c'était à la sortie des villes que l'armée prenait les hommes, mais maintenant c'est dans Damas. J'ai vu des dizaines de personnes embarquées », assure-t-il.
Ce n'est pas la première fois que des partisans de Bachar el-Assad s'offusquent. En septembre 2014, cinq d'entre eux avaient été arrêtés, selon l'OSDH. Ils réclamaient la démission du ministre de la Défense après la mort de près de 200 soldats, tués par les jihadistes de l'État islamique (EI) lors de la chute en juillet et août de la division 17, la brigade 93 et l'aéroport de Tabqa dans la province septentrionale de Raqqa.
(Source : AFP)


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