Pour George Osborne, « le fait que les traités européens stipulent que la monnaie de l’UE est l’euro ne reflète pas la réalité » d’une Europe où le Royaume-Uni tient à conserver sa livre/ Fabrizio Bensch/Reuters
Le grand argentier britannique George Osborne a réclamé hier à Berlin que soit ancré dans les traités européens son droit à une monnaie nationale, y voyant la condition pour rester dans l'UE.
« Nous voulons que le Royaume-Uni reste dans l'UE, mais il faut que cela soit une UE qui fonctionne mieux », a argué devant un parterre d'industriels allemands M. Osborne, envoyé comme éclaireur par le Premier ministre David Cameron pour détailler aux responsables allemands les conditions posées par Londres à son maintien dans l'Union européenne. Cette UE refaçonnée doit assurer que les pays, au nombre de neuf actuellement, « qui ne sont pas dans la zone euro ne soient pas systématiquement désavantagés » par rapport aux dix-neuf pays du bloc monétaire, a poursuivi M. Osborne. Pour cela, un accord formel devrait mettre sur le papier « la reconnaissance du fait que l'UE a plusieurs monnaies » et le principe de non-discrimination, notamment des entreprises, sur cette base. Selon lui, « le fait que les traités européens stipulent que la monnaie de l'UE est l'euro ne reflète pas la réalité » d'une Europe où le Royaume-Uni tient à conserver sa livre – tout comme la Suède ou le Danemark ne montrent aucun appétit pour la monnaie unique.
S'exprimant avant M. Osborne à la même manifestation, la chancelière Angela Merkel a estimé que « le Royaume-Uni devait rester membre de l'UE » et assuré que « les revendications légitimes » de Londres trouveraient une oreille attentive à Berlin, sans préciser lesquelles. « Nous allons apporter notre contribution là où nous le pouvons pour éviter le Brexit, a-t-elle conclu. Le reste, c'est aux Britanniques d'en décider, et j'espère sincèrement qu'ils le feront d'une manière qui renforcera l'Europe dans son ensemble. »
M. Cameron a promis de dresser ce mois-ci le catalogue de ses revendications à l'égard de ses partenaires européens, pour pouvoir en discuter lors d'un sommet européen en décembre. Le Premier ministre adressera à cet effet un courrier à Bruxelles la semaine prochaine, a indiqué à Londres le secrétaire britannique d'État aux Affaires européennes David Lidington, tout en prévenant que cette lettre ne serait pas outre mesure détaillée. Il a rappelé les quatre domaines de préoccupation de Londres : l'égalité de traitement entre la zone euro et le reste de l'UE, le refus d'une intégration plus poussée, la compétitivité européenne et les minima sociaux à verser aux migrants en provenance de l'UE – dans lesquels Londres voudrait pouvoir tailler. Réélu en mai dernier, M. Cameron a promis d'organiser d'ici à fin 2017 un référendum sur le maintien de son pays dans l'UE et va d'ici là faire monter les enchères auprès de ses partenaires. Pour beaucoup d'entre eux, le « Brexit » fait figure d'épouvantail, alors que l'UE peine déjà à parler d'une seule voix sur beaucoup de sujets, que les candidats à l'asile affluent et que l'économie européenne est convalescente.
Les Britanniques « ne veulent pas faire partie d'une UE toujours plus intégrée », a martelé M. Osborne, qui a rencontré lundi soir son homologue allemand Wolfgang Schäuble. Et les pays hors euro ne veulent pas devoir passer à la caisse pour soutenir leurs partenaires membres de l'euro, a insisté le ministre, en faisant référence à l'aide consentie à la Grèce.
Si le principe d'une Europe aux multiples monnaies était cimenté dans les traités, la zone euro pourrait avancer vers l'intégration qu'elle ambitionne sans que Londres lui mette des bâtons dans les roues.
(Source : AFP)


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