Des supporters de l\'AKP, hier à l\'aéroport d\'Istanbul, à l\'arrivée du premier ministre M. Davutoglu. Ozan Kose/AFP
Le président Recep Tayyip Erdogan a confirmé sa ligne intransigeante après sa victoire électorale en poursuivant ses opérations contre les rebelles kurdes et la répression de ses adversaires, quitte à conforter dans leurs inquiétudes ceux qui craignent un nouveau tour de vis autoritaire.
Le vice-Premier ministre Yalçin Akdogan s'est expliqué hier sur la fermeté de son gouvernement contre la rébellion kurde. « Tant qu'il y aura la terreur, le gouvernement combattra la terreur (...) Les citoyens ont montré ce qu'ils pensaient de l'organisation (Parti des travailleurs du Kurdistan, PKK) », a-t-il déclaré sur la chaîne d'information télévisée NTV. M. Akdogan a répété hier que les discussions de paix avec les rebelles kurdes, suspendues l'été dernier, ne pourraient reprendre que s'ils acceptaient d'« enterrer les armes ». « Après ça seulement on pourra passer à autre chose », a-t-il dit.
Dans une déclaration relayée hier par l'agence de presse kurde Firatnews, le PKK a pour sa part qualifié la victoire de l'AKP de « coup d'État politique ». « Le nouveau gouvernement a un programme politique comportant une seule mesure : la guerre », a-t-il déploré.
La victoire électorale de M. Erdogan a ravivé les inquiétudes de ses détracteurs, qui craignent qu'il ne profite de sa nouvelle légitimité pour renforcer sa mainmise sur la Turquie.
« Faute d'institutions capables de faire respecter l'équilibre des pouvoirs dans un régime fort, il est normal de s'inquiéter d'un éventuel renforcement des pratiques autoritaires en Turquie », a jugé l'analyste Kemal Kirisci, de la Brookings Institution.
Sur le terrain, l'état-major de l'armée a annoncé hier que ses avions avaient procédé la veille à une série de frappes contre des objectifs du PKK, aussi bien dans la province frontalière turque d'Hakkari (Sud-Est) que dans les montagnes du nord de l'Irak. « Les caches et les emplacements d'armes de l'organisation terroriste (...) ont été anéantis », a proclamé le commandement militaire sur son site Internet. Trois militants kurdes sont en outre morts hier dans des affrontements avec les forces de l'ordre dans les provinces d'Hakkari et de Diyarbakir, dans le Sud-Est, a-t-on appris auprès des services de sécurité et du gouverneur.
« Pas de pressions »
La justice turque a par ailleurs écroué hier deux journalistes du magazine d'opposition Nokta, inculpés de « tentative de coup d'État » pour leurs propos sur les conséquences de la victoire électorale du parti islamo-conservateur de M. Erdogan. « Le début de la guerre civile en Turquie », avait titré lundi Nokta en une.
Dans une déclaration d'une rare fermeté, la Maison-Blanche s'est ainsi émue lundi soir des « pressions » et des « intimidations » visant les médias turcs. Sur la même ligne, les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont déploré les nombreuses « interventions dans l'autonomie éditoriale » de la presse de la part du pouvoir. Le vice-Premier ministre Akdogan a vigoureusement riposté hier. « Il n'y a pas de pressions sur les médias, a-t-il affirmé, personne n'est obligé de se taire dans ce pays. » Mais ce fidèle du président a aussitôt défendu les nombreuses procédures judiciaires visant les journalistes. « Il ne peut y avoir de bouclier protégeant les médias, vous ne pouvez pas proférer des insultes », a réaffirmé M. Akdogan.
La semaine dernière, la police avait investi le siège de deux chaînes de télévision proches de l'imam Fethullah Gülen, l'ennemi juré du président Erdogan, pour faire exécuter de force un ordre de mise sous tutelle judiciaire. Ce raid, effectué en direct devant les caméras, a suscité une avalanche de protestations. Hier à l'aube, la police turque a par ailleurs procédé à un nouveau coup de filet contre l'organisation de M. Gülen, que le chef de l'État accuse de tentative de coup d'État, en interpellant une quarantaine de ses partisans présumés à Izmir (Ouest) et dans une vingtaine d'autres villes. Ce coup de filet a été mené dans dix-huit provinces du pays et a permis d'arrêter des policiers et des fonctionnaires de haut rang, soupçonnés de « possession de documents militaires et de documents confidentiels ».
(Sources : agences)


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