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Moyen Orient et Monde - commentaire

Pourquoi François Hollande a raison sur la Syrie

Le président François Hollande. [AFP ARCHIVES

Oublions les arguments de principe et de morale. Oublions, ou essayons d'oublier, les 250 000 morts dont Bachar el-Assad a pris la responsabilité directe ou indirecte en décidant, il y a presque cinq ans, de répondre par les armes au soulèvement de son peuple. Mettons de côté le fait qu'il a sur la conscience dix à quinze fois plus de meurtres de civils qu'un État islamique dont les vidéos mondialisées ont occulté ses propres massacres sans images. Il y a cinq raisons au moins qui font qu'on ne peut pas dire, même du point de vue de la seule « real politique », qu'il soit une « alternative » à Daech.

1. Il l'a créé. En libérant de prison, en mai 2011, des centaines d'islamistes qui allaient très vite fournir à la nouvelle organisation ses premiers combattants et ses cadres, en pilonnant les positions rebelles modérées tout en épargnant non moins méthodiquement le fief de l'État islamique à Raqqa, en laissant enfin les coupeurs de tête irakiens trouver, autour de l'été 2014, un sanctuaire à l'est du pays, il a façonné le monstre qu'il prétend aujourd'hui combattre. N'est-ce pas beaucoup d'ambiguïtés pour un possible allié ? Et est-ce une bonne et saine base pour un combat prétendument commun ?

2. Il n'a aucun intérêt à vaincre. Absolument aucun. On peut même dire, sans risque de beaucoup se tromper, que l'homme qui a réussi à vendre aux trois quarts de la planète l'idée selon laquelle il serait le dernier rempart face à Daech sera aussi le dernier à vouloir son élimination. A-t-on jamais vu un joueur d'échecs, fût-il médiocre ou aveuglé, sacrifier sa pièce maîtresse ? Un assuré, sa police d'assurance? Et croit-on Bachar et les siens assez bêtes pour n'avoir pas intégré le fait qu'ils ne doivent leur survie politique qu'à celle de leur jumeau et au fait de s'être imposés comme ceux par lesquels il faut nécessairement passer pour lutter contre la mal absolu ?

3. Soit, disent alors les partisans de l'alliance. Mais procédons alors en deux temps. Battons d'abord Daech. Et occupons-nous, en un deuxième temps, de ce Bachar el-Assad pour lequel nous n'avons, nous non plus, pas beaucoup de sympathie. C'est supposer les dictateurs, je le répète, plus sots qu'ils ne le sont. Mais c'est ignorer surtout que la politique a ses lois ou, en tout cas, sa dynamique. Car le plus probable est que, contrairement à ce que feignent de croire les apprentis sorciers, les nations démocratiques auraient le plus grand mal à se débarrasser, le moment venu, d'un allié qui saurait revendiquer, malgré tout, sa part de la victoire ; et que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, et les mêmes miroirs les mêmes reflets, le jihadisme renaîtrait alors, quoique sous une forme différente. L'État islamique était-il déjà autre chose qu'un avatar d'el-Qaëda ? C'est sans fin.

4. Bachar el-Assad c'est l'État, ajoutent encore les mêmes. Et il ne faut pas commettre l'erreur fatale de casser l'État syrien... L'argument ne tient pas davantage. Car de quel État parle-t-on quand on sait que le régime ne tient plus aujourd'hui qu'un cinquième de son territoire ? Que les quatre cinquièmes restants ne reviendront jamais, de plein gré, sous son effroyable contrôle? Qu'ils continueraient, s'il l'emportait, de fuir en masse sur les routes de la Turquie, du Liban, de l'Europe? Et que lui-même se soucie si peu de son pseudo-État qu'il n'hésite pas à abandonner à leur sort ceux de ses propres soldats qui, comme l'été dernier, à Tabqa, près de Raqqa, ont le malheur de s'être aventurés au-delà des frontières du pays utile ? La Syrie baassiste, quoi qu'en disent ses amis souverainistes, est morte et enterrée. Et ce n'est pas une victoire militaire en trompe-l'œil qui saura la ressusciter.

5. Et puis il y a un dernier argument que l'on entend et qui est l'argument selon lequel, de même qu'il a bien fallu s'allier avec Staline pour défaire Hitler, de même il ne faut pas craindre de jouer la carte Bachar pour se débarrasser de l'EI. Là encore, l'argument est absurde. Et sa fausse évidence fonctionne comme une terrible illusion. Car enfin, que le jihadisme soit le fascisme de notre temps, c'est vrai. Qu'il soit animé par des projets, des idées, une volonté de pureté, qui ne se peuvent comparer qu'aux délires hitlériens, non seulement j'en conviens mais j'ai été, je pense, l'un des premiers, il y a vingt ans, à l'établir. Mais de là à comparer la puissance de l'un avec celle de l'autre et de là à dire que les démocraties seraient, face aux coupeurs de tête de Mossoul et de Palmyre, dans une impasse stratégique analogue à celle des années 1939-1945 face à la Wermacht nazifiée, il y a un pas que seul permet de franchir le goût de l'approximation et de l'irresponsabilité. L'État islamique est fort, bien sûr. Mais il n'est pas si fort que l'on n'ait pas d'autre choix, pour l'abattre, que celui de la politique du pire.
Reste à savoir, tout cela étant dit, ce qu'il faut concrètement faire. Et c'est, le temps passant, la question la plus difficile. Faut-il équiper ce qui reste de l'Armée syrienne libre ? Traiter avec les derniers dignitaires alaouites à n'avoir pas de sang sur les mains ? Parler avec les membres du clan Assad qui ont pris très tôt le chemin de l'exil et n'ont par définition pas trempé dans les massacres ? Est-il encore temps de faire dialoguer, dans un lieu neutre, les différentes composantes de ce qui fut la Syrie et qui n'existe plus, sous sa forme ancienne, que dans les fantasmes sanglants de son dictateur ? Ou faudra-t-il se résoudre à des solutions radicales du type de celles qui furent mises en œuvre, après la Seconde Guerre mondiale, en Allemagne et au Japon? Toutes les voies sont ouvertes. Mais elles sont de plus en plus étroites. Et aucune d'elle ne passe par le maintien de Bachar el-Assad.

© Project Syndicate, 2015.

Bernard-Henri Lévy est l'un des fondateurs du mouvement des « nouveaux philosophes ». Il a publié notamment «Left in Dark Times: A Stand Against the New Barbarism».


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commentaires (15)

Je dirais meme plus, Si l'orient Le jour continue de publier des articles de BHL, j'arrete mon abonnement...

Ali Farhat

15 h 18, le 09 novembre 2015

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Commentaires (15)

  • Je dirais meme plus, Si l'orient Le jour continue de publier des articles de BHL, j'arrete mon abonnement...

    Ali Farhat

    15 h 18, le 09 novembre 2015

  • Si l'orient Le jour continue de publier des articles de BHL, j'arrete mon abonnement

    Viken Hannessian

    05 h 36, le 08 novembre 2015

  • BHL nous a déjà vendu la chute de Khadafi , avec les résultats que l'on peut voir ! Il essaie de vendre maintenant la chute de Bachar mais pour quel objectif . La fin des régimes arabes laïcs et l'apparition de mini-états confessionnaux laissera le Proche-Orient entre les mains des Saoudiens et d'Israel avec la bénédiction des Etats -Unis

    yves gautron

    21 h 06, le 07 novembre 2015

  • Et ce n'est en tout cas pas une bonne raison pour dire aujourd'hui qu'il faut laisser faire le monstre Bachar. C'est se faire complice du monstre. Pour ceux-là, parler ensuite de résistance et de liberté, c'est de la pire insolence, de la pire mauvaise foi. Il suffit de regarder les dizaines de milliers de photos et films sur les résultats sur le peuple syrien du désir insoutenable de Bachar de se maintenir au pouvoir . On justifie toutes les tueries pour justifier un homme, comme les allemands de 40 pour Hitler. Qu'Obama ait choisi définitivement le camp israélien comme Bush, ne fait aucun doute. Mais dans cette tragédie nous ne pouvons être ni ayatollah ni Obama. Seule notre conscience doit parler. Et elle hurle pour expliquer qu'il faut être avec le peuple syrien contre Bachar et avec le peuple libanais contre les Ayatollahs et leur dhimi Nasrallah.

    Saleh Issal

    15 h 22, le 07 novembre 2015

  • Que Bachar soit le plus abject monstre du 21eme siècle, cela est devenu presqu'une banalité de l'affirmer pour les gens dont les gènes humains les laissent accrochés à un peu d'humanité, ce qui n'est évidemment pas le cas des négationnistes . Ces négationnistes qui adorent voir les barils d'explosifs pleuvoir sur les familles syriennes dans la mesure où ces familles ne font pas partie du clan de la Résistance telle que conçues par l'impérialisme iranien théocratique et usant de dhimmis chiites soi-disant résistants, mais résistants surtout au renforcement de l'Etat libanais et résistants au progrès de la liberté et de la démocratie en Syrie et au Liban. Ces même résistants de Hezbollah dhimmis des ayatollahs qui ont mis le Liban en coupe réglée sous la dictature de Nasrallah et de Wilayet El fackyh. Bernard Henry Lévy n'a raconté que des choses censées dans cet article. Au moment où le dictateur guignol Khazafi et son fils débile vociféraient qu'ils allaient massacrer tous les contestataires à leur dictature, personne ne pouvait raisonnablement dire qu'il fallait les laisser faire.

    Saleh Issal

    15 h 12, le 07 novembre 2015

  • PARCEQUE IL VOIT CLAIR...

    JE SUIS PARTOUT CENSURE POUR AVOIR BLAMER GEAGEA

    15 h 03, le 07 novembre 2015

  • C'est quand meme affolant de voir l'olj se rabattre sur bhl et hollandouille pour arriver a expliquer quelque chose dans notre region ???? Etre tombe si bas ????? !!!!

    FRIK-A-FRAK

    15 h 03, le 07 novembre 2015

  • Hollande est un baratineur et incapable de sauver la France, comment peut-il aider le MO à s'en sortir de ce VSM (vrai sale m......). Tout le monde tape sur Sarkozy, (je ne suis pas son admirateur) mais il a eu à faire à une crise économique grave et il s'en est sorti convenablement. La Libye personne ne voulait mettre les pieds dans ce VSM sauf les anglais et les français Travail inachevé avec les conséquences que nous connaissons. Le Liban a vécu et souffert durant 5 ans une guerre qu'elle a encore du mal à évacuer de sa mémoire. Quel pays s'est intéressé au Liban comme tous ces pays qui s'affronte en Russie ? Et pourtant présentait un pays démocratique !!! BHL comme tous ces philosophes sont dans leur maison et ne voient pas les graves problèmes au MO depuis 1948. J'ai toujours écrit et avec conviction profonde et preuves à l'appui que personne ne peut compter sur les américains. Ah si, le pays regorge de pétrole et de dollars... La Russie n'a sans pas apparut elle-même dans des guerres mais ses satellites s'en sont chargés L'intervention à Cuba en 1961 s'est soldé par un revers au Vietnam pour les américains Aujourd'hui Poutine montre ses muscles, il faut le laisser dans son VSM. Il aura le même résultat négatif que les interventions de ce pays dans le monde Aujourd'hui il ne s'agit plus d'être l'homme le plus puissant du monde, la Chine nous donne l'exemple et commence à ravir le monopole économiques des USA. Alors, la Syrie, que y a-t-il de si intéressant ?

    FAKHOURI

    14 h 16, le 07 novembre 2015

  • En aucun cas Mr BHL peut avoir raison , nous avons encore sous les yeux les résultats de ces différentes interventions dans les pays qu'il a foule, nous savons tous que c'est un agent israélien et qu'il participe pour leur compte aux démantèlement des pays arabes sous prétexte de démocratie , quant à Mr Hollande que vaut son appréciation , a t'il seulement une idée sur le proche orient? Ou se fie t'il aux rapports de son ministre des affaires étrangères Mr Laurent Fabius qui se trouve être le pire des ministres des affaires étrangères que la France ai jamais eu. Cela ne veut pas dire que Mr Assad est un saint et qu'il doit rester mais ce n'est pas en créant l'anarchie dans la région que l'on verra naître une pseudo démocratie .Nous avons devant nous l'Iran en 1979 , le remplacement du Shah par les mollahs, puis l'Irak en 2003 et ce qui continue à s'en suivre suite à l'intervention américaine , puis plus récemment les différents printemps arabes qui sous couvert de restauration de la démocratie a vu l'émergence des frères musulmans et tout cela avec la bénédiction des USA , sans oublier le der des der l'intervention de Mr Sarkozy et de son envoyé spécial Mr BHL en Lybie et le résultat que l'on voit.alors de grace qu'on fiche la paix à cette région où les gens n'ont jamais eu de problèmes d'appartenance religieuse entre eux et où toutes les religions vivaient en parfaite harmonie et cela n'a changé que bien plus tard avec les différentes guerres israélo palestiniennes .

    antaki loutfi

    11 h 06, le 07 novembre 2015

  • La decense serait qu'on ecoute un homme d'experience positive !!! Il est "evite" des plateaux tele en france , et c'est au Liban qu'on lui ouvre des voies de desinformations ??/ Mais que se passe t-il dans la tete des huluberlus , me faites pas croire qu'on souhaiterait la victoire des bacteries salafowahabites sur celles des derniers tenants de la laicite ? MAIS COMMENT PEUT ON ENCORE ECOUTER CE QUE DIT CE MISERABLE PHILOSOPHE ( HAHAHA) AVEC SON BILAN NON PLUS EN LYBIE , MAIS EN EX YOUGOALAVIE , AU KOSOVO ? ET POUR LE TITRE DE CET ARTICLE ! OH MON DIEU ....!!!! lui dire merci ??? !!!!

    FRIK-A-FRAK

    10 h 53, le 07 novembre 2015

  • Il est dommage que l'Orient salisse ses colonnes en publiant un texte de BHL; ce petit monsieur- tout à fait décrédibilisé en France - qui a largement contribué, avec son ami Sarkozy, à installer le chaos en Libye et ailleurs.. Donnez plutôt la parole, aux nouveaux philosophes , tels que Luc Ferry, Michel Onfray, ou Finkielkraut. On pourra alors débattre, discuter et aussi contester les idées.

    Chelhot Michel

    07 h 47, le 07 novembre 2015

  • Là ce n'est plus de l'intox...c'est simplement de la désinfo épaisse... ! Normal 1er à raison sur la Syrie ...?? mais , il n'a jamais était au moyen orient en 38 ans de fonctionnariat socialiste...! et c'est maintenant, après 3 ans de gouvernance catastrophique pour la France , avec 85 % de défiance dans les sondages ,qu'il a un/des supporter (s) à l'international ... ? c'est louche....!

    M.V.

    07 h 33, le 07 novembre 2015

  • merci BHL, vous avez bien expliquer les évènements bien que je ne suis pas un de vos adeptes mais chapeau pour l'explication !!

    Bery tus

    04 h 26, le 07 novembre 2015

  • "Il y a 5 raisons qui font qu'on ne peut pas dire que l'aSSadique soit 1 « alternative » à Dâïîch. Un, il l'a créé. En libérant les islamistes, il a façonné le monstre qu'il prétend combattre ! Deux, il n'a aucun intérêt à vaincre. On peut même dire que l'homme qui a réussi à vendre l'idée selon laquelle il serait le rempart face à ce Daech, sera aussi le dernier à vouloir son élimination. Et croit-on que ce chébél-lionceau assez bête pour n'avoir pas intégré le fait qu'il ne doit sa survie qu'à celle de son jumeau ? Trois, disent certains, battons ce Daech, et occupons-nous après du lapin äalaouitien ! C'est supposer les dictateurs + sots qu'ils ne le sont. Quatre, il ne faut pas commettre l'erreur de casser l'État syrien ! De quel État parle-t-on quand on sait qu’il ne tient + qu' 1/5 de son territoire ? La bääSSyrie est morte et enterrée. Cinq, il y a un dernier argument selon lequel, de même qu'il a bien fallu s'allier avec Staline pour défaire Hitler, de même il ne faut pas craindre de jouer l’aSSadique pour se débarrasser de l'EI : Absurde ! Car, de là à dire que les démocraties seraient, face aux coupeurs de tête, dans 1 impasse like celle face aux nazis, y a 1 pas que seul permet de franchir l'irresponsabilité. L'EI n'est pas si fort que l'on n'ait d'autre choix que celui de la politique du pire. Faudra-t-il se résoudre à des solutions radicales où aucune d'elles ne passe, en tout cas, par le maintien du bääSSyrien. Pas mal ce BHL, ces derniers temps !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    03 h 43, le 07 novembre 2015

  • "Mettons de côté le fait qu'il a sur la conscience dix à quinze fois plus de meurtres de civils qu'un État islamique dont les vidéos mondialisées ont occulté ses propres massacres sans images." ! Wallâh, yâ äâmméh, ce BHL parle quelques fois vrai. C'est vrai !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    02 h 54, le 07 novembre 2015

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